ESS : « Nos dirigeants auront-ils la volonté d'agir ? » (Joseph Stiglitz)

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Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, nous avons les ressources et les connaissances pour faire émerger une économie du partage. Ne pas le faire serait inexcusable ! / Reuters
Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, "nous avons les ressources et les connaissances pour faire émerger une économie du partage. Ne pas le faire serait inexcusable !" / Reuters
En septembre, Joseph Stiglitz a inauguré, avec Jacques Attali, le LH Forum au Havre. À l’occasion de la remise des Trophées de l’économie sociale et solidaire (ESS), il préconise des mesures pour aller vers un monde plus prospère et plus juste.

Crises à répétition, chômage de masse, pauvreté qui menace, sans oublier les enjeux environnementaux et l'émergence d'extrémismes en tous genres. Malgré le diagnostic alarmiste de la situation économique que connaît le monde en 2013, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, a tenu, au dîner inaugural du LH Forum, le 24 septembre dernier, a martelé ses convictions.

« En 2007, l'économie avait une maladie masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n'avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit en demande agrégée et l'économie aurait été faible. Revenir à un système bancaire réparé nous laisse quand même avec les problèmes d'une économie faible. »

« Renflouer les banques, c'était nécessaire, mais insuffisant. Et c'est là que le gouvernement d'Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont aggravé la crise. En passant beaucoup de temps à s'occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fond. Pire encore : nous avons demandé aux gens qui ont créé la crise de la résoudre. »

« Il faut en finir avec l'austérité, ca ne marche pas ! »

Pas de fatalisme pour autant, Joseph Stiglitz est allé jusqu'à détailler un agenda, qui permettrait au monde d'avoir une économie plus forte à l'horizon 2030. Au-delà de la lutte contre le changement climatique et la promotion de la technologie, l'économiste a souligné la nécessité impérieuse de réglementer le secteur bancaire pour s'assurer que les banques fassent ce qu'elles doivent faire, c'est-à-dire prêter de l'argent à l'économie.

« Les activités de prêt aux États-Unis sont actuellement de 25% inférieures à leurs niveaux d'avant la crise. Il faut en finir avec l'austérité, ca ne marche pas ! Prenez l'exemple des mesures prises dans les années 1930 par le président Herbert Hoover : elles ont conduit à la grande dépression. Ou celles, plus récentes, conduites sous l'égide de la Banque mondiale, un peu partout dans le monde. Le résultat de cette austérité imposée est une économie bien plus faible que ce qu'elle pourrait être. » a-t-il insisté, citant l'exemple d'un taux de chômage de 60% chez les jeunes en Grèce.

« Nous mettons vraiment notre avenir en danger »

Pour s'en sortir, parmi les problèmes prioritaires à régler, le manque d'égalité des chances vient en première ligne.

« Vous avez intérêt à bien choisir vos parents si vous voulez exprimer tout votre potentiel », a-t-il plaisanté. « De fait, le succès d'un jeune dépend aujourd'hui avant tout des moyens financiers et du niveau d'éducation de ses parents. Nous devons investir dans l'éducation, dans les technologies, dans l'innovation et dans les infrastructures. Nous avons besoin d'une stratégie globale de croissance au niveau mondial. Ce qui implique de répondre à cette question : comment peut-on stimuler l'économie pour qu'elle crée des emplois ? Nous ne retrouverons pas la prospérité si les décisions stratégiques des entreprises continuent à se faire dans l'intérêt seul des actionnaires.

En Europe, la façon dont la zone euro a été mise en place comportait à la base des faiblesses. Pour y remédier, l'Europe devrait se doter d'une nouvelle structure, incluant une union bancaire et un marché d'euro-obligations. De même, des politiques de croissance devraient remplacer l'austérité et de vraies politiques industrielles être adoptées. L'économie sociale et solidaire constitue un formidable terreau d'emplois pérennes et non délocalisables. Comme jamais auparavant, nous avons aujourd'hui les ressources et les connaissances pour faire émerger une économie du partage. Ne pas le faire serait inexcusable. Reste à savoir si nos dirigeants auront la volonté et le courage d'agir véritablement et durablement. », a-t-il insisté.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2013 à 19:16 :
Retrouvons notre Francs National et nous règleront beaucoup de problèmes liés à l'Euros, et surtout la compétitivité . Plus cela durera plus longue sera la descente aux enfers .
a écrit le 02/12/2013 à 11:13 :
Deux sommités au service de...l'ESS? vous croyez ??? ...
a écrit le 30/11/2013 à 0:08 :
Stiglitz, Jorion, Piketty Cohen etc.. Une narration de la tribune qui tourne en boucle pour faire avaler que l'on vit une austerité (pourtant les dépenses de l'état n'ont jamais été si élevées) et qu'il faut dépenser encore plus pour relancer l'activité. Tous Nobel et normaliens qu'ils soient, ils me font penser à ces moutons qui tout au bord de la falaise, horrifiés ...se précipitent dans le vide.
a écrit le 29/11/2013 à 15:07 :
Malheureusement, il a peu de chance d'être écouté car tous les gouvernements européens pensent que l'austérité est la seule voie à la sortie de la crise !!!
a écrit le 29/11/2013 à 14:59 :
La France a la chance de posséder une richesse de produits du terroir. Pourquoi s'obstiner a faire du productivisme plutôt que du qualitatif. Le nombre de pays riches capables d'acheter du top niveau augmente. Vendons du luxe, transformons notre économie , une sorte de Fauchon hexagonal. Le tout respectant la nature en supprimant tous les produits polluants.
a écrit le 29/11/2013 à 13:14 :
Nos dirigeants de droite et de gauche se vautrent dans l'inanité. David Cameron, lui, il gueule contre le dumping social des miséreux d'Europe, tout en faisant un sacré dumping financier avec paradis fiscaux à l'appui, et cela avec un statut dans le foirail de centrifuge plein de dérogations !
Pauvre France !
Réponse de le 29/11/2013 à 14:52 :
Sinon, bonne nouvelle pour Cameron : les rémunérations des banquiers de la city ont fortement augmenté...
a écrit le 29/11/2013 à 13:04 :
J'aime beaucoup la manière dont on pose des constats approximatifs, dont on écarte les responsables de leurs responsabilités justement pour arriver aux conclusions (qui sont toutes sauf logiques) concernant l'Europe et ce qu'elle doit faire.
Tous ces gens ne sont que des agents d'influence au double service de leur idéologie et de ceux qui ont accaparé le politique.
a écrit le 29/11/2013 à 13:03 :
L’économie sociale et solidaire se situe à l'antipode de l’économie basée sur la spéculation!!! La bataille consiste donc à savoir si nos dirigeants vont enfin avoir le courage d'interdire cette dernière dans tous les domaines ou elle s'exerce (matières premières, or, art contemporain......)!!! S'ils ne le font pas et je doute qu'ils s’attellent à la tâche sans laisser quelques zones d'ombres au tableau !!!!! Par contre l'opinion publique est le seul contre pouvoir capable de les y obliger dés lors qu'elle montre une grande vigilance à ce qui est proposé ou pas!
a écrit le 29/11/2013 à 12:01 :
article interressant , quand a la volonté des dirigeants , quand on voit le nein des allemands aux euro bonds qui sauveraient a terme cette europe , l'intransigeance et l'auberge espagnole de l'Europe , elle n'attire plus , les ukrainiens et les turcs s'en écartent et bientôt l'Europe pourrait imploser de l'intérieur par son égoïsme et ils sont tous coupables pour cet état de fait en faisant de l'autre et de l'Europe le coupable idéal ..

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