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Interview

Des centres d'appels 100% français : "Veut-on que le consommateur paie plus cher ?"

Source : La Tribune.fr - 12/07/2010 | 14:28 - 1009 mots  | 
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Des centres d'appels 100% français :

PDG de Teletech International, Emmanuel Mignot a fondé sa société spécialisée dans l'externalisation des centres d'appel voici plus de quinze ans. Sa société opère à la fois en France et à l'étranger. Le souhait de Laurent Wauquiez de faire revenir les centres d'appel dans l'Hexagone lui semble relever de l'utopie.

Que pensez-vous du projet de Laurent Wauquiez qui vise à inciter les entreprises françaises à privilégier l'implantation de centres d'appel sur le territoire national ?

On assiste à un double discours de l'Etat, d'un côté, on nous a incités à "porter haut les couleurs de la France", à s'implanter à l'étranger, et de l'autre on critique l'ouverture de sites offshore (à l'étranger ndlr). Je pense que le message qu'il faut interpréter est : "Occupez les marchés à l'étranger, mais ne délocalisez pas". Or pour les call-centers la problématique est la même que pour les entreprises des autres secteurs. Pourquoi lutter contre l'ouverture de call-center offshore et en même temps autoriser la délocalisation de la production automobile ? Il faut faire attention à ce que ce ne soit pas seulement un effet de manche.

Laurent Wauquiez entend obliger les salariés des call-centers à préciser à leurs interlocuteurs le pays dans lequel ils se trouvent et à favoriser ainsi, grâce à la pression des consommateurs, l'ouverture de sites en France. Est-ce selon vous une mesure efficace ?

C'est une pure utopie de croire qu'il est possible d'obliger les opérateurs de vous dire qu'ils vous répondent depuis Metz ou depuis Casablanca. Qui va contrôler le respect d'une telle règle ?
Le consommateur peut jouer un rôle d'arbitre mais plutôt en ce qui concerne la qualité du service et non en ce qui concerne le fait d'employer une main d'œuvre française ou non. Sur ce premier point la France n'est pas forcément la mieux placée. Les services proposés dans la téléphonie mobile par les centres d'appel français sont catastrophiques, alors qu'à l'étranger on peut trouver un service de très bonne qualité. Cette piètre qualité des services est la première cause d'infidélité du consommateur.
Il y un autre problème : celui du prix. Nous privilégions la complémentarité des services, c'est-à-dire que nous les répartissons, selon les horaires, les niveaux de complexité entre la France et l'étranger. Une telle organisation permet de proposer un prix raisonnable aux consommateurs. Un prix inférieur en tout cas à celui qu'on pourrait proposer si tous les centres d'appel étaient établis en France. Veut-on que le consommateur paie plus cher ? Comme pour l'automobile ou le textile, je vois mal comment on pourrait revenir en arrière.

D'autres options ont été envisagées comme des aides au recrutement, à l'implantation en zone rurale, seraient-elles plus réalistes ?

Il y a effectivement beaucoup à faire en la matière. On a besoin d'une activité économique répartie sur tout le territoire français, et d'une activité rurale qui ne se limite pas seulement à l'agriculture mais qui s'ouvre aussi à la technologie. Chez Teletech International, nous sommes les premiers à avoir ouvert un centre en milieu rural, en 1994, dans une petite ville de 1600 habitants : Toucy dans l'Yonne. Nous y avons crée 100 postes au début. Mais nous avons manqué d'infrastructures. Nous avons même dû construire à nos propres frais.
Il y a en France deux problèmes majeurs pour le développement des call-centers en milieu rural, la formation qui est peu développée dans ces territoires, et le manque d'infrastructure ; l'Etat n'est pas parvenu à faire respecter les engagements en terme de couverture qu'avaient pris les opérateurs de télécommunication. Il y a encore des zones en France où il est difficile d'avoir une connexion Internet 56k. En outre le récent projet de France Télécom présenté il y a trois semaines par Stéphane Richard tend à pénaliser les zones rurales où les services seront plus onéreux. Stratégie favorisée par le manque de concurrence. Il existe donc de nombreux leviers pour favoriser l'implantation rurale, les utiliser serait vraiment bienvenu.

Laurent Waquiez a déclaré avoir le soutien de plusieurs grandes entreprises comme France Télécom, Gaz de France, la SNCF ou encore Bouygues Télécom. Pensez-vous qu'elles puissent vraiment participer à ramener les centres d'appel en France ?

Ces entreprises représentent à elles quatre une partie importante des donneurs d'ordre. Elles pourront donner une bonne impulsion. Tout dépend de ce qui est décidé, mais une grande partie d'entre elles, liées à l'Etat n'a pas vraiment d'autre choix que de venir s'asseoir à la table des négociations.

Pensez vous qu'il est possible de ramener des emplois en France ?

Quelle part des 60.000 emplois créés hors de France souhaite-t-on rapatrier ? Il est envisageable d'en ramener 200 à 300 mais cela suppose de se fâcher avec une bonne partie de la profession.

Quelles sont pour vous les solutions pour soutenir et développer les centres d'appel en France ?

Aujourd'hui il n'y a que des entreprises françaises qui font encore travailler les centres d'appel hexagonaux. Il y a plusieurs problèmes auxquels il faut faire face, dont ceux que j'ai déjà mentionnés : les infrastructures et la formation. Ce métier est un métier trop dévalorisé en France ce qui peut expliquer la mauvaise qualité des services. Par ailleurs nous n'avons pas les moyens de travailler à un prix décent en France. Nous employons près de 300.000 personnes dans l'Hexagone. Nous ne pesons donc pas assez lourd pour prétendre bénéficier d'un régime de faveur à travers par exemple des allègements de charges. Pourtant notre secteur est appelé à se développer. Il représente 5% à 7% de la population active aux USA, et on peut imaginer que d'ici quelques années 7à 8% des actifs européens travaillent dans des centres d'appel.
Le principal défi aujourd'hui est de flexibiliser sans précariser. Il est injuste et anormal de précariser, chacun a droit de faire des projets, pourtant nous avons besoin d'une certaine flexibilité de la main d'œuvre. Nous envisageons à Teletech International un nouveau rapport avec nos collaborateurs (ceux qui répondent au téléphone). Nous essayons de prendre en compte non pas leur temps de travail mais leur temps de vie passée à l'entreprise. Nous envisageons ainsi de leur permettre de profiter de l'entreprise pour mener à bien des projets personnels, que ce soit de la formation personnelle ou des projets autres comme des projets de quartiers... Tout est à inventer et ce n'est pas facile d'évoluer étant donné la méfiance des partenaires sociaux. Il faut réussir à restaurer la confiance entre les employeurs et les représentants des salariés.
 

Erwann Kerrand - 12/07/2010, 14:28  | 
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  • Mike a écrit le 14/07/2010 à 23:00 :

    • Avoir des centre d'appel mettrait fin à ce cauchemard qui consiste à avoir à l'autre bout du fil quelqu'un qui baragouine, est souvent incapable de comprendre votre question si elle ne figure pas sur son écran. Plusieurs de mes relations,raccrochent si le " conseiller "semble lire un texte qui est le même à la virgule près, que celui de la veille.

  • LolodeParis a écrit le 14/07/2010 à 22:30 :

    • Oui ! Il faut payer plus cher pour ça et pour beaucoup d'autres choses. La France a les ressources pour être auto-suffisante alors pourquoi continuer dans le cercle vicieux de la mondialisation : chômage donc faibles salaires donc baisse des prix donc délocalisations donc chômage etc. La boucle est bouclée et tourne de plus en plus vite. La France serait au plein emploi si elle devait produire tout ce qu'elle consomme !

  • Manhantan a écrit le 14/07/2010 à 17:12 :

    • L'argumentaire de ce dirigeant frise la parfaite mauvaise foi. Le service proposé par les centres d'appel situés est souvent proche du néant. La gestion en CRM d'un poste client constitue pourtant une source potentielle de revenus pour une entreprise. La vérité est qu'en délocalisant, la valeur d'actif de ce poste clients retombe à zéro. LES grands comptes devraient y penser, plutôt que de se payer la tête de leurs clients.

  • Emmanuel Mignot a écrit le 13/07/2010 à 21:07 :

    • @Têtu : si être représentatif de la profession, c'est accepter de laisser perdurer des solutions de précarité, privilégier la rentabilité à court terme, ne pas faire tellement de cas de la satisfaction réelle des consommateurs, alors je ne suis en effet pas représentatif de la profession, et, en plus, cela ne me gêne pas. En lançant le premier call center en milieu réellement rural, en zone sensible, en off-shore, le premier à réduire le temps de travail, à pratiquer la VAE, à consacrer 10% de la masse salariale à la formation continue, à offrir des cours de relaxation et de yoga à mes collaborateurs, je ne cherche pas à être représentatif de la profession, mais à être l'un de ses plus ardents précurseurs, dans le bon sens. Pour information, je pratique ce métier depuis 27 ans et le taux de turnover moyen chez Teletech International en 2009 a été de 2,8% sur l'ensemble de nos plates-formes.

  • Emmanuel Mignot a écrit le 13/07/2010 à 16:51 :

    • Je voudrais préciser ma position concernant l'off-shore, car je n'ai fait que répondre hier aux questions que m'a posées le journaliste de La Tribune. J'ai toujours milité pour la création d'emplois en France et me suis battu constamment pour créer des emplois en zone rurale, en zone sensible, là où personne ne veut plus aller. Teletech International va ouvrir en 2011 son 5° centre d'appels en France, à Dijon pour créer 600 emplois, contre un centre à Rabat pour 160 postes. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'est pas facile de créer puis gérer des emplois de services à l'étranger, que cela a un coût et que si ça se généralise, c'est que la gestion d'entreprises de main d'oeuvre en France est devenue très difficile car extrêmement encadrée et très rigide. Vous aurez noté que je milite pour une vraie rupture dans la gestion de centres d'appels, pour qu'ils soient humains, qu'il y fasse bon travailler et que c'est ce que j'applique de la même manière pour nos collaborateurs marocains. Je voulais juste exprimer que la manière dont les choses sont engagées par Laurent Wauquiez me semble inappropriée, et que mettre à nouveau à l'index une profession qui continue à créer des emplois sans concertation avec elle, me semble injuste et maladroit.

  • Carbonisé a écrit le 13/07/2010 à 15:02 :

    • Si ça permet de garder de l'emploi en France et d'avoir un service de meilleur qualité, je suis prêt à payer plus.

  • citoyen a écrit le 13/07/2010 à 11:02 :

    • je suis pret a payer + cher pour défendre l'emploi en France

  • Latribune.fr a écrit le 13/07/2010 à 10:33 :

    • Réponse à Oldtimer. Le formulation est effectivement un peu ambigüe, mais Monsieur Mignot fait là allusion à la construction d'infrastructures de télécommunications indispensables au fonctionnement d'un centre d'appel et pour laquelle il explique n'avoir reçu aucune subvention.

  • voltaire51_0 a écrit le 13/07/2010 à 10:15 :

    • Foutaises mais tout est bon pour gagner le maximum dans le minimum de temps qu'importe les dégats sociaux et financiers, oui le boycot peut être une réponse, l'obligation d'afficher le numéro de l'appelant indique la provenance , de toutes façons l'accent et la compétence limité des répondants indiquent déjà l'externalisation du service sur un pays etranger. donc le boycot peut être une façon de contrer cette dérive, les américains privilégient le made in aperica faisons de même privilégions le made in france.

  • Têtu a écrit le 13/07/2010 à 10:03 :

    • C'est qui lui??? Il est pas représentatif de la profession...

  • anatolebiak a écrit le 13/07/2010 à 09:01 :

    • paiera t on plus cher si l'interlocuteur parle Français et rèsoud rapidement le problème??

  • Oldtimer a écrit le 13/07/2010 à 08:49 :

    • D'accord avec ces commentaires. Je relève cependant qu'à Toucy un opérateur a du être obligé de construire (ses locaux?) à ses propres frais: un scandale!

  • françois a écrit le 13/07/2010 à 07:39 :

    • à la question du titre, réponse: oui pourquoi pas dès lors que l'on peut maintenir un certain nombre d'emploi en France et que ces centres d'appels apportent une réelle valeur ajoutée. Allons plus loin et retournons la question, y aura-t-il des consommateurs en France le jour où l'on aura plus de salariés parce que l'on aura laissé fuir tous nos emplois? Si vous prenez le secteur des télécoms, il ne serait d'imposer avec l'octroi de la licence qu'un pourcentage (élevé) des téléopérateurs soit en France pour l'essentiel et en off shore pour les inévitables débordement ou trafic à heure difficile, mais égalemnt pour pouvoir "attaquer" des marchés spécifiques.

  • Oui a écrit le 12/07/2010 à 17:18 :

    • Des prix un peu plus élevés seraient une bonne chose : un peu d'inflation serait bien mieux qu'un peu de déflation. Et cette mesure ferait revenir des emplois. Vous devrez trouver un autre argument, monsieur-qui-essaie-de défendre-ses intérèts particuliers en essayant maladroitement de faire croire qu'il défend l'intérèt général.

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    • Avoir des centre d'appel mettrait fin à ce cauchemard qui consiste à avoir à l'autre bout du fil quelqu'un qui baragouine, est souvent incapable de comprendre votre question si elle ne figure pas sur son écran. Plusieurs de mes relations,raccrochent si...

      par Mike le 14/07/2010 à 23:00

  • Bouygues
    -0.32 % (-1.0055 points) 31.505 €
  • GDF Suez
    -0.565 % (-2.1827 points) 25.32 €

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