La Tribune

L'homme qui se prend pour Dieu

Docteur Laurent Alexandre, Fondateur du site Doctissimo.fr, qu'il a vendu depuis, président de DNAVision et chroniqueur scientifique pour « La Tribune ». (laurent.alexandre@dnavison.be)  |   -  1384  mots
Remplacer Dieu pour créer la vie. Le vieux rêve de Frankenstein devient réalité. Derrière les exagérations médiatiques sur la performance réalisée en mai dernier par le biologiste Craig Venter - « C'est la première fois qu'un être vivant n'a pas d'ancêtre, qu'il a pour père un ordinateur », a reconnu Joël de Rosnay. Faut-il y croire ?

20 mai 2010 : Craig Venter annonce, dans le journal américain « Science », la création de la première cellule artificielle. Il s'agit d'une étape essentielle dans la programmation de la vie, selon des principes proches de la conception d'un logiciel informatique, une étape qui restera dans les livres d'histoire. Ainsi, la perspective de créer la vie à partir de matière chimique inerte se rapproche à vive allure, même si la vie intégralement artificielle attendra encore un peu.

Techniquement, Craig Venter a réussi à créer artificiellement un assez long chromosome d'environ un million de bases chimiques. Ce chromosome artificiel, constitué des quatre lettres de l'alphabet génétique que nous avons en commun avec l'ensemble des espèces vivantes, sur Terre (ATCG, pour adénine, thymine, cytosine et guanine), a été entièrement produit en éprouvette en suivant une modélisation informatique.

Fini le produit erratique de la sélection darwinienne

Puis ce chromosome artificiel a été intégré dans une bactérie dont on avait auparavant supprimé l'ADN d'origine. L'équipe a enfin réussi à « rebooter », c'est-à-dire à faire redémarrer cet organisme d'un genre nouveau qui est désormais capable de se reproduire. Pour la première fois, une forme vivante fonctionne donc avec un programme génétique conçu sur ordinateur puis construit chimiquement en éprouvette, et n'est plus le produit erratique de la sélection darwinienne. Cela accrédite l'idée que le programme génétique est fondamentalement un subtil logiciel, et la vie une nanomachine, particulièrement complexe certes, mais malléable par la science.

Il existe donc aujourd'hui deux lignées d'espèces vivantes sur Terre : toutes celles qui descendent de LUCA (« Last Universal Common Ancestor »), la dernière cellule commune avant la séparation des différentes formes naturelles de vie, et JCVI-syn1.0, la création de Venter.

Globules rouges renforcés

Dans les deux ou trois prochaines décennies, les révolutions biotechnologiques vont se succéder à vive allure. Des cellules totalement artificielles seront vraisemblablement produites avant 2025. La reprogrammation génétique se banalisera afin de traiter les pathologies les plus graves et les plus sensibles aux yeux de l'opinion : le cancer, les maladies neurodégénératives, les myopathies... Une compétition industrielle mondiale féroce conduira à des technologies destinées à créer des « super cellules », plus performantes, plus puissantes, ayant une durée de vie plus longue. Il va être possible de tester des milliards de génomes artificiels conçus sur ordinateur en associant, tels des morceaux de Lego, des briques génétiques. Craig Venter possède aujourd'hui la plus belle collection de ces bio-bricks qui vont permettre d'écrire les chromosomes à partir de modules préfabriqués.

Le passage de ces technologies à la médecine quotidienne est juste une question de temps. Il s'agit de décennies et non de siècles. Des globules rouges renforcés, des neurones moins fragiles seront produits. Des gènes provenant d'espèces animales ou de végétaux seront introduits dans notre ADN. Une ingénierie de la régénération tissulaire utilisant des cellules souches modifiées et renforcées verront bientôt le jour. À cette occasion, réapparaîtra un débat sur les limites de la science et la dignité humaine : a-t-on le droit de modifier l'espèce humaine, pour augmenter ses capacités et faire reculer la vieillesse et la mort ?

Le futur aura-t-il besoin de nous ?

La fusion de la vie et de la technologie va se réaliser en trois étapes. D'abord, la technologie pénètre la vie grâce aux prothèses médicales et la bio-ingénierie. Puis, la technologie crée la vie artificielle. Les annonces fracassantes de Craig Venter marquent le début de la course. Enfin, la technologie dépasse voire remplace la vie biologique traditionnelle.

La montée en puissance de Google, embryon d'intelligence artificielle, prouve que cette étape n'est plus si loin. C'est cette perspective qui a fait dire à Bill Joy, le cofondateur de Sun : « Le futur aura-t-il encore besoin de nous ? », et c'est cette histoire que Craig Venter contribue à écrire. Il est à l'avant-garde d'un programme de transformation radicale de l'humanité, et va peut-être devenir le savant le plus important de l'histoire.

Deux révolutions scientifiques

Craig Venter est, avec Thomas Edison, l'un des très rares hommes à avoir conduit deux révolutions scientifiques. Entre 1990 et 2003, il a incontestablement été le chef de file des savants qui ont mené à bien le premier séquençage intégral de l'ADN humain. Ce qui en 1985 était considéré comme impossible par la quasi-totalité des biologistes - séquencer la totalité de nos chromosomes - a été réalisé en treize ans grâce à la technique dite du « shotgun » pensée et mise en oeuvre par Venter. C'est lui qui a compris que la génétique était d'abord de l'informatique, et que la loi de Moore (qui prédit un doublement des capacités d'un microprocesseur tous les dix-huit mois) allait rendre enfantin demain ce qui semblait impensable hier. Depuis 2005, Venter a osé lever le tabou suprême : après avoir lu l'ADN humain, il souhaite maintenant écrire les génomes. Venter avance comme d'habitude plus vite que prévu. La vie artificielle se rapproche à grands pas, et que ce soit 2020 ou 2025 ne change pas grand-chose. Des bouleversements fondamentaux sont en vue.

Obama demande une enquête

La démonstration que la vie peut être produite en éprouvette conduira à des débats passionnés sur les limites du pouvoir de l'homme. Les travaux de Venter ont déjà suscité interrogations et inquiétudes. Le président Obama, lui-même, a diligenté une enquête sur ces technologies qui pourraient être détournées par des terroristes. Les religions vont également devoir se positionner face à une situation qu'elles n'avaient pas prévue ; des groupes religieux se sont d'ailleurs émus qu'un chercheur se croit autorisé à « imiter Dieu ».

Ensuite, les travaux de Venter vont accélérer les thérapies géniques. Une meilleure compréhension des mécanismes génétiques permettra de résoudre les derniers freins à la généralisation des changements de notre génome.

Manipulables sans limites

Enfin, les tentations démiurgiques et prométhéennes des ingénieurs du vivant vont s'accroître. La vie, l'homme vont être perçus comme étant manipulables sans limites. Quelques voix timides ont demandé un moratoire sur les travaux de Venter, puis elles se sont tues. Il faut dire que le précédent moratoire sur les travaux génétiques, décidé à la conférence d'Asilomar en Californie, n'a tenu que quelques semaines ! Qui est aujourd'hui en mesure de poser des limites ? Le bricolage du génome ne fait que commencer. D'ailleurs, Craig Venter a annoncé le 11 octobre 2010, avoir réussi à fabriquer un génome mitochondrial de souris entièrement artificiel.

Microsoft de l'ingénierie de la vie

Une myriade de start-up génomiques va naître dans les prochaines années, recréant la dynamique qui a accompagné le début de l'économie du Web. Cette biologie synthétique va devenir un des piliers de l'économie mondiale. Des sociétés comme Blue Heron ou DNA 2.0 ne sont que l'avant-garde de ces futurs « Microsoft de l'ingénierie de la vie ». Nous verrons bientôt les meilleurs spécialistes du Web arriver dans les start-up de biologie synthétique, tant la génomique et l'Internet ont de points communs. Une excitation comparable à celle qui a accompagné la naissance du Web va s'emparer des biotechnologies synthétiques.

Malheureusement, la France a peu investi dans cet univers et n'y possède pas d'acteur industriel significatif, à part la société Cellectis, spécialiste de l'ingénierie du génome. C'est pourtant là que Schumpeter 2.0 va naître.

Qui est Craig Venter ?

Biologiste et homme d'affaires américain, financé par des fonds privés, Craig Venter, né en 1946, est devenu la star des biotechs depuis qu'il a publié en 2000, parallèlement à une équipe d'un consortium public international, le premier séquençage du génome humain. En fait, il s'agissait de son propre génome ! Il a fondé un institut qui porte son nom, The Craig Venter Institute, spécialisé dans la « génomique synthétique » (www.jcvi.org).

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Commentaires

Prudence et vigilance  a écrit le 23/03/2013 à 8:11 :

Un grrand phylosophe a dit que le monde deviendrait fou. On en prend le chemin comme cet homme qui se prends pour Dieu. M. Graig Venter, méfiez-vous, vous êtes l'instrument de celui qui est contre Dieu et les enfants de Dieu. Il se sert de vous et vous m'anipule, flâte votre égau pour arriver â ses fins. Prenez garde à vous qu'il ne vous entraîne dans son trou qu'est l'enfer. La fille adoptive de la Vierge Marie dans l'Esprit Saint par Jésus le Christ notre Seigneur.

!!!  a écrit le 23/03/2013 à 7:51 :

Qui joue avec le feu, finira pas se brûler ou perdre son âme.