"Perdre un marché public n'est pas une fatalité"

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Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Lou Blachier, le Médiateur national des marchés publics explique les détails de la mission qui lui a été confiée par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif. Il souhaite notamment dépoussiérer le code des marchés publics. La médiation s'apprête à sortir un guide pour aider les chefs d'entreprises à optimiser leurs chances de succès lorsqu'ils répondent à des appels d'offres.

Alors que les indicateurs macro-économiques sont dans le rouge, que le nombre de demandeurs d'emploi ne cesse de progresser, que vous inspire la situation de l'économie française ?

Contrairement à la crise de 2008 consécutive à la faillite de Lehman Brothers, qui avait été inattendue et brutale, la situation est différente. Il y a cinq ans, les carnets de commandes s'étaient vidés en quelques jours, mettant en lumière d'importantes difficultés de trésorerie. Aujourd'hui, la situation est plus insidieuse car l'activité s'est réduite progressivement, allégeant les carnets de commandes. Aujourd'hui, parce que l'avenir de leur entreprise est incertain, les chefs d'entreprises se sont habitués à la désespérance.

Que peut faire la Médiation des marchés publics dans ce contexte ?

Parce qu'elle représente environ 200 milliards d'euros, la commande publique peut et doit être une véritable bouffée d'oxygène pour les entreprises, qu'elles soient en difficulté structurelle ou qu'elles soient les fleurons de l'innovation française. La Médiation des Marchés publics a trois objectifs : faciliter l'accès aux marchés publics, faire bouger les lignes pour faire évoluer les bonnes pratiques d'achat et régler le cas échéant les litiges entre les acteurs publics, les services juridiques ou financiers et les entreprises.

En tapant du poing sur la table ?

Je ne crois pas à la méthode forte. Pour les deux parties, il est bien plus profitable de dialoguer pour réparer les éventuelles erreurs et préparer le coup d'après car perdre un marché public n'est pas une fatalité.

Beaucoup d'entreprises se plaignent des difficultés à répondre aux appels d'offres publics. Faut-il simplifier le code des marchés publics ?

Je tiens tout d'abord à préciser une chose. Il n'est pas plus compliqué de chasser un client privé qu'un acheteur public. J'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi la majorité des entreprises se privent d'un tel marché d'autant plus que les commandes publiques courent bien souvent sur un horizon de trois ans. Ceci étant dit, le code des marchés publics doit en effet être dépoussiéré, modernisé, simplifié. En attendant, nous allons éditer d'ici fin juin un guide de l'achat public pour les non initiés afin d'encourager les chefs d'entreprises à oser les marchés publics. Gratuit, cet ouvrage leur permettra de mieux adapter leurs réponses aux appels d'offre afin d'optimiser leurs chances de succès.

Comment comptez-vous vous y prendre pour faciliter l'accès des entreprises, et en particulier des plus petites d'entre elles, aux marchés publics ?

Plusieurs groupes de travail ont d'ores et déjà été constitués pour réfléchir aux bonnes pratiques à mettre en place et supprimer les absurdités. Un exemple : il n'est pas normal qu'une entreprise innovante qui reçoit le soutien public ne puisse répondre à un appel d'offre public au prétexte qu'elle n'a pas de concurrent sur son marché. On marche sur la tête.

Il faut également réfléchir à la façon de simplifier la tâche des acheteurs publics. Savez-vous qu'ils sont responsables pénalement et personnellement trois ans après la fin du contrat signé avec l'entreprise. Il faut assouplir cette règle car elle incite les acheteurs à prendre peu de risques dans le choix de leurs fournisseurs et à ne reposer leur jugement que sur l'élément indiscutable qu'est le prix. Résultat, les acheteurs peuvent laisser de côté les achats responsables et ignorer le respect des principes des normes de sécurité.

 


 

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a écrit le 14/05/2013 à 20:35 :
« dépoussiérer le code des marchés publics » Peut-être est-ce la première fois qu?apparaît une proposition d'une tel importance. Elle aurait dû paraître depuis longtemps. Or notre marché public est prisonnier du régime social. Je ne sais pas quel est ce code, mais, depuis que nous avions notre retard de livraison de l'A380, l?acheteur international, et même l'acheteur public cherchent un moyen permettant d'éviter le travail avec notre marché public. Les mains-d??uvre coûtent cher car notre système de travail est très lent. Donc, automatiquement le coût des mains d??uvre augmente. De plus le régime social fonctionne très bizarrement par rapport au marché internationale. Pour toutes ces raisons , je crois que les marchés internationaux ne veulent plus faire équipe avec la France. Et également les entreprises travaillant avec le marché public. Surtout les sous-traitant. Il y a beaucoup de gâchis de marchandise de la part des r... des m... p..... Par exemple pour fabriquer deux sièges d'avions, il suffit de deux peaux de vache, alors qu'on nous livrent 10 peaux de vaches. Donc nous pouvons faire la différence du gaspillage fait par le marché public. Nous ne l'avons jamais calculés, et les opérateurs économiques non plus. Il y a encore beaucoup d' exemples existants. Jusqu'à tant qu'on ne pourra faire un remaniement dans le régime social, soit par le changement de code du marché public, soit en ciblant la cause des retards, ou soit en diminuant les mains d??uvres, on ne pourra pas « dépoussiérer » les marchés publics.
a écrit le 14/05/2013 à 16:41 :
Oui mais à partir où ça chiffre, comme en Turquie avec les Aéroports de Paris (7 milliards d'Euros) investis pour perdre finalement l'appel d'offre.

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