Le Medef entre dans "l'aire" électorale

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Sur le terrain social, le Medef réclame à nouveau une refonte du droit du travail et souhaite développer l'employabilité  des salariés. Photo : Reuters
Sur le terrain social, le Medef réclame à nouveau une refonte du droit du travail et souhaite développer "l'employabilité " des salariés. Photo : Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Avec son livre numérique "Besoin d'aire", le Medef présente un programme radical aux candidats à la présidentielle. Pour atteindre l'équilibre budgétaire dés 2015, Laurence Parisot plaide pour le non remplacement de 2 départs fonctionnaires sur 3, une hausse de la CSG et de la TVA et un relèvement de l'âge du départ à la retraite.

Furieusement "geek", la présidente du Medef entame la présidentielle 2012 sur un air numérique. Maniant en toute habileté sa tablette, Laurence Parisot a présenté mardi devant un aréopage de chefs d'entreprise et de dirigeants patronaux le programme numérique du mouvement patronal : "Besoin d'aire" avec un " e " et véritable cahier de doléances du Medef à l'adresse des candidats à l'élection présidentielle. Un exercice qui rappelle celui de 2007, avec la parution de "Besoin d'air" - sans "e " et sur papier - qui avait d'ailleurs pas mal inspiré le candidat Nicolas Sarkozy. Gageons que la chose devrait se répéter si le président sortant était réélu pour un second mandat, tant les recommandations du Medef semblent entrer en résonance avec ses propres projets.

Pour des Etats-Unis d'Europe

Alors pourquoi avoir ajouter un " e " au mot air ? "Parce que les entreprises ont besoin de nouvelles frontières, de nouveaux horizons, d'espace" répond Laurence Parisot. C'est notamment pour cela que la présidente du Medef pose la construction européenne comme "la première des priorités". Rappelant qu'avec 504 millions de consommateurs, l'Europe constitue la première puissance commerciale du monde, le Medef souhaite l'émergence "des Etats-Unis d'Europe" et l'élection "au suffrage universel d'un président de l'Europe ". Un fédéralisme européen assumé qui permettrait de mieux coordonner les orientations budgétaires et monétaires et de "doter l'Union d'une véritable gouvernance économique » avec, à terme, la création d'un "Commissaire à l'Economie et aux Finances, véritable ministre". Un fédéralisme qui permettrait aussi de faciliter les convergences "fiscales, techniques, juridiques et sociales ". Au niveau mondial, Laurence Parisot a aussi plaidé pour une régulation de la finance et pour une refonte du système monétaire international obligeant notamment "les nouveaux pays qui participent au commerce international à la flexibilité et la convertibilité de leur monnaie".

La nécessaire réduction des dépenses

Mais, à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, c'est, bien entendu, sur la politique économique française que Laurence Parisot était surtout attendue. Désendettement, coût du travail, chômage, protection sociale... Tout y est passé, avec des accents qui n'auraient pas déplu à Madame Thatcher, actuellement quasiment en voie de canonisation outre-manche. Ainsi, la présidente du Medef veut une adoption rapide de "la règle d'or" interdisant le recours à l'endettement pour financer les dépenses courantes. Pour organiser un" désendettement compétitif" et construire une trajectoire budgétaire excédentaire à partir de 2016, le Medef prône la règle du "deux pour un " : c'est-à-dire "deux fois plus d'économies sur les dépenses publiques que de hausses de prélèvements fiscaux et sociaux ". Se basant sur une hypothèse de croissance entre 1 et 1,5% entre 2013 et 2016, l'organisation patronale estime "qu'un effort additionnel entre 50 et 75 milliards d'euros devrait être engagé sur 4 ans pour atteindre le zéro déficit fin 2015".
Par ailleurs, Laurence Parisot a repris la vieille antienne patronale sur le mauvais choix fait par la France en matière de répartition des prélèvements, regrettant le trop haut niveau de taxation des facteurs de production : "l'imposition de la consommation a diminué en France sur les dix dernières années alors que la tendance est inverse en Allemagne et dans les autres pays européens ", regrette la présidente du Medef. Aussi, outre une stabilisation des prélèvements fiscaux pesant sur les entreprises, le Medef réclame un nouveau "pacte fiscal et social " fondé sur "une double hélice" : baisse des cotisations "salariés" compensée par une hausse de la CSG ; baisse des cotisations " employeurs " compensée par une augmentation de la TVA... Sur ce dernier point, Nicolas Sarkozy a devancé les attentes du Medef puisque la TVA sociale est proposée au vote du Parlement .

Non remplacement de 2 fonctionnaires sur 3


Autre argument traditionnel : le poids de la fonction publique. Laurence Parisot propose d'accélérer la règle mise en oeuvre depuis 2007 du non remplacement d'un départ à la retraite sur deux, pour passer à 2 fonctionnaires sur 3. Quant à la fonction publique territoriale, elle devrait, à son tour, adopter la règle du " 1 sur 2".

Sur le terrain social, le Medef réclame à nouveau une refonte du droit du travail. Outre la volonté récurrente de mettre fin à la durée légale du travail (remplacées par des durées conventionnelles négociées par branche ou par entreprise), il souhaite développer  "l'employabilité " des salariés en créant un "Accès individuel à l'acquisition de compétence", qui naîtrait de la fusion des actuels dispositifs de formation, le DIF et le CIF . Et les taux de cotisations à l'assurance chômage des entreprises seraient modulés en fonction des investissements consentis par les entreprises pour développer "l'employablité des salariés". Le mouvement patronal milite aussi pour un retour à "un dispositif de dégressivité non linéaire des allocations chômage"...La aussi, on retrouve une préoccupation voisine de celle de Nicolas Sarkozy.

Relever l'âge de départ à la retraite

Enfin, le Medef demande une poursuite de la réforme des retraite, le passage à 62 ans de l'âge possible de départ à la retraite institué par la réforme de 2010 lui paraissant déjà insuffisant. Dès le rendez-vous de 2013 sur le sujet, l'organisation patronale demandera que cet âge soit encore relevé.

"Besoin d'aire" est consultable sur www.besoindaire.com

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a écrit le 15/02/2012 à 14:18 :
Mme parisot à surement de bonnes idées pour le patronat elle juge qu'une augmentation de 34% des grand patrons n'est pas sufisante .Divisons nos salaires et nos retraites par 2 pour venir en aide aux milliardaires necéssiteux et ainsi aidé cette pauvre femme à nous mettre tous dans la rue!!!!!
a écrit le 15/02/2012 à 11:27 :
Qui va toujours devoir payer ? l'augmentation de la CSG, la TVA sociale, l'allongement des années de cotisations pour la retraite (dont le montant va sans doute diminuer), et bien d'autres choses encore...nullement étonné par le programme de Madame PARISOT qui pressurise encore plus les salariés (pourtant indispensables pour le développement des grandes entreprises qu'elle défend)... Réagissez par votre vote aux Présidentielles...
a écrit le 15/02/2012 à 10:55 :
Il devient urgent que chacun comprenne que tous les moyens de l'état, des collectivités, tous les déficits des retraites, de la sécu, n'ont aucune autre source de financement que les profits des entreprises, sans profit pas de ressources fiscales.
Réponse de le 15/02/2012 à 12:30 :
@Ivanvi. Vous affirmez que l'Etat n'a AUCUNE autre source de financement que les profits des entreprises ??? Dans quel pays vivez-vous ? Pas en France probablement sinon vous sauriez qu'il existe bien d'autres sources de financement qui sont, pour n'en citer que les principales : la TVA sur la consommation, l'impôt sur le revenu et diverses taxes et impôts (fonciers, d'habitation, de succession) qui sont payés par les citoyens. Arrêtez de victimiser ainsi les pôôôôvres entreprises. Surtout celles du CAC 40 qui font tellement peu de bénéfices qu'elles n'ont augmenté que de 34% la rémunération de leurs dirigeants !
a écrit le 14/02/2012 à 21:37 :
Madame Parisot défend le profit c'est normal et indispensable.Mais c'est tout le crédit qu'il faut lui accorder.

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