La Tribune

Le crédit impôt recherche bientôt modifié ?

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Fabien Piliu  |   -  887  mots
Un rapport sénatorial suggère un recentrage du dispositif vers les PME et, dans une moindre mesure, son extension à l'innovation. Des modifications devraient intervenir dans le cadre du projet de de loi de finances 2013.

Comme François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le sénateur socialiste Michel Berson est favorable à une stabilité du paysage fiscal des entreprises. Néanmoins, son rapport d?évaluation sur le crédit impôt recherche dévoilé ce jeudi plaide pour une refonte du système. Cherchez l?erreur? « Ce dispositif fonctionne mais nous disposons désormais du recul nécessaire pour procéder à quelques améliorations », explique le sénateur de l?Essonne. Le crédit impôt recherche (CIR) a été créé en 1983. Il a été modifié à de nombreuses reprises, la dernière modification d?importance datant de 2008 avant une retouche en 2011. Si François Hollande tient les promesses tenues pendant la campagne, c'est-à-dire accélérer les remboursements du CIR et étendre les dépenses éligibles à l?innovation, le dispositif devrait à nouveau subir quelques modifications dans le cadre du projet de loi de finances 2013.

La principale dépense fiscale de l?Etat

Le coût de cet avantage fiscal est estimé à 4 milliards d?euros par an en moyenne, un chiffre que Michel Berson voit progresser prochainement pour osciller entre 5 milliards et 6 milliards en 2014. Un coût qui fait du CIR la principale dépense fiscale de l?Etat, et qui justifie son évaluation régulière par les pouvoirs publics. Depuis 2008, le CIR a été évalué par l?Assemble nationale, le Sénat, une première fois, l?Inspection général des finances et la Cour des Comptes.

Comme tous ces rapports, celui de Michel Berson fait de nombreuses propositions pour améliorer l?existant ? au nombre de 25 ? la plupart d?entres ayant pour objectif de recentrer le dispositif vers les PME et les ETI.

Un taux unique pour les grands groupes


Il propose d?instaurer un taux unique de CIR de 20 % pour les grandes entreprises, afin de supprimer l?effet d?aubaine qu?il constitue pour elles. « Actuellement, le taux est de 30 % pour les premiers 100 millions d?euros de dépenses de Recherche et & développement [R&D], puis de 5 % au-delà. Ce taux de 5 % étant trop faible pour être incitatif, je suggère de supprimer le seuil de 100 millions d?euros et d?instituer un taux de CIR de 20 %, dès le premier euro de dépenses, pour les grandes entreprises. Cette mesure permettrait d?éviter le gaspillage de 800 millions d?euros par an, qui constituent une simple baisse d?impôt sur les sociétés, sans impact réel sur les dépenses de R&D », explique le Sénateur. Selon ses calculs, le taux du CIR pour les grands groupes s?élève à 23-24% dans le dispositif actuel.

Une augmentation du taux pour les PME et les ETI indépendantes

Les économies dégagées permettraient de porter le taux du CIR de 30 % à 40 % pour les PME et les ETI indépendantes.
« L?efficacité du CIR pourrait également être accrue en accélérant son versement, qui s?étale actuellement sur les quatre années suivant la dépense, sauf pour les PME, qui sont remboursées l?année suivante. Dans le cas des PME, on pourrait envisager un remboursement trimestriel. Dans celui des ETI, il convient au moins de leur étendre le dispositif existant aujourd?hui pour les PME », propose-t-il. Cette proposition soulève la question de la corrélation entre CIR et contrôle fiscal. Un certain nombre d?entreprises refuseraient de recourir à ce dispositif par crainte d?être contrôlées par l?administration fiscale.

Pas de corrélation entre le CIR et le contrôle fiscal ?

Selon le sénateur, seules 2% à 3% des 12.850 entreprises bénéficiaires du CIR ont été contrôlées par le Fisc chaque année, un chiffre « assez faible », estime-t-il. Néanmoins, pour apaiser les chefs d?entreprises, il plaide pour la mise en place dès 2012 d?un protocole précisant les modalités de coopération du ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) avec les directions du contrôle fiscal (DIRCOFI). Ce protocole porrait-il permettre d'homogénéïser les évaluations des experts quant à l'éligibilté des dépenses de R&D ? Régulièrement, les chefs d'entreprises dénoncent les différences de traitement sur ce point selon les territoires. Concrètement, une dépense éligible en Languedoc-Roussillon ne le serait pas forcément en Alsace... A voir.

Autre suggestion du rapport : exclure du bénéfice du CIR les dépenses de R&D réalisées aux fins d?intervention sur les marchés financiers, ce qui permettrait d'économiser une centaine de millions d'euros.

L?innovation, une dépense moins risquée que la R&D

Quant à l?extension du CIR à certaines dépenses d?innovations, promise par le candidat Hollande, Michel Berson y est assez peu favorable, notamment en raison de son coût, estimé à 1,5 milliard d?euros. « Le CIR soutient le financement de la R&D, par nature très risquée. Il est donc normal que la puissance publique intervienne pour aider les entreprises. En revanche, le retour sur investissement de l?innovation, qui se situe en aval de la R&D, est beaucoup moins aléatoire », explique-t-il, même s?il admet que le prototypage et le design pourraient par exemple faire partie des dépenses éligibles.


 

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Commentaires

CIR  a écrit le 28/09/2012 à 23:38 :

Est il normal que des sociétés d?ingénierie profitent du Crédit Impôt Recherche par le biais de "programmes de recherche" (voir http://www.altran.com/fr/a-propos-daltran/altran-research.html) , alors que leur activité est avant tout l'envoi de prestataires chez des clients, et qu'aucun brevet n'a jamais été déposé par ces programmes de recherches ?

CIRCIR  a répondu le 11/11/2012 à 18:59:

A titre d'information, voir la page 2 du document suivant, émis par la CGC : http://www.cfe-cgc-groupealtran.net/lettre%20information/Lettre_CFE_CGC_ALTRAN_oct_2009.pdf

Rutabaga  a écrit le 19/07/2012 à 15:41 :

Je travaille dans une entreprise du CAC40. Le crédit impôt-recherche est sollicité pour tout et n'importe quoi. Il devrait y avoir des critères précis alors qu'aujourd'hui tout travail qui nécessite un peu de réflexion est appellé "recherche" ou pire "innovation". Ce qui pourrait être fait par exemple c'est de donner un CIR uniquement sur des travaux qui auraient été déclarés auparavant avant leur lancement comme des travaux de recherche. Cela permettrait d'éviter que les comptables passent leur temps à traquer toutes activités pour voir si le CIR s'applique. Un résultat annexe serait aussi que les comptables feraient un vrai travail, au lieu de passer leur temps à faire de l'optimisation fiscale.

Corso  a écrit le 19/07/2012 à 14:04 :

Ce serait une bonne chose car le CIR frôle la grosse dérive. Il serait nécessaire que le budget soit établi par projet et non par entreprise. Les sociétés candidates sur un projet défini et repéré comme innovant participeraient à la recherche financée et se partageraient les retombées. Egalement il faudrait que les dossiers des 220 entreprises réalisant un chiffre d'affaire supérieur à 500 millions soient tout simplement exclues exclues. Elles disposent d'autres moyens. Le CIR doit profiter aux entreprises petites et moyennes sans demande de participation préalable. La formule du co-financement décalé de 6 mois par exemple pour leur participation permettrait un jalonnage dynamique. Le cadre de la recherche doit être solidement fixé pour éviter toute extention qui voit l'état financer actuellement des employés qui ne participent pas directement à la recherche. Un sérieux travail à entreprendre.

vido  a écrit le 19/07/2012 à 13:46 :

Fichtre! Quand est ce que les politiques vont comprendre que l'instabilité fiscale dans ce pays explique une grande partie de notre problème de compétitivité. On ne développe pas sereinement une entreprise avec des règles qui changent tous les ans (quand ce n'est pas tous les 6 mois comme avec l'ancienne majorité)

mefiant37  a écrit le 19/07/2012 à 13:42 :

ça leur écorcherait la g.... de dire que cette réforme de Sarko est une réussite ?

Corso  a répondu le 19/07/2012 à 14:05:

C'est surtout un gouffre financier sans cause !

Mecatroid  a répondu le 22/07/2012 à 19:29:

@mefiant37 : Pourquoi devraient-ils mentir de la sorte. Nous avons affaire à l'une des plus belles escroqueries de ces dernières années, un véritable gouffre financier. En quoi c'est une réussite ?

AA  a répondu le 21/08/2012 à 10:47:

LA PAGAILLE FISCALE ET SOCIALE FRANÇAISE EST DEVENU INGERABLE POUR LES ENTREPRENEURS PETITS ET GRANDS ; 9 lois de finance en 3 ans avec des chocs sérieux . LE CIR ETAIT UNE PETITE COMPENSATION POUR CEUX QUI FONT DE LA RECHERCHE ET INNOVENT à leur risque , DANS UN PAYS OU LES PRELEVEMENT FISCAUX ET SOCIAUX SONT PLUS PROCHE DU PILLAGE Légalisé que d'une contribution à la solidarité . ... ILS ONT tué l'industrie , je veux dire les hommes de l'état et ceux de la gestion supposé paritaire ...
salut et joyeuse faillite bureaucratique ! c'est encore les plus pauvre qui vont payer les frais du tout socialisme français . Amicalment