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http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20090917trib000423177/dambisa-moyo-l-aide-publique-donnee-a-l-afrique-constitue-une-rente.html
La Tribune.fr - 17/09/2009 | 23:40 - 907 mots
Dans votre livre, vous défendez l'idée que l'aide à l'Afrique est en partie responsable des problèmes de développement. Pourtant, le plan Marshall a été très efficace pour relever l'Europe de la Seconde guerre mondiale.....
Le plan Marshall était différent de l'aide accordée depuis près de cinq décennies à l'Afrique. Ce plan de 100 milliards de dollars était très ciblé et portait sur une période de cinq ans. En Afrique, il n'est pas question de sortir de l'aide qui est perçue comme une ressource permanente par les Etats récipiendaires. Cela permet à de nombreux gouvernements africains d'abdiquer leurs responsabilités puisqu'ils savent que d'autres financeront l'éducation, la santé ou les infrastructures nécessaires au décollage économique de leur pays.
Pourquoi l'aide ne marche pas ?
Au cours des cinquante dernières années, les pays riches ont déversé 1.000 milliards de dollars d'aide à l'Afrique. Pour quel résultat ? La croissance est moins forte et la pauvreté n'a cessé de grimper. Aujourd'hui, plus des deux tiers des Africains vivent avec moins d'un dollar par jour. L'aide des grands bailleurs de fonds, qu'il s'agisse de la Banque mondiale, des agences de développement ou encore de l'aide bilatérale, nourrit la corruption, alimente l'inflation, mine les services publics. Aux Etats-Unis, un slogan affirme qu'il ne peut pas y avoir d'impôts sans représentation. En Afrique, c'est l'inverse. Les populations ne sont pas représentées car elles ne payent pas d'impôt. Nicolas Sarkozy se soucie de savoir ce que les Français veulent car il sait que l'action de gouvernement dépend de sa capacité à lever l'impôt. Les pays africains dépendant de l'aide n'ont pas à s'inquiéter de ce que souhaite véritablement la population puisque leurs ressources dépendent d'impôts levés à l'étranger.
Selon vous, la démocratie n'est pas indispensable au décollage économique, un dictateur éclairé serait parfois préférable...
Les parcours de la Chine, de Singapour ou encore du Chili illustrent le fait que la démocratie n'est pas un préalable au développement économique. Pas question pour moi de faire l'apologie de la dictature ou des régimes autoritaires. Mais la démocratie est un régime politique qui ne peut que se développer qu'avec l'émergence d'une classe moyenne en position de demander des comptes au pouvoir. Les pays occidentaux ont d'ailleurs pris acte de l'échec de la démocratie dans de nombreux pays africains. Au Kenya ou au Zimbabwe, la communauté internationale s'est efforcée de rapprocher la majorité et l'opposition pour qu'ils exercent le pouvoir ensemble. Il n'y a plus aujourd'hui d'opposition au Zimbabwe.
Que faire ?
L'aide des pays riches n'a jamais permis de sortir un pays de la pauvreté. Elle est un obstacle au développement car elle constitue une rente au même titre que le pétrole ou d'autres matières premières. C'est une incitation à ne rien faire pour améliorer l'environnement économique. Regardez le rapport annuel de la Banque Mondiale, "Doing Busines". Année après année, il montre que c'est en Afrique que l'environnement des affaires est le plus compliqué. Aussi longtemps que ces pays recevront de l'aide, ils n'ont aucune incitation à mettre en œuvre les réformes nécessaires.
Ne peut-on pas expliquer les difficultés du continent par la période coloniale ?
Combien de temps faudra-t-il attendre pour ne plus recourir à cette explication ? Cent ans ? Cela n'a rien à voir. La Chine, l'Inde, l'Indonésie ont été colonisés. Cela ne les empêchent pas de se développer rapidement aujourd'hui.
Si l'aide est un échec, pourquoi les pays riches continuent de déverser autant d'argent en Afrique ?
Il faut souligner le poids des valeurs religieuses imprégnant le champ politique. Il y a comme un impératif moral pour les pays riches à aider les pays pauvres. Or, c'est une erreur de penser que le seul moyen d'aider l'Afrique est de l'assister financièrement. Les économies africaines tireraient un bien meilleur avantage d'une ouverture du marché européen à ses produits, notamment agricoles. Mais pour cela, il faudrait revoir la politique agricole commune (Pac) ce qui aurait pour conséquence de mettre les agriculteurs dans la rue et un grand nombre d'entre eux au chômage.
Que proposez-vous ?
Nous disposons de trois siècles d'expérience en matière de développement économique. Nous savons désormais ce qui marche et ce qui ne marche pas. La question qui se pose aujourd'hui est comment pousser les gouvernements africains à mettre en place les bonnes politiques. Il faut donc les préparer à la fin de l'aide. Les pays riches pourraient leur proposer un doublement de l'aide pendant dix ans avant d'y mettre un terme. Cela serait plus efficace que la perspective d'une aide permanente.
La Chine est de plus en plus présente en Afrique. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
Elle n'est pas en Afrique par charité mais pour y faire des affaires. Les Chinois ne donnent pas leur argent sans retour. Ils y sont pour les ressources naturelles qu'il s'agisse du pétrole, du cuivre ou des terres arables. Mais les investissements chinois se diversifient très rapidement vers d'autres secteurs comme la banque. Les Africains ont besoin de travail. Est-ce que l'aide des pays riches a permis de créer les emplois dont les jeunes en particulier ont besoin ? La réponse est clairement non ! Les entreprises chinoises viennent parfois avec leurs propres salariés, mais elles ont contribué à créer de nombreux emplois. Une enquête réalisée par l'Institut Pew dans dix pays africains révèle que la Chine dispose d'une très bonne image en Afrique. Au Sénégal et au Kenya, par exemple, neuf personnes sur dix estiment qu'elle a une influence positive sur leur économie.
"L'aide fatale", éditions JC Lattès, 280 pages, 20 euros.
Propos recueillis par Xavier Harel et Robert Jules
OMENA a écrit le 20/09/2009 à 14:25 :
Encore un livre pour démobiliser les Africains sous le prétexte de les expertiser. A lire cette interview de l?auteur, on se dit que les recettes que propose son livre seront vaines sans une idéologie propre à chaque Etat africain soucieux de mobiliser aujourd?hui les corps et les esprits de ses citoyens vers des objectifs communs traduisibles en ambitions personnelles. A la question de savoir si on peut « expliquer les difficultés du continent par la période coloniale », l?auteur répond que « La Chine, l'Inde, l'Indonésie ont été colonisés. Cela ne les empêchent pas de se développer rapidement aujourd'hui ». Mais quelle fut, au sein des Etats ainsi cités en en exemple, la capacité à administrer les populations sans interférence et/ou ingérence de l?ancienne puissance coloniale et de ses alliés politiques et militaires ? A vouloir négliger la persistance desdites interférence et négligence, l?auteur signale comme un miracle le fait que « Il n'y a plus aujourd'hui d'opposition au Zimbabwe » alors qu?on sait le combat d?une partie de la classe politique à Harare contre les prétentions et exigences de Londres et de Washington depuis bientôt dix ans notamment sur la question de la propriété de la terre au Zimbabwe, sur la question de la planification et de la commercialisation des récoltes par des opérateurs autres que les anciens colons ou leurs héritiers. La persistance en Afrique des séquelles de la colonisation est pourtant évidente quand on considère la dimension idéologique ? voire spirituelle ? des visions que les Africains se sont d?eux-mêmes, de leurs situation présente et de leur projection commune vers le futur. Comme disait un ingénieur chinois opérant en République Démocratique du Congo : ce qui manque à ce pays aux potentialités énormes, c?est une idéologie, une visIon commune par les Zaïro-Congolais de leur passé pour mobiliser aujourd?hui leurs corps et leurs esprits autour de décisions politiques dont la légitimité doit être le fait des Africains eux-mêmes et non le fait de l?une ou l?autre organisation internationale distribuant de bons ou mauvais points a matière de gouvernance.
bingo a écrit le 20/09/2009 à 10:40 :
Pour avoir travaillé longtemps en Afrique, je sais parfaitement de quoi parle Madame Moyo. La dépendance à l'aide extérieure des régimes africains est telle que même les populations ont pris des habitudes d'éternels assistés. Dans les ministères, les administrations, les collectivités, les hôpitaux etc. les responsables n'ont qu'un mot à la bouche pour décrire les carences : " les partenaires ne nous ont pas encore fourni ce qu'ils avaient promis" Imaginez par exemple que pour écrire un projet d'assistance quelconque qui comporte des intrants comme de grosses machines ou du matériel technologique, financés par le donateur, ce dernier se voit obligé également d'acheter toute la fourniture bureautique (stylos, papier, agrafeuses etc,) soit l'équivalent de quelques millier d'euros dans un projet qui en compte parfois plusieurs dizaines de millions. La multiplicité des partenaires dans tous les domaines du développement est très perverse. Les gouvernants comptent sur cette aide pour ne pas à investir dans le développement, de plus les maigres ressources dont ils disposent sont soit affectés à des dépenses de prestige soit carrément détournées. Quand les Présidences et les ministères africains s'achètent des Mercedes blindées à 300 000 euros pièce alors que les enseignants ou les médecins ne sont pas payés ou que les classes d'écoles ou dispensaires de santé ne voient le jour que grâce à l'aide extérieure on ne peut que rester perplexe sur le bien fondé de cette aide, du moins dans sa forme actuelle
FRANCOIS a écrit le 18/09/2009 à 12:39 :
Voilà enfin un discours intelligent sur l'Afrique !!! Dommage que cette interview ne soit pas lue par nos dirigeants bourrés de culpabilité entretenue par leur judéochristianisme et d'idées reçues... "Aide-toi, et le ciel t'aidera" !! Proverbe chinois : "donne un poisson à un homme, tu le nourriras une journée. Apprends-lui à pêcher, tu le nourriras pour la vie !"
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