Grand emprunt : démission surprise à la tête du Campus de Saclay

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Paul Vialle, président de la Fondation du Campus Paris-Saclay, a démissionné mercredi.
Le campus de Saclay n'a pas été sélectionné pour les "Initiatives d'excellence". Tirant les conséquences cet échec, le président du campus a donné sa démission mercredi.

Coup de théâtre dans le landernau de la recherche. Le président de la Fondation de coopération scientifique (FCS) de Paris-Saclay, qui réunit toutes les institutions du campus (23 acteurs parmi lesquels le CEA, le CNRS, HEC, Polytechnique, Paris-Sud?), Paul Vialle, a donné sa démission mercredi à l?occasion d?un conseil d?administration extraordinaire. Déjà président de la FCS depuis 2009, Paul Vialle avait pourtant été réélu pas plus tard qu?en février dernier pour 4 ans, après le changement de statuts de la fondation.

"Sous sa présidence, des transformations majeures ont été mises en place. Le Plan Campus puis les Investissements d?Avenir ont permis de planifier un ambitieux programme de construction au service des projets scientifiques et du développement d?une réelle vie de campus. Parallèlement, une nouvelle étape a été franchie autour de projets pédagogiques et académiques, d?une évolution de la gouvernance du campus et de l?appropriation d?une ambition collective", se contente de saluer le communiqué laconique diffusé ce jeudi par le Campus Paris-Saclay. Que s?est-il donc passé ? En fait, l?ancien directeur général de l?Inra a souhaité tirer ainsi les conséquences de la non sélection du projet de Saclay pour la première vague des "Initiatives d?excellence" (Idex). Cet appel à projet, doté de 7,7 milliards d?euros, est le plus important du grand emprunt. Il doit sélectionner cinq à dix grands campus de renommée mondiale à même de rivaliser avec les Harvard et autres MIT.

Projet pharaonique

Or Saclay, projet phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy, a toujours été soutenu. Ce projet pharaonique (30.000 étudiants et 12.000 chercheurs visés à l?horizon 2020), qui concentre déjà 10 % de la recherche publique et privée française, a ainsi déjà obtenu une dotation record de 850 millions d?euros au titre de l?opération Campus. Dans le cadre du grand emprunt, il a décroché plusieurs équipements d?excellence et laboratoires d?excellence. Assez logiquement, il partait favori pour la première vague des Idex. Contre toute attente, il n?a pas fait partie des sept projets présélectionnés. Preuve, pour certains observateurs, de la réelle indépendance du jury international. Selon plusieurs sources, l?échec de Saclay est compréhensible. A la différence des projets présélectionnés, Saclay n?est pas encore en mesure de justifier d?une gouvernance cohérente et souffre encore de luttes intestines. Il faut dire qu?il réunit les plus grandes institutions françaises de la recherche et de l?enseignement supérieur, parfois plus que bicentenaires, présidées par des personnalités fortes et "jalouses de leurs prérogatives", selon un bon connaisseur du dossier.

Electrochoc

Si Paul Vialle confie : "déjà depuis la fin de 2010 j?envisageais, pour des raisons personnelles, de quitter la présidence de la Fondation à la fin du premier semestre 2011". Il reconnaît que « le projet Saclay est ambitieux, mais difficile compte tenu de la notoriété et de la diversité des partenaires impliqués ». Le changement de statut de la fondation en janvier, qui se traduit notamment par un champ plus large de missions et surtout une gouvernance resserrée, est intervenu tard. Vu l'ampleur du projet, il s'est donc avéré "difficile de fournir au jury un schéma limpide pour les 10 années à venir", avance Paul Vialle. Estimant être allé au bout de sa mission, il espère que l'échec au premier tour des Idex va créer un électrochoc salutaire. "Il faut que les lignes bougent, comme elles l?ont déjà beaucoup fait depuis deux ans : les réalisations immobilières se concrétisent, de nombreux projets scientifiques ont été primés, d?autres prennent corps", insiste-t-il. Contacté, René Ricol, commissaire général à l?investissement, n?a pas voulu "commenter le départ de son ami".

La barre aurait-elle été placée trop haut ? Une chose est sûre, attendu au tournant, Saclay a sans conteste subi une pression plus forte que les autres candidats. Mais de l?avis de plusieurs observateurs, les structures de gouvernance étant aujourd?hui en place, la balle est dans le camp des acteurs. "Mon successeur ne détiendra probablement pas une solution toute faite. La question est aujourd'hui de savoir jusqu'où les institutions ont la volonté d'aller, analyse Paul Vialle. Mais j?ai la conviction que le projet réussira". Mais rien n?est perdu. Comme pour l?opération campus, Saclay a a priori toutes les chances de passer lors de la seconde vague, prévue en septembre. Interrogé, le ministère de l?Enseignement supérieur et de la recherche, indique que le conseil d?administration doit "trouver rapidement un nouveau président afin de continuer à travailler dans la perspective de la seconde vague". Le jury des initiatives d?excellence aurait d?ailleurs déjà commencé à discuter avec les représentants de Saclay afin de les y aider.

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