La Tribune

Quand la recherche française dépend en partie de l'étranger

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Fabien Piliu  |   -  498  mots
Selon le rapport de l'Agence française des investissements internationaux (AFII), près d'un tiers de la dépense intérieure en recherche et développement est initiée par des groupes étrangers. Cet effort se concentre sur une poignée de secteurs.

Si certaines entreprises françaises ont choisi de délocaliser leurs centres de recherche à l'étranger, d'autres continuent de faire le chemin inverse. Selon le dernier rapport de l'Agence française des investissements internationaux (AFII), 29% de la dépense intérieure en recherche et développement (DIRDE) est réalisée par des groupes étrangers, ce qui représente un effort financier de 7,9 milliards d'euros.

Quatre secteurs aimantent 60% de cet effort

Quatre secteurs intéressent tout particulièrement les entreprises étrangères implantées en France, concentrant 60% de leurs dépenses. Il s'agit de la construction aéronautique et spatiale qui « pèse » 27% de la DIRDE pour un montant de 2,1 milliards, les composants et les cartes électroniques (14%, 1,1 milliard), l'industrie automobile (11%, 0,8 milliard) et la pharmacie (8%, 0,6 milliard). Au total, la DIRDE des entreprises étrangères présentes dans l'Hexagone a progressé de 5% entre 2007 et 2012. Une progression tout à fait notable puisque cette période fut, dans le domaine économique, celle qui fut la plus agitée en France et chez ses voisins depuis 1945.

La France attire surtout les Européens et les Américains

Qui sont ces investisseurs ? « Sur la période 2001-2012, près de la moitié des investissements d'origine étrangère dans les centres de recherche et développement sont le fait 'entreprises européennes. Sur la même période, les Etats-Unis sont à l'origine du tiers des investissements, suivies par l'Allemagne et le Japon », précise l'AFII qui, à travers différents témoignages de chefs d'entreprises étrangères, cite les atouts du site France dans le domaine de la R&D : pôles de compétitivité, qualité de la formation, notamment dans le domaine universitaire, taille du marché et accès qu'il permet au Vieux continent, panoplie des supports financiers offerts pour soutenir l'innovation et en particulier le crédit-impôt recherche (CIR).

Au total, les entreprises étrangères emploient, toujours selon l'AFII, un quart des chercheurs recensés en France. Soit 35.650 personnes.

Délocaliser la recherche est-il efficace ?

Dans une certaine mesure, ces chiifres permettent de relativiser les délocalisations à l'étranger des unités de R&D des entreprises françaises. Sanofi, Renault, Faurecia..., la liste des grands groupes ayant délocalisé une partie de la leur matière grise s'allonge au rythme de la mondialisation. Mais ce transfert de compétences est-il économiquement efficace ?

Selon Nandini Lahiri, professeur et chercheur à l'université de Caroline du Nord Kenan Flager nuance sa réponse. Dans un article intitulé "Geographic distribution of R&D activity : How does it affect innovation quality ?", paru en 2010 dans l'Academy of Management Journal, prenant l'exemple des stratégies des entreprises de l'industrie des semi-conducteurs, il démontre que si la décentralisation a des effets positifs sur la capacité des organisations à innover, une trop grande dispersion géographique des unités de R&D peut, en revanche, avoir des effets négatifs. Cette délocalisation n'aurait de sens que si les centres de R&D travaillent en réseaux.
 


 

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