La Tribune

Opération campus : Pécresse distribue les enveloppes à Paris

Clarisse Jay  |   -  706  mots
La ministre de l'Enseignement supérieur a annoncé ce mercredi la répartition de la dotation de 700 millions d'euros entre les pôles parisiens dans le cadre de l'opération campus.

Enfin ! C'est un peu ce qu'ont dû penser les présidents des universités parisiennes à l'annonce de la répartition de la dotation de 700 millions d'euros qui leur revient dans le cadre de l'opération campus qui doit consacrer 5 milliards d'euros à la rénovation et à l'émergence de 12 grands pôles universitaires . Ce plan a pourtant été lancé... en février 2008 et la plupart des projets de pôles universitaires sélectionnés ont été informés de leur enveloppe courant 2009.

Alors, pourquoi Paris a-t-il dû attendre si longtemps ? Tout d'abord, les universités parisiennes ont mis du temps à s'entendre : pas facile d'organiser les regroupements intra-muros entre 8 universités et une vingtaine d'écoles totalisant 300.000 étudiants et 272 sites aux propriétaires différents (Région, Etat, Ville de Paris) ! Après des mois de tergiversations, la ministre de l'Enseignement supérieur a mis le holà en demandant à Bernard Larrouturou un rapport sur l'immobilier universitaire parisien, véritable imbroglio géographique et patrimonial. Résultat : un schéma directeur préconisant le regroupement des établissements en trois pôles et un objectif de seulement 45 sites. Finalement, ce sont quatre pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) qui se sont constitués, ces même pôles qui se portent candidats en ce moment aux appels à projet du grand emprunt (laboratoires d'excellence, initiatives d'excellence...). Jusqu'à présent, seul un d'entre eux avait eu le privilège d'être informé du montant de son enveloppe, en février 2010 : le PRES « Sorbonne Paris Cité » (Paris 5, Paris 7, Sciences Po...), qui a obtenu 200 millions d'euros.

75 millions d'euros versés dès 2011


C'est donc le reste de la répartition qu'a annoncé Valérie Pécresse ce mercredi : 130 millions d'euros reviendront au pôle « Sorbonne Universités » (Paris 2, 4 et 6) ; 100 millions d'euros au PRES « Hesam » (Paris 1, ESCP Europe, Cnam) et enfin 200 millions seront dévolus à la vie étudiante, volet phare du plan Campus. Ces 200 millions seront en grande partie dédiés à l'amélioration des fameux « resto U » qui ont laissé des souvenir impérissables à des générations d'étudiants (150 millions permettront de créer d'ici à 2016 seize sites supplémentaires permettant de passer de 9.300 à 13.300 places assises), 50 millions étant destinés à la construction de 1.200 logements à la Cité universitaire qui seront en majorité réservés aux étudiants étrangers.

Les présidents d'universités se sont montrés satisfaits même si nombre d'entre eux estiment que toutes les réhabilitations dont ils ont besoin nécessiteraient plus. Car leurs dotations - c'est le principe de l'opération Campus et du grand emprunt - sont non consommables et seuls les intérêts pourront être utilisés pour payer les loyers de partenariats public-privé (PPP). Du très long terme donc. Les premiers PPP ne devraient ainsi démarrer qu'en 2012. Mais pour répondre à l'attente des universités, la ministre a annoncé que les premiers revenus produits, soit 75 millions d'euros, seraient versés dès 2011 pour « lancer les 10 premiers chantiers ». Elle a cependant regretté une fois de plus que les collectivités locales, en l'occurrence la Région Ile-de-France et la Ville de Paris, ne se soient pas engagées comme ailleurs en France à mettre 1 euro pour chaque euros de l'opération Campus. Sachant que tout confondu, l'Etat chiffre ses investissements dans l'immobilier universitaire parisien à 1,7 milliard d'euros sur 2007-2013. « Des dossiers se sont débloqués,mais il n'y a aujourd'hui pas d'engagement de la Ville et de la Région au-delà du contrat de plan Etat-Région (CPER) », a-t-elle lancé, précisant que les 21 autres régions métropolitaines avaient, elles, signé une convention avec l'Etat.

La réaction de la Région ne s'est fait attendre. « L'Ile-de-France est une région atypique par rapport aux autres et souffre d'inégalités territoriales. Nous totalisons 17 universités et souhaitons aider les plus défavorisés. Dans ce contexte, nous souhaitons intervenir d'une autre façon », a estimé Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente de la région en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, interrogée par La Tribune. Illustration de ces tensions entre Etat et Région sur le sujet, le bras de fer qui se joue sur le financement du campus Condorcet, heureusement en voie de règlement.

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