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Hervé Morin veut embarquer des avions britanniques sur le Charles-de-Gaulle

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Dans un entretien publié ce mardi par La Tribune, le ministre de la Défense plaide pour une plus grande coopération entre les forces armées françaises et britanniques. Il suggère notamment que le seul porte-avion français puisse embarquer des avions de la Royal Navy. Hervé Morin insiste également sur le rapprochement Thales-Safran qu'il juge plus que jamais nécessaire.

L?industrie navale militaire française est un leader en Europe. Quels sont les marchés d?avenir ?
La France est une grande référence en matière navale. La preuve, le Brésil a décidé de reconstruire sa Marine en achetant la technologie française. Les industriels tricolores ont également gagné des contrats avec des pays exigeants comme la Malaisie ou l?Inde. Ce secteur a un potentiel extraordinaire car on constate que les grands pays émergents aspirent tous à se doter d?une marine de haute mer. Le salon Euronaval doit être pour nous l?expression de notre capacité à répondre aux besoins des pays qui consacrent chaque année des sommes de plus en plus significatives pour leur défense. Sur les 8,16 milliards d?euros d?exportation que la France a réalisés en 2009, quatre et demi l?ont été grâce au naval.

La France arrivera-t-elle à vendre les porte-hélicoptères de type Mistral à la Russie ?
Réponse avant la fin de l?année? J?estime qu?il faut regarder la Russie avec un ?il nouveau. On ne peut pas continuer à appeler à un partenariat stratégique de paix et de sécurité avec elle et, dans le même temps, considérer les Russes comme les simples héritiers de l?Union Soviétique. J?ai été celui qui a ouvert la porte à cette discussion en juin 2009 en adressant une lettre à mon homologue russe. Aujourd?hui, cette idée est partagée par tout le monde. Je me réjouis que l?on puisse espérer déboucher sur un contrat significatif pour l?industrie française et au-delà, ouvrir les portes à d?autres coopérations.

Etes-vous toujours favorable à la montée de Thales de 25 à 35 % dans le capital de DCNS ?
Je n?ai pas changé d?avis. Il y a une vraie complémentarité industrielle entre les deux groupes qui doit s?incarner sur le plan capitalistique. La décision doit être prise en 2012. Il y a un immense espace dont doit profiter DCNS : celui de la coopération européenne et au-delà, mondiale. Européenne, parce que nous sommes condamnés à une rationalisation industrielle. Aujourd?hui les Européens sont en concurrence sur tous les prospects à l?export ! Cela nous affaiblit d?une façon significative face aux pays émergents, notamment asiatiques. Mondiale aussi, car DCNS, grâce à sa puissance, son savoir-faire et sa technologie possèdes des atouts colossaux pour réaliser dans d?autres pays ce elle est en train de construire au Brésil, en Malaisie ou en Inde.

Mais en Europe, tout est figé en matière de coopérations. N?avez-vous pas envie de pousser un coup de gueule ?
Oui je ne cesse de le faire. Face à l?indigence de leurs budgets de défense, les Européens glissent doucement et confortablement à terme vers un condominium sino-américain. Nous sommes en train de renoncer à être un acteur majeur sur la scène internationale où l?on pèsera de moins en moins sans une construction politique européenne.

L?absence de volonté et donc d?efforts en matière de défense, la faiblesse des coopérations et le manque d?ambition créent toutes les conditions d?un affaiblissement de l?Europe. Et pourtant, le renforcement de notre relation bilatérale avec les Britanniques, qui est le fruit d?une véritable volonté politique, montre ce que nous devrions être capables de faire à l?échelle européenne !

Quelles sont les pistes de coopérations entre la Grande-Bretagne et la France ?
Dans le naval, nous réfléchissons à ce que nos porte-avions soient davantage interopérables. Au-delà d?exercices conjoints, nous sommes favorables à partager l?accompagnement des porte-avions au sein de groupes aéronavals. Une frégate britannique pourrait parfaitement participer à la protection du Charles-de-Gaulle et vice-versa.

Les Britanniques ayant annoncé leur volonté de doter de catapultes leur porte-avions opérationnel, j?ai demandé à l?état-major des armées de réfléchir à la faisabilité de l?embarquement d?aéronefs britanniques sur notre propre porte-avions et vice-versa ; sauf, évidemment, en cas de conflit ou de crise où nos intérêts respectifs seraient divergents. Cela permettrait d?assurer une permanence à la mer. Nous sommes en train d?expertiser ces pistes : ce serait un grand et fort symbole. Les patrouilleurs aériens et les pétroliers peuvent faire aussi l?objet d?une mutualisation.

Au-delà du naval ?
Le maintien en condition opérationnel (MCO) et la formation des équipages d?A400M pourraient être mutualisés, mais aussi le lancement d?un programme commun de "drone du futur" à moyen terme. Sur ce point, vous avez remarqué la soudaine capacité de nos industriels français à trouver des solutions qui paraissaient jusque là impensables. Mon initiative d?expertiser le Predator leur a donné beaucoup d?inspiration, je m?en réjouis.

Nous réfléchissons également à d?autres pistes comme celle des avions ravitailleurs. Nous pourrions profiter de la surcapacité britannique dès lors qu?un partage équitable des coûts a été trouvé. Enfin, il y a toute la question de la rationalisation de la filière missilière européenne, au sein d?un one-MBDA. Les contraintes budgétaires nous imposent aujourd?hui de prendre des décisions conjointes notamment sur les missiles de croisière et sur l?anti navire léger.

L?exportation du Rafale au Brésil est-il en bonne voie ?
Je demeure confiant.

Les consolidations industrielles se heurtent aux intérêts des groupes. Poussez-vous toujours l?opération d?échanges d?actifs entre Safran-Thales ?
Je n?ai pas changé d?avis. Et d?ailleurs le ministère bloque toujours les marchés des deux industriels pour un montant de 300 millions d?euros. Sont bien entendu exclus les marchés qui répondraient à des impératifs opérationnels. Ils resteront bloqués aussi longtemps que Thales et Safran n?auront pas fait un travail de rapprochement. Ce n?est pas aux Français de payer des bureaux d?études sur lesquels des regroupements sont possibles et sur lesquels on peut dégager des économies.

Cette rationalisation a une vraie cohérence industrielle et stratégique qui permettrait de construire un grand européen de l?avionique pour lutter à armes égales avec les groupes américains. Les compétences en optronique et en navigation inertielle pourraient être mises en commun ; et pour les salariés, on ne peut pas considérer que travailler pour Thales ou Safran est un déclassement quand on vient de l?autre maison. Ce sont deux grands groupes français qui partagent les mêmes valeurs et portent peu ou prou les mêmes politiques sociales.

Quelles les sont les prochaines consolidations ?
Le dossier SNPE est en cours d?achèvement. Restent la nécessité de créer un pôle munitionnaire solide et de régler la question de l?armement de petit calibre. Sur ce point encore, nous examinons les possibilités d?évolution avec des partenaires européens.

La révision générale des politiques publiques prévoyait 54.000 suppressions de postes pour la Défense d?ici 2014 : où en est-on ?
On suit nos objectifs. Nous nous étions fixés 8.250 suppressions par an, or nous sommes sur un rythme réel proche de 8.800. Notre programme d?accompagnement social est parfaitement adapté : il fonctionne d?ailleurs si bien que nous n?arrivons pas à répondre à toutes les demandes. J?ai commencé à lancer les premières externalisations avec un filet de sécurité pour le personnel.

Les agents du ministère peuvent être mis en disponibilité pout travailler dans l?entreprise qui a gagné le marché, ce qui leur permet de revenir à tout moment dans l?administration s?ils le souhaitent A ce jour, les 10 premières expériences et les 10 premiers appels d?offres permettent de réaliser entre 20 et 25 % d?économies grâce aux externalisations. Dans ce domaine, j?invite les entreprises à faire des offres spontanées de services !

Où en est le regroupement du ministère à Balard ?
Comme pour l?école nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA) dont j?ai posé la première pierre il y a quelques jours, nous sommes parfaitement dans les délais. Il s?agit d?une modification en profondeur de l?organisation du ministère puisque tous les états-majors, la DGA et les directions de l?administration centrale vont être regroupés dans une même "cathédrale" plutôt que d?être chacun dans leur "chapelle".

Au-delà de cette gouvernance améliorée, ce projet est une source d?économies grâce aux efforts de mutualisation et de rationalisation du soutien général. Nous prévoyons ainsi un gain d?environ 2.000 à 3.000 postes en administration centrale. Enfin, grâce au regroupement le coût des loyers payés par le ministère sera inférieur à la dépense des loyers payés aujourd?hui.

Mais vous ne craignez pas de prendre du retard dans votre programme de cessions immobilières ?
Tout le monde reconnait la nette reprise du marché immobilier parisien. Nous n?aurons donc pas de souci, d?autant que le déménagement à Balard est prévu en 2014 ! Nous allons opérer nos cessions au fur et à mesure, sereinement.

Que va devenir l?Hôtel de la Marine ?
C?est aujourd?hui France-Domaine qui est compétent sur ce dossier. Je reste hostile à la vente pure et simple de cette partie de notre patrimoine.

 

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