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Faut-il autoriser l'arrosage des champs avec des eaux usées ?

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Alors que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, doit rendre fin 2011 une étude destinée à évaluer les risques de l'utilisation dans l'agriculture des eaux usées préalablement traitées, Veolia pousse l'administration à favoriser cette forme de recyclage en période de sécheresse. Objectif: éviter de solliciter les réserves naturelles.

Laisser les agriculteurs utiliser les eaux usées pour éviter de puiser dans les nappes phréatiques en période de sécheresse. Voilà la piste que suggère Veolia aux pouvoirs publics. Pour des raisons sanitaires, la loi ne permet en effet pas aujourd'hui aux agriculteurs d'irriguer librement les cultures en les aspergeant si nécessaire avec des eaux usées préalablement traitées. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) doit d'ailleurs rendre fin 2011 une étude destinée à évaluer les risques de cette forme de "recyclage". 

Cette étude devrait donner lieu à une révision de l'arrêté définissant les cas d'application de cette méthode.

Alors que l'agriculture représente près de 50% des consommations totales d'eau en France, le directeur général adjoint de Veolia Eau, estime que ce "vide réglementaire" doit être comblé. "La meilleure ressource qu'on puisse avoir dans les périodes de sécheresse, quand il y a un déficit d'irrigation des cultures, c'est quand même de réutiliser l'eau une deuxième fois", a-t-il expliqué à l'agence Reuters. "Nous sommes très demandeurs auprès de l'administration (...) pour qu'on évite de solliciter les réserves naturelles quand on pourrait utiliser des eaux usées, bien traitées, sur des cultures de transformation qui ne sont pas consommées crues ou directement" ajoute Marc Reneaume.

Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez Environnement, également interviewé par l'agance de presse, estime quant à lui que la réutilisation des eaux usées dans l'agriculture n'est pas "la panacée" et qu'il faut "faire très attention à l'aspect sanitaire", mais que ce mode d'irrigation fait partie de la "panoplie des solutions" en cas de sécheresse. "Il faut trouver un équilibre entre la protection du citoyen consommateur et la possibilité qui doit être donnée, si on fait des travaux et si on offre de l'eau résiduelle traitée aux agriculteurs (...), de ne pas faire ces investissements sans avoir la certitude qu'ils pourront ensuite utiliser l'eau" souligne Jean-Louis Chaussade..

Veolia et Suez, les deux premiers gestionnaires privés de réseaux d'eau en France, estiment en outre que la sécheresse qui a touché le pays au printemps et pourrait se prolonger cet été ne devrait avoir qu'un impact limité sur leurs comptes. Ils ajoutent que la sécheresse n'aura pas non plus d'impact sur les tarifs de l'eau car ceux-ci sont fixés par les municipalités sur des périodes longues et non ponctuellement.

Prié de dire si Veolia anticipe un bond de cette consommation, Marc Reneaume s'est montré catégorique : "Certainement pas. Ce qu'on pronostique (...), c'est que ça contribuera plutôt à freiner la baisse régulière des volumes qu'à présenter une pointe de consommation très sensible." Jean-Louis Chaussade a de son côté souligné que la période de juin à août était la plus importante pour Suez Environnement et que la sécheresse du printemps n'avait à ce stade quasiment pas eu d'impact - ou "très limité" - sur les comptes du groupe.

"Globalement, un été sec a plutôt un impact que je qualifierais de légèrement positif sur notre système (...) mais dans des proportions qui sont généralement limitées", a-t-il ajouté. Pour Marc Reneaume comme pour Jean-Louis Chaussade, une chose est certaine : les pluies de la première moitié du mois de juin n'ont pas suffi à faire remonter le niveau des nappes phréatiques.

Mais ils estiment que la sécheresse ne menace pas l'approvisionnement de la population en eau potable car des mesures ont depuis longtemps été prises pour l'éviter, notamment en réduisant les pertes sur les réseaux ou en rechargeant les nappes phréatiques en eau prélevée dans des rivières ou dans des réserves à ciel ouvert. "En France, sauf pour des sécheresses de surface liées aux consommations agricoles, on ne manquera jamais d'eau" observe Marc Reneaume.

"Les usages de l'eau sont en train de se télescoper. On ne peut plus et on ne pourra plus à l'avenir définir de manière indépendante ce qui touche à l'industrie, à l'agriculture, à l'alimentation humaine ou au tourisme", estime de son côté Jean-Louis Chaussade. Selon le dernier point du ministère de l'Ecologie, 58 départements étaient concernés par au moins un arrêté préfectoral limitant l'usage de l'eau au 22 juin et 13 étaient en vigilance.

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