Les entreprises françaises à la reconquête de L'Afrique

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Chine fait désormais quasiment jeu égal avec la France dans la zone franc, avec une part de marché de 17,7 % contre 17,2 % pour kles entreprises tricolores
Chine fait désormais quasiment jeu égal avec la France dans la zone franc, avec une part de marché de 17,7 % contre 17,2 % pour kles entreprises tricolores (Crédits : reuters.com)
La France a perdu énormément de terrain face à ses concurrents européens en Afrique. Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur lance une série de mesures pour relancer les exportations tricolores, notamment dans les pays anglophones.

Les économistes et les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) en sont convaincus : l'Afrique sera à terme un îlot de croissance.

" En Afrique subsaharienne, les vents contraires qui soufflent à l'échelle mondiale ont peu affecté la croissance en 2013 et le rythme de celle-ci devrait s'accélérer en 2014", estime le FMI qui vise une progression de 5 % du PIB dans cette zone en 2013, de 6 % l'année prochaine.

Ces opportunités sont-elles liées à la richesse des pays africains en ressources naturelles et matières premières ? " Plusieurs pays pauvres et sans ressource naturelle ont atteint des taux de croissance forts et soutenables sur une période relativement longue ", précise le Fonds, rappelant que certains pays pourtant dépourvus de ressources minières ou pétrolières connaissent une croissance soutenue. L'institution cite notamment le Burkina Faso, dont le PIB progressera de 6,5 % cette année, l'Ethiopie (+7 %), le Mozambique (+7 %), le Rwanda (+7,5 %), la Tanzanie (+7 %) et l'Ouganda (+5,4 %).

Une classe moyenne émerge

En clair, l'Afrique n'est pas seulement riche de son sous-sol. L'augmentation du pouvoir d'achat, l'émergence d'une classe moyenne font d'un certains nombre de pays des marchés potentiellement très attractifs pour les entreprises du monde entier. Le Nigéria et le Kenya ne comptent-ils pas respectivement 162 et 200 millions d'habitants ? " Les couches moyennes atteindront dans les prochaines années entre 300 et 500 millions de consommateurs ", estime le rapport rédigé par Hubert Védrine, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, et présenté ce mercredi.

Les entreprises n'ayant pas attendu les prédictions des uns et des autres pour détecter les opportunités de marché, la concurrence fait déjà rage sur le continent africain, en particulier dans les pays en avance économiquement comme l'Afrique du sud, la première économie du continent africain représentant 25 % du PIB subsaharien, le Kenya et le Nigéria qui ont affiché cette année des taux de croissance du PIB de 4,7% et 6,3% en 2012.

Les entreprises françaises face à la concurrence internationale

Les entreprises françaises, pour qui l'Afrique francophone était une chasse gardée historique, sont-elles encore en terrain conquis ? C'est de moins en moins vrai.

A l'exception des grands contrats, les relations privilégiées tissées dans le cadre de la Françafrique, profitent à très peu d'entreprises françaises. Conséquence, selon une étude réalisé par le Trésor, la Chine fait quasiment jeu égal avec la France dans la zone Franc, avec une part de marché de 17,2 % pour la France contre 17,7 % pour la Chine. Si la France devance la Chine en Côte d'Ivoire, avec 14 % de part de marché pour la première, contre 6 % pour la seconde, au Sénégal (17 % contre 10 %) et au Gabon (33 % contre 8 %), les positions tricolores reculent dans un certain nombre de pays. Ainsi, entre 2005 et 2011, la part de marché de la France s'est repliée de 18 points en Côte d'Ivoire, de 6 points au Sénégal et de 8 points au Gabon.

En Afrique anglophone, la France est en revanche très peu présente. Ses entreprises ne détiennent qu'une part de marché de 3,6 % au Nigéria (contre 8,2 % pour les Etats-Unis, 4,3 % pour le Royaume Uni et 18,5 % pour la Chine), 1,5 % au Kenya (contre 2,3 % pour l'Allemagne, 17,6 % pour la Chine et 17,9 % pour l'Inde), et 2,8 % en Afrique du Sud (contre 10,7 % pour l'Allemagne et 15,1 % pour la Chine).

Une meilleure prise en compte des intérêts français

Afin que la France tire son épingle du jeu, le gouvernement lance une série de mesures. Bercy souhaite tout d'abord profiter des outils déjà existants, notamment les dispositifs et garanties de financement distribués par la Coface. Sans remettre en cause le principe de déliement de l'Aide publique au développement (AFD) largement concentrée sur l'Afrique, le ministère planche sur une meilleure prise en compte des intérêts des entreprises françaises.

La diplomatie économique à la rescousse

Pour (re)conquérir l'Afrique, Bercy compte aussi sur les réseaux diplomatiques les plus présents en Afrique, dans le cadre de la diplomatie économique chère à Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères. Concrètement, le Service Économique au Mozambique sera rouvert dès 2014. Concernant Ubifrance, un plan de redéploiement est engagé avec l'ouverture du bureau à Nairobi pour couvrir l'Afrique de l'Est, la signature d'une délégation de service public au Nigéria et la création d'une antenne au Ghana en 2014.

Pourquoi ces pays sont-ils précisément ciblés ? Parce que le gouvernement entend bien replacer l'Afrique subsaharienne au cœur de la stratégie du commerce extérieur français, notamment via la co-localisation.

Pour Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur,

" celle-ci consiste à servir les marchés locaux d'Afrique du Nord tout en servant ensemble les marchés d'Afrique subsaharienne. Je pense ainsi à de nombreuses PME, qui, dans tout le Maghreb, se servent de leurs bases locales pour se positionner sur l'ensemble du continent, dans des pays qui deviennent dès lors de réels partenaires. Mais c'est surtout l'émergence des couches moyennes à l'échelle du continent, qui, modifiant les habitudes de consommation de millions d'Africains, nous impose de nous adapter. C'est pourquoi il faut renforcer notre présence dans les secteurs de l'innovation, des nouvelles technologies et dans tous ceux qui ont trait à la ville durable dont on assiste à l'émergence sur le continent africain. Ainsi, plus de 80% de la population africaine est aujourd'hui connectée à un réseau de téléphonie mobile. Or la France a les moyens de répondre à cette demande, notamment en s'appuyant sur ses entreprises déjà présentes sur le continent ".

Pour affiner sa stratégie, le gouvernement pourra reprendre tout ou partie des quinze propositions formulées par le rapport Védrine. Via une série de mesures, celui -ci recommande notamment de relancer les relations administratives et politiques de haut niveau de l'État français vers le continent africain, de mieux associer la diaspora africaine et les collectivités locales à la politique économique africaine de la France, d'accompagner l'intégration régionale de l'Afrique mais aussi de faciliter l'investissement des entreprises en Afrique, notamment en mobilisant les instruments publics de soutien aux exportations.

Le Medef est également dans la boucle

A l'occasion de la conférence économique du Sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité qui se tient ce mercredi également à Paris, le MEDEF et Business Africa, la fédération des patronats d'Afrique se sont fixés des objectifs communs pour améliorer les relations économiques avec le gouvernement.

Leur déclaration conjointe plaide notamment pour une meilleure mobilisation des ressources pour les projets d'infrastructures et d'énergie, d'accroître les capacités de formation, d'innovation et de recherche en Afrique et doter le continent de ressources humaines de qualité pour offrir des perspectives à la jeunesse africaine et contribuer au développement de compétences nouvelles et de valoriser les ressources agricoles du continent pour satisfaire la demande africaine et assurer la croissance de l'emploi, des revenus et de la sécurité alimentaire.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2013 à 13:40 :
nous avons deux produits à exporter:Montebourg et Bricq (sans TVA)...
a écrit le 05/12/2013 à 10:36 :
Les entreprises françaises pâtissent très fortement de nos juges d'instruction français qui interfèrent dans les relations entre les entreprises et les décisionnaires Africains.
En Afrique il faut monnayer des passes-droits. A cause de nos juges, prêts à mettre en prison des patrons français, les sociétés ne sont pas performantes sur le marché Africain qui est raflés par des compétiteur moins regardants. Au premier titre desquelles : les d'Allemands, les Italiens et les Chinois.
a écrit le 04/12/2013 à 21:17 :
Population Nigeria 170 millions et Kenya 40 millions
a écrit le 04/12/2013 à 20:27 :
J'attends de voir "l'efficacité du déploiement diplomatique Francais "pour les PME ...par expérience...on nous accueille ...mais on n'a pas le temps de s'occuper des PME dans nos missions économiques ...ça brasse beaucoup d'air ....mais nous PME ...on doit se débrouiller tout seul ! C'est un triste constat de 30 ans d'export dans plus de 20 pays du monde ....
Réponse de le 05/12/2013 à 10:43 :
vous avez raison , de plus ce qui est navrant aussi c'est la corruption de nombre d'états africains , de despotes eclairés qui réclament en retour des commissions ou une carte d'un élu français comme passe magique pour avoir un marché , de plus avec un euro fort avec un franc CFA très pauvre face a l'euro , il faudrait subventionner massivement nos exportations pour que les africains puissent se payer nos produits , enfin les chinois avec le yuan entrent beaucoup plus facilement en afrique et savent très bien protéger leurs intérêts au mieux .. dommage qu'on ne sache pas exploiter ce gisement d'emplois réciproque , beaucoup d'africains rêvent d'Europe et de consommer comme nous mais leurs dirigeants bien corrompus qui ont des comptes et des résidences de luxe sont qu'un révélateur de cette médiocrité de ne pas tenir compte des besoins des populations .. il faudrait tout remettre a plat .. car bientôt la seule chose qui restera de cet héritage culturel avec les africains ne sera plus que la langue et encore .. un déclin qui peut s'inverser ..
Réponse de le 05/12/2013 à 11:00 :
J'aime bien le lecteur français qui donne des leçons en matière de corruption des élus. J'imagine que le lecteur norvégien et sudédois doit dire à propos des politiques français exactement ce que vous dites à propos des politiques africains.
a écrit le 04/12/2013 à 18:47 :
l 'Afrique c'est bon quand on s' impose comme les chinois . Nous , on y va pour quelques nababs et on se gargarise de francophonie ...résultat la France devient africaine et de plus en plus sous développée . Notre travailleur de l 'automobile sera bientôt rémunéré comme au pays !
Réponse de le 05/12/2013 à 11:04 :
La France devient africaine ? Ah oui ?
En nombre d'habitants ? Vous avez des chiffres exacts ? Vous connaissez le nombre exact d'africains présents en France et leur proportion dans la population totale ? OU c'est simplement parce que sortant du café du commerce, vous avez croisé dix noirs dans le métro parisien ? Mais comment savez-vous qu'ils sont africains plutôt qu'antillais ou américains ? Non parce que là je reviens du Cantal et de l'Aveyron et des africains je n'en ai pas croisés beaucoup.
La France devient africain en pratiques culturelles ? Vous avez des exemples, hormis le musée des arts premiers ? Punaise le jours où certains seront dotés d'un cerveau...
a écrit le 04/12/2013 à 17:43 :
A quoi cela sert il d'aller en afrique a chaque fois on annule leurs dettes si leurs etats est incapable de rembourser leurs credits pouquoi leurs entreprises payeront leurs marchandises

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