La Chine contrôle plus de 7% de la dette publique totale de la zone euro

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D'après notre estimation, Pékin détiendrait presque autant d'emprunts d'Etat européens que d'obligations d'Etat américaines.

A force de voir la Chine jouer le rôle de prêteur en dernier ressort des pays de la zone euro pris à la gorge, une interrogation majeure pour l'avenir politique de l'Europe émerge: quelle est notre dépendance financière à l'égard de la Chine ? "A chaque fois que la Chine arrive en sauveur, c'est en échange de lourdes contreparties dont aucun responsable politique ne perçoit véritablement la portée", alerte l'économiste Antoine Brunet. Qui précise : "elle exige des pays auxquels elle prête qu'ils ne s'associent pas aux exigences de réévaluation du yuan des Etats-Unis, qu'ils se déclarent hostiles à tout protectionnisme douanier, qu'ils la laissent acheter des actifs stratégiques en Europe, ainsi que des infrastructures, comme le port du Pirée ou l'aéroport de Châteauroux." C'est pourquoi les citoyens européens feraient bien de se demander quelle est la part de leur train de vie qui est financée par la Chine.

Mais si le Trésor américain a publié une estimation de ses dettes publiques détenues par la Chine, à savoir un stock de 907 milliards de dollars à fin octobre, en Europe, on ne connaît pas la nationalité de nos prêteurs. Tout au plus sait-on, par les chiffres de la BCE, que 25% du stock de dettes publiques de la zone euro sont détenus par des non-résidents. En avril 2010, le Financial Times affirmait toutefois, sans révéler ses sources, que la Chine en possédait pour 630 milliards d'euros. Sans pouvoir être vérifiée, cette information paraît cohérente avec notre propre estimation.

Poids déterminant

On sait en effet que la banque centrale de Chine (BCC) détenait 2.648 milliards de dollars de réserves de change à fin septembre, auxquelles il faut ajouter 850 milliards logés dans ses huit plus gros fonds souverains. Total : 3.500 milliards de dollars de réserves, soit près de 40% des réserves de change mondiales (9.025 milliards). Or la BCC a calé sa politique de réserves de change sur celle des banques centrales du reste du monde : "d'après des fuites de la State Administration Foreign Exchange, on sait qu'elle détient 65% de ses réserves en dollars, et 26% en euros", révèle Bei Xu, spécialiste de la Chine chez Natixis. En supposant que 90% de ces réserves en euros sont constituées de dettes publiques, on arrive à 820 milliards de dollars, soit un peu moins que les 907 milliards de dettes américaines qu'elle détient. En euros, la Chine détiendrait donc bel et bien 630 milliards de dettes publiques de la zone.

Cela signifie qu'elle posséderait 7,3% des 8.861 milliards d'euros de dettes publiques totales de la zone euro à la fin juin, tous instruments confondus, selon les chiffres publiés par la BCE. C'est certes moins que les 9,8% de dettes américaines qu'elle détient. Mais cela représente plus de 28% de la dette publique de la zone vendues à des non-résidents, contre 21% aux Etats-Unis. C'est dire si, forte de ses fantastiques excédents commerciaux, la Chine, en tant que prêteur étranger, y a un poids déterminant. Et de cela le citoyen européen devrait prendre conscience.

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Commentaires
a écrit le 20/01/2011 à 18:21 :
Il me semble vous avoir expliqué ce que j'ai appris, il y a quelques jours grâce à un média anglophone. L' Europe de l'Ouest serait la plus grande réserve d'or du monde (plus de 11000 tonnes). Donc les chinois pourront toujours se faire remboursé. Les USA n'ayant pas cette réserve, la Chine achète les bons du trésor... Informez-vous !
Jean-Claude Meslin

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