Les auto-entrepreneurs ne regrettent rien

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(Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Le succès du statut de l'auto-entrepreneur ne se dément pas, avec 320.000 inscrits à fin 2009, selon le gouvernement. Miroir aux alouettes ou vraie solution ? Pour y répondre, le site senioragir.fr a organisé un débat avec des acteurs de terrain.

Créé au 1er janvier 2009, le succès du statut de l'auto-entrepreneur ne se dément pas, avec 320.000 inscrits à fin 2009, selon le gouvernement, et 600.000 attendus d'ici à fin 2010 : un "tsunami", selon Patrick Le Roux, directeur Ile-de-France du SNAE & TPE (Syndicat national des auto-entrepreneurs et TPE), qui s'exprimait lors du débat organisé et filmé par le site de valorisation des seniors, senioragir.fr, le 23 février.

Qu'en est-il de l'impact du nouveau statut sur le marché du travail ? L'un des objectifs du gouvernement était de faire rentrer dans le circuit officiel un pan entier de l'économie parallèle. Cette légalisation du travail au noir a eu lieu, selon Grégoire Leclerq, de la Fédération des auto-entrepreneurs. Elle correspond grosso modo aux 40.000 auto-entrepreneurs qui ont rapidement dégagé du chiffre d'affaires, signe d'un portefeuille de clients préexistant.

Mais le statut génère à son tour une "autre forme de travail au noir", pointe du doigt Grégoire Leclerc, car certains auto-entrepreneurs ne déclarent pas leur chiffre d'affaires dès lors qu'il dépasse les seuils légaux, afin de ne pas être requalifiés en société.

Autre dérive redoutée qui s'est vérifiée dans les faits : si la majorité des auto-entrepreneurs sont porteurs d'un projet individuel fort, certains d'entre eux sont de "faux salariés", qui ont abandonné leur poste salarié pour le nouveau statut sous la pression de leur employeur. Le gain financier pour un employeur qui remplace un salaire, avec ses charges sociales et patronales, par un prestataire extérieur à qui l'on facture une mission "est de 25%", selon Grégoire Leclerq. Le salarié y gagne aussi, en termes de montant de salaire. Le seul qui y perd : l'Etat.

Enthousiasme intact

Sur le terrain cependant, l'enthousiasme des entrepreneurs est palpable. Le statut "modernise la France de façon hallucinante", explique Julien Donné, jeune auto-entrepreneur. "Il est désormais possible de se lancer en France, sans avoir une somme faramineuse, et de faire fonctionner la méritocratie", souligne ce professionnel du conseil en publicité, âgé de seulement 25 ans.

"Par rapport à la densité de population il y a en France un déficit de 1 million d'entreprises", souligne pour sa part Valérie Willis, du SNAE &TPE, que ce statut peut permettre de combler. Les taux d'imposition de 13% et 22%, qui parfois paraissent injustes parce qu'ils portent sur le chiffre d'affaires et non sur le bénéfice, sont au final plus ou moins "équivalents aux charges que subissent les sociétés", explique également Valérie Sallis. Et c'est le seul système qui permet le "zéro chiffre d'affaires, zéro impôts". De même qu'il permet d'éviter de faire appel à un expert-comptable, pour lequel il faut compter "entre 150 euros et 300 euros" par mois habituellement.

Des écueils encore nombreux

Les écueils restent nombreux pour ceux qui se lancent. Premier risque, la solitude. L'image de l'auto-entrepreneur qui travaille en pyjama à la maison n'est pas très loin. Les structures qui accompagnent les auto-entrepreneurs le savent et travaillent à créer du lien, du réseau : trouver l'information juste, se constituer une clientèle, se regrouper pour répondre à des appels d'offres, sont les défis qui se présentent aux auto-entrepreneurs.

Les informations fausses, voire frauduleuses, ont d'ailleurs pris suffisamment d'ampleur pour que le secrétaire d'Etat Hervé Novelli annonce, le 22 février, une série de mesures pour y remédier.

Second écueil, la crédibilité ; là encore, les structures d'accompagnement des auto-entrepreneurs ont à cœur de s'assurer que le statut est utilisé correctement, par exemple que les prix proposés correspondent aux prix du marché. Ou que les prestations correspondent à des qualifications réelles. A ce sujet, un décret devrait, dès avril, obliger les auto-entrepreneurs à attester d'un niveau de formation pour exercer une activité qui engage la sécurité ou la santé des consommateurs. Il s'agit également d'aider les auto-entrepreneurs à prendre confiance en eux, à communiquer sur leurs compétences. Bref, à en faire des chefs d'entreprise comme les autres.



Où trouver de l'information ?
Pas moins de 30 sites sont consacrés à l'auto-entrepreneur sur Internet, 6 millions de pages sont disponibles sur le sujet ! Voici trois exemples d'organisations reconnues : la Fédération des auto-entrepreneurs, l'Union des auto-entrepreneurs (UAE), le Syndicat national des auto-entrepreneurs et TPE. Vous pouvez également vous référer au guide de l'auto-entrepreneur publié par le ministère, dont une nouvelle version sera diffusée à partir d'avril. En revanche, même s'il est indispensable de s'entendre au préalable avec son agence Pôle Emploi avant de s'inscrire comme auto-entrepreneur, les conseillers de Pôle Emploi sont, de l'avis des professionnels des structures citées ci-dessus, rarement bien informés sur le statut en lui-même.

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