L'économie collaborative est-elle solidaire ?

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L’état d’esprit des start-up est souvent d’inspiration solidaire, mais ce sont deux mondes diérents qui se croisent sans se superposer.

Covoiturage (Blablacar, Carpooling…) autopartage (Buzzcar, Deways, Oui-Car), location d'appartements (Airbnb…), mutualisation de machines à laver (La Machine du Voisin) achat groupé de productions agricoles locales (La Ruche qui dit oui), financement participatif de concerts ou autres projets artistiques au Nord (MyMajor-Company, Ulule, KissKissBankBank), microcrédits accordés à de petits projets au Sud (Babyloan, Bluebees)… Sous ses multiples facettes, l'économie collaborative est en plein boum.

D'après le cabinet Accenture, elle pèserait 350 milliards de dollars (266,4 milliards d'euros) en 2013. Coopérative par définition, cette « économie de l'accès » permet en outre à chacun de profiter de services qu'il n'aurait pas nécessairement les moyens de s'offrir individuellement et de créer du lien social au sein des communautés qui la composent… Cela en fait-il pour autant une composante de l'économie sociale et solidaire ?

L'impact social de l'effet collaboratif

« Souvent, les créateurs de start-up collaboratives se voient comme des entrepreneurs sociaux », reconnaît Flore Berlingen, cofondatrice du think tank OuiShare, qui entend porter un regard critique sur ces nouveaux modèles.

« Mais cette économie repose avant tout sur l'intérêt personnel bien compris de chacun, observe Antonin Léonard, autre cofondateur. On peut analyser les liens entre économie collaborative et économie sociale sous deux angles: celui de la gouvernance et celui de l'impact social », poursuit-il.

En l'espèce, toutes les entreprises de l'économie collaborative n'ont pas nécessairement une gouvernance associative ou coopérative. Elles démarrent souvent sous forme d'association, mais doivent rapidement évoluer vers une autre forme juridique, ne serait-ce que pour pouvoir rémunérer leurs employés.

Autre question, l'effet collaboratif a-t-il un fort impact social ? C'est vrai que les modèles de l'économie collaborative contribuent à rendre plus accessibles certaines ressources en les mutualisant ; vrai aussi, leur premier objectif est moins de maximiser le profit que d'avoir du sens. Parfois pourtant, le succès de certaines stars de l'économie collaborative recrée une forme de centralisation à l'opposé de l'image d'Épinal à l'origine de l'idée même de partage.

Avec 10 millions de nuitées vendues en 2012, le spécialiste de la location de logements entre particuliers, Airbnb, n'a plus grand-chose de la start-up. Pis, on peut considérer que ce modèle contribue à creuser plus encore les inégalités sociales, puisqu'il permet à ceux qui possèdent un bien de s'enrichir plus encore grâce à leur statut de propriétaire.

Le crowdfunding, ou financement participatif, est probablement le secteur de l'économie du partage qui se rapproche le plus de l'ESS. D'abord parce qu'il induit une forme de proximité entre les porteurs de projets et les internautes qui les financent, mais aussi parce que la finalité même des projets peut être sociale. Encore faut-il distinguer entre ses différentes formes : le don, qui peut être avec contrepartie (par exemple un T-shirt du groupe dont vous financez le concert); le microcrédit où des internautes du Nord financent des projets au Sud ; le prêt entre particuliers, avec ou sans intérêt…

« L'économie collaborative et l'économie sociale et solidaire sont deux modèles différents, deux modes de création de valeur, qui se croisent parfois, conclut Flore Berlingen. On pourrait tout autant se demander en quoi l'ESS pourrait devenir plus collaborative en adoptant une forme moins pyramidale et hiérarchique… »

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Commentaires
a écrit le 09/12/2013 à 10:53 :
Il est assez surprenant de lire la phrase suivante :"Elles démarrent souvent sous forme d'association, mais doivent rapidement évoluer vers une autre forme juridique, ne serait-ce que pour pouvoir rémunérer leurs employés."
Les associations peuvent bien entendu rémunérer leurs employés, c'est d'ailleurs chez elles que se situent la majorité des emplois de l'ESS. Si certaines structures vont du statut associatif à un statut d'entreprise commerciale, ce n'est donc pas pour cette raison là...
a écrit le 09/12/2013 à 10:53 :
Il est assez surprenant de lire la phrase suivante :"Elles démarrent souvent sous forme d'association, mais doivent rapidement évoluer vers une autre forme juridique, ne serait-ce que pour pouvoir rémunérer leurs employés."
Les associations peuvent bien entendu rémunérer leurs employés, c'est d'ailleurs chez elles que se situent la majorité des emplois de l'ESS. Si certaines structures vont du statut associatif à un statut d'entreprise commerciale, ce n'est donc pas pour cette raison là...
a écrit le 30/11/2013 à 14:21 :
A lire cet article, on se demande s'il n'exprime pas comme un regret que finalement ce qui marche est collaboratif et non solidaire. Par là entendre: ce qui marche c'est quand les gens s'organisent entre eux et non quand on leur impose.
En gros, le libéralisme fonctionne là où le collectivisme échoue...
Réponse de le 01/05/2014 à 13:16 :
Vous voyez le libéralisme là où ça vous arrange...

Le collectivisme sous sa forme pure et dure ne mène a rien, mais ces dernières années sont la bien preuve que c'est le libéralisme qui a échoué.
a écrit le 29/11/2013 à 21:18 :
Excellent article. Il faut en effet faire du solidaire pour devenir collabo.
a écrit le 29/11/2013 à 20:14 :
C'est clair. Si l'air est solide, faut faire payer l'air. Ce qu'à très bien compris mon camarade l' Air Liquide qui est presque arrivé à le solidifier. Faut que les pauvres paient pour l'air qu'ils respirent. La preuve, il devient pollué. Donc, y'a du business à se faire. Bonne suite courte à tous.

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