La nouvelle ruée vers l'or fait des ravages en Amérique latine

Par latribune.fr avec AFP  |   |  634  mots
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L'explosion du prix de l'àr de 270 dollars l'once il y a dix ans à plus de 1600 dollars aujourd'hui a conduit à la multiplication de projets d'exploitation minières notamment au Pérou, en Bolivie ou en Colombie. Mais ce phénomène provoque un désastre social et écologique.

Une nouvelle fièvre de l'or aux conséquences dévastatrices s'est emparée de l'Amérique latine: forêts tropicales ravagées par les mines artisanales où règne la loi du plus fort, communautés sur le pied de guerre contre les projets d'investissements miniers internationaux.

La ruée vers l'or et autres métaux précieux est en plein essor dans le secteur minier informel, en particulier au Pérou, en Colombie et en Bolivie, où parallèlement prospère l'industrie minière. Quelque 300 milliards de dollars d'investissements sont prévus à travers le continent d'ici à 2020 tous métaux confondus, selon la Société interaméricaine des mines. Pourtant, quelque 162 conflits miniers ont éclaté dans la région en raison de l'opposition croissante de communautés locales à des projets qu'elles considèrent comme une menace pour l'environnement, selon l'Observatoire des conflits miniers en Amérique latine.

En dix ans, le prix de l'or s'est envolé

En une décennie, le prix de l'or est passé de 270 dollars à 1.600/1.800 dollars l'once, convertie en valeur refuge dans la tourmente de la crise économique mondiale, et le prix du cuivre n'a jamais été aussi élevé en raison de l'appétit insatiable de la Chine pour le métal rouge.

L'exploitation minière illégale, en particulier de l'or, a déjà fait des centaines de victimes et dévasté des milliers d'hectares en Amazonie où sont installés des camps qui détruisent tout sur leur passage. Le phénomène s'accompagne d'un véritable désastre social: des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes exploités, vivent dans des camps sordides où n'existent ni écoles ni centres de santé.

Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants exploités

Au Pérou, 110.000 à 150.000 personnes se consacrent à l'exploitation minière illégale et un millier d'enfants sont exploités sexuellement dans la province de Madre de Dios (est), selon l'ONG Save The Children. "Il y a des dizaines de +prostibars+, avec des centaines de fillettes à qui on a fait croire qu'elles vont gagner beaucoup d'argent", indique à l'AFP Teresa Carpio, directrice de l'ONG Save the Children au Pérou. "C'est l'exploitation absolue de l'être humain. Les conditions de vie sont atroces et toutes les valeurs sont perverties", dit-elle.

Dans cette région, l'une des plus pauvres du Pérou, la production d'or atteint 18 tonnes par an, assortie de la destruction de 20.000 hectares de forêts tropicales.

En Colombie, des milliers de personnes ont recommencé à exploiter d'anciennes mines dans les départements d'Antioquia et du Choco. En Bolivie, quelque 10.000 personnes vivent de l'exploitation informelle des mines d'or dans des conditions extrêmes, selon les ONG.

Des projets miniers critiqués par les populations locales

L'appétit croissant pour les ressources minérales fait de l'Amérique latine une des régions les plus attractives pour les investissements. Aujourd'hui 45% du cuivre mondial, 50% de l'argent et 20% de l'or proviennent de la région qui, si les projets d'investissements aboutissent, dominera la production mondiale de ces métaux en 2020. Toutefois, plusieurs chantiers ont été interrompus au Chili, au Pérou ou en Argentine.

L'application de la Convention 169 de l'OIT, qui requiert la consultation préalable des communautés locales, est devenue l'arme principale contre les projets miniers. Le projet Conga, le plus gros investissement minier du Pérou (4,7 milliards de dollars), est combattu par la population de Cajamarca (nord), qui craint ses conséquences pour l'environnement. Le projet est interrompu depuis novembre. Dans la localité argentine de Famatina, la compagnie canadienne Osisko Mining Corp a dû suspendre son projet d'exploitation de mines d'or à ciel ouvert.

Au Chili, le groupe minier canadien Goldcorp a dû interrompre le fonctionnement de la mine d'El Morro (nord), qui recèle de prometteuses réserves d'or et de cuivre pour ne pas avoir consulté les populations autochtones.