La Tribune

L'innovation est (aussi) une affaire de femmes

Les femmes s’orientent peu vers les carrières techniques et scientifiques, qui sont pourtant des réservoirs d’emplois./ DR
Les femmes s’orientent peu vers les carrières techniques et scientifiques, qui sont pourtant des réservoirs d’emplois./ DR (Crédits : DR)
Lysiane J. Baudu  |   -  856  mots
La faible place laissée aux femmes dans les postes de direction des entreprises françaises est souvent pointée du doigt. Elles sont encore plus modestement représentées dans les métiers de l'innovation : 17%, selon l'association des femmes ingénieurs de France. Et pourtant, elles méritent mieux, beaucoup mieux. Et pas seulement parce que l'innovation est l'affaire de tous. La preuve par quatre.

Les femmes sont à l'honneur un jour par an, le 8 mars, mais elles luttent, innovent et marquent la société de leur empreinte tous les jours, dans tous les domaines. On les dit intéressées par le « care», les services à la personne, et c'est vrai. Mais elles sont passionnées par bien d'autres sujets, apanage des hommes jusqu'à il n'y a pas si longtemps : la science, le management, le high-tech.

Et, contrairement à eux, qui seraient avant tout guidés par l'ambition, les femmes seraient portées, elles, par une mission. Celle de faire progresser la recherche contre le cancer, comme le fait Geneviève Almouzni, première femme, depuis une autre, Irène Joliot-Curie, à diriger le centre de recherche de l'Institut Curie.

Celle d'affranchir, avec les outils de notre époque, comme le crowdfunding, les femmes d'autres pays, telle Lindsey Nefesh-Clarke, la fondatrice du Women's Worldwide Web, basé à Paris. Elles militent aussi, comme Corinne Colson Lafon, fondatrice et PDG de Steam'O, société spécialisée dans la gestion immobilière et la maintenance technique, pour un nouveau style de management, incorporant des valeurs dites « féminines ».

Et elles vivent leur passion pour le bien de tous, comme Meghan Conroy, qui a transformé la photographie en une technologie permettant de mieux diagnostiquer les symptômes de certaines maladies. Oui, les femmes que nous avons choisies, parmi de nombreuses autres, ont une mission, celle d'innover pour faire évoluer la société, partout dans le monde, et la rendre meilleure.

>>> Meghan Conroy, le diagnostic dans l'objectif
>>> Lindsey Nefesh-Clarke, l'émancipation par le don 
>>> Corinne Colson Lafon, le management pour l'humain 
>>> Geneviève Almouzni, l'art de la science 

Soigner l'économie par les femmes

C'est l'une des femmes les plus puissantes du monde, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, qui le dit : si la participation des femmes au marché de l'emploi augmentait, cette évolution induirait un bond de la richesse mondiale.

C'est vrai pour la France, qui affiche une participation de 60% (contre 68% pour les hommes, selon l'OCDE) : la croissance du PIB gagnerait 4% à horizon 2020. La progression serait encore plus sensible aux États-Unis (5%), au Japon (9%) ou en Égypte (34%). Et certains calculs sont plus optimistes encore, offrant à l'Europe entre 15 et 45% de croissance supplémentaire si la participation des femmes à l'économie était égale à celle des hommes.

D'autres études - indiquant, par exemple, qu'une masse critique de femmes dans les instances de décision favorise la performance des entreprises - devraient être de nature à inciter les gouvernements, et les entreprises, à agir. D'ailleurs, les initiatives se multiplient.

Et pourtant... le compte n'y est pas

L'Europe n'affiche que 16,6% d'administratrices (24% en France, grâce à la loi Zimmermann-Copé sur les quotas). Les femmes n'y sont que 11% à faire partie du comité exécutif, là où se prennent les décisions stratégiques, et 3,2% à diriger une grande entreprise...

De même, malgré des dispositifs en place sur l'égalité salariale, les hommes gagnent encore, pour un même travail et à qualifications égales, 16% de plus en moyenne que les femmes en Europe (15,6% en France et 22,3% en Allemagne). D'où viennent donc ces difficultés rencontrées par les femmes au travail ?

Les explications vont de la ségrégation des secteurs - les femmes ayant tendance à « choisir » les moins porteurs, comme les services, et à se désintéresser des autres, telles l'ingénierie et la science (ces deux domaines ne comptant que 32% de femmes en Europe) - à la sous-évaluation des compétences des femmes, en raison des stéréotypes, en passant par le temps partiel, choisi ou subi, sans oublier le travail domestique, qui pénalise les femmes...

Le tout résultant, au-delà d'une moindre croissance, en des taux de dépendance, de précarité et de pauvreté plus élevés chez les femmes, en particulier à la retraite.

Comment faire bouger ces lignes de partage ?

Les études, aussi incitatives soient-elles, ne semblent rien changer, face à l'« old boys' club », dont les membres préfèrent coopter ceux qu'ils connaissent : d'autres « boys ». Les contraintes, de types quotas, font en revanche leurs preuves : dans les pays comme le Royaume-Uni, où les femmes doivent compter sur la seule bonne volonté des entreprises, la proportion d'administratrices est moindre (17,3% dans les sociétés du FTSE). Pour autant, la coercition ne peut pas tout : des lois existent dans d'autres domaines - égalité salariale et non-discrimination, entre autres - sans impact majeur.

Les efforts de conscientisation doivent donc se poursuivre dans toute la société : parents et professeurs doivent lutter contre les stéréotypes et inciter les filles à suivre des études dans les domaines scientifiques.

Les spécialistes en ressources humaines doivent « débiaiser » les descriptions de postes excluant de fait les parcours féminins et oeuvrer à la promotion des salariées, tandis que des efforts doivent être faits pour désinhiber les femmes dans leur ambition professionnelle. Sans oublier de sensibiliser les hommes à autre chose que leur carrière... Bref, à tous de comprendre que ce sont les femmes qui pourront sauver l'Europe et la remettre sur la voie de la croissance, partagée par tous... et toutes !

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Commentaires

Shangai Kid  a écrit le 09/03/2014 à 11:46 :

C'est une réalité qui est hélas un drame.
Tous mes collaborateurs sont masculins. Et scientifiques de très haut vol.
On a une boite qui " Rockette "...
Mais , il n'y a aucune femme dans notre domaine. Malheureusement.
Et , en plus , le café est pourrave grave de chez grave.

Michel  a répondu le 09/03/2014 à 15:46:

Les femmes sont historiquement désavantagées concernant leur niveau d'instruction et encore au 21ème siècle elles ne se bousculent pas vers la difficulté des sciences. Le féminisme n'est ni égalitaire ni juste, il revendique à demi-mots la soumission des hommes (mariage lesbien, adoption, GPA, poste de direction, etc). Ce mouvement nous bassine à longueur de temps sur les "droits" des femmes mais jamais sur leurs "devoirs". Ce communautarisme soutenu par la complaisance des médias est nuisible à l'unité nationale et au socle familiale.

taranis  a répondu le 10/03/2014 à 17:16:

Si ils volent encore moins haut que vos propos misogynes de kapo c'est le crash sans effet assuré pour la roquette..:) Les stéréotypes sur les femmes dans les sciences demeurent car elles ont longtemps été exclues des domaines scientifiques car jugées inaptes et incompétentes (cette incapacité ayant d'ailleurs été longtemps expliquée par un certain déterminisme biologique) et, par exemple, en France, il faut attendre 1992 (!!) pour voir une femme nommée professeur à l’École Polytechnique (Claudine Hermann,) Aujourd'hui, les filles choisissent de plus en plus les filières lycéennes scientifiques, elles y réussissent mieux que les garçons, mais à la sortie du baccalauréat elles privilégient largement les filières 'féminines' comme le commerce, la médecine ou la biologie et évitent les filières à dominante 'sciences dures' comme les classes préparatoires aux grandes écoles ou les filières techniques Ensuite, plus on monte sur l’échelle académique, et moins il y a de femmes. Nature publiait l’année dernière quelques statistiques décrivant la situation des femmes dans la recherche académique aux États Unis, et alors qu'environ 50% des diplômes de doctorat en sciences sont attribuées à des femmes, moins de la moitié de ces diplômées postuleront à un poste de recherche académique pour un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins (en moyenne, le salaire d'une scientifique américaine représente 82% de celui de son homologue américain, Pourquoi les femmes vous allez me dire? Après tout le système est le même pour les hommes... les stéréotypes sur les femmes sont profondément ancrés dans nos cerveaux, à tel point qu'ils peuvent même affecter inconsciemment les performances de jeunes filles à un test de math. Ok, je veux bien que cela explique le choix des jeunes filles vers des carrières non scientifiques, mais une fois qu'on s'est tapé le doctorat + un ou plusieurs post docs, il me semble clair que ce n'est plus une question de compétences. En revanche, je pense que les stéréotypes sur les rôles sociaux des femmes et des hommes expliquent beaucoup le découragement des femmes devant le parcours du combattant académique. Nous rencontrons des tas de femmes brillantes qui ont décidé d'abandonner la science pour se consacrer à leur vie de famille car elles ne voyaient pas comment elles arriveraient à mener les deux. Et dans la plupart des cas, la question des enfants revenait. Quand leur conjoint était dans la même situation (jeune chercheur) et qu'il s'agissait clairement d'un choix résultant du 'c'est à la mère de rester à la maison et de s'occuper des enfants'. Ça paraît caricatural mais ça résume malheureusement la situation. Comment ne pas voir là dedans un reflet des stéréotypes? Comment ne pas y voir quelques résonances avec l’argumentaire féroce des anti-‘théorie du genre’ qui semblent persuadés que l’égalité hommes-femmes nous mènera droit à la fin de l’humanité ?

Realityshow  a écrit le 09/03/2014 à 9:54 :

La promotion actuelle des femmes ne vise qu'a mieux exploiter le vivier de main d'oeuvre bon marché qu'elle représentent. C'est fait insidieusement en réfutant leur statut naturel de Mère, et en niant leur identité de femme. Un homme n'a pas la prétention de remplacer une femme. Comment peut-on envisager l'inverse ? La nature a toujours partagé les rôles entre les genres, mais on veut nous faire croire que c'est un fait purement culturel. Tout ce que je vois, c'est que mettre en concurrence les hommes et les femmes ne peut qu'aboutir au dumping social, au détriment des deux partis, mais au profit du système productiviste.

journalisme?  a écrit le 08/03/2014 à 22:06 :

C'est un article ça?

Michel  a répondu le 08/03/2014 à 22:29:

C'est de l'autopromotion...