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Conflit ivoirien

Côte d'Ivoire : Gbagbo joue la montre, les combats reprennent

Source : La Tribune.fr - 06/04/2011 | 11:35 - 1106 mots  | 
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Laurent Gbagbo, président sortant de la Côte d'Ivoire - Copyright Reuters
Laurent Gbagbo, président sortant de la Côte d'Ivoire - Copyright Reuters Laurent Gbagbo, président sortant de la Côte d'Ivoire - Copyright Reuters
Persuadé de l'échec des négociations de départ de Laurent Gbagbo, le clan pro-Ouattara a décidé de lancer un dernier assaut à Abidjan contre le président sortant. Ce dernier négocie depuis mardi son départ mais refuse toujours de capituler et de reconnaître la victoire électorale de son rival, Alassane Ouattara.

Laurent Gbagbo s'entête. Depuis son appel au cessez-le-feu lancé mardi, le président sortant ivoirien négocie les conditions de son départ. Mais de reddition, il n'est toujours pas question. Encore moins de reconnaître, comme le réclament Paris et l'ONU, la victoire de son rival Alassane Ouattara sorti vainqueur des urnes et soutenu par la communauté internationale. "Je ne reconnais pas la victoire de Ouattara. Pourquoi voulez-vous que je signe cela?", a déclaré Gbagbo mardi soir dans un entretien téléphonique avec un journaliste de la chaîne française LCI

 

 

Mais ce mercredi dans la matiné, une source française rapporte qu'Alassane Ouattara "en est arrivé hier soir à la conclusion que Gbagbo ne voulait pas négocier, qu'il n'était pas sincère dans sa volonté de négocier son départ". Résultat, ses troupes ont de nouveau ouvert le feu. "C'est en train de se régler sur le plan militaire, il y a des combats en cours autour de la residence de Gbagbo", a ajouté la même source. Cet assaut auquel les forces françaises ne participent pas, a pour but de capturer Gbagbo. "Ils ne l'ont pas encore pris, mais ils sont en train d'essayer de le capturer, ils sont dans le bâtiment", a déclaré à Reuters Affousy Bamba, un porte-parole du clan Ouattara.

Lors du compte rendu du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a déclaré que la France avait "pris acte d'une initiative lancée par le camp Ouattara".
"Il ne peut pas y avoir de menace physique sur la personne de Gbagbo", a-t-il toutefois prévenu.

Plus tôt, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé expliquait: "Nous avons demandé à l'ONU de lui garantir son intégrité physique, ainsi qu'à sa famille (...) et d'organiser les conditions de son départ. C'est la seule chose qui reste à négocier désormais". "Nous allons poursuivre avec l'ONU qui est à la manoeuvre les pressions pour qu'il accepte de reconnaître la réalité". "C'est l'Onu qui négocie et qui lui demande de respecter les résolutions du Conseil de sécurité, c'est-à-dire d'admettre sa défaite", a-t-il rappelé. "J'espère que la persuasion va finir par l'emporter et qu'on évitera de reprendre des opérations militaires", a ajouté le ministre, en dénonçant un "entêtement absurde". "Gbagbo n'a désormais plus aucune perspective, tout le monde l'a lâché", a-t-il ajouté.

Pour l'heure, Gbagbo est "enfermé dans la résidence de la présidence de la république ivoirienne et il ne reste en la possession de ses partisans que le site de la présidence", a expliqué sur Europe 1 l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état major des armées françaises. Il estimait encore ce matin que les négociations pourraient aboutir dans la journée.

S'il est possible que le cas des quatre personnes, dont deux Français, enlevées fassent partie des conditions de négociation, Alain Juppé a indiqué n'avoir "aucune revendication" en l'espèce et aucune piste.

Rappel des événements de mardi

Quelques heures après l'intervention à Abidjan en Côte d'Ivoire des hélicoptères de la force française Licorne aux côtés de la force de l'Onu dans le pays (Onuci), le chef d'état major de l'armée fidèle au président sortant Laurent Gbagbo a annoncé appeler à un cessez-le-feu. "Suite au bombardement par les forces françaises de certaines de nos positions et de certains points stratégiques de la ville d'Abidjan, nous avons nous-mêmes arrêté les combats et nous avons demandé au général commandant l'Onuci un cessez-le-feu", a indiqué le général Mangou. "Nous demandons à l'Onuci de faire en sorte qu'il n'y ait pas de pillages et de chasse aux sorcières".

Dans la matinée, Ally Coulibaly, ambassadeur ivoirien en France et proche d'Alassane Ouattara, indiquait que Laurent Gbagbo "est en vie actuellement" et "serait en négociations pour se rendre". "On est au courant", déclare alors Alain Juppé. "S'il y a des possibilités de le voir quitter le pouvoir, nous sommes prêts", a ajouté le ministre français des Affaires étrangères lors d'un point de presse. "Deux généraux proches de l'ancien président Gbagbo sont en train de négocier les conditions d'une reddition", a affirmé François Fillon à l'Assemblée nationale lors de la séance des questions d'actualité. Pour Paris, il est impératif que le président sorti s'engage par écrit à renoncer au pouvoir.

"Tout peut se dénouer dans les quelques heures qui viennent", avance de son côté Gérard Longuet, ministre français de la Défense. "La France peut être aujourd'hui fière d'avoir participé à la défense et à l'expression de la démocratie en Côte d'Ivoire", a conclu le Premier ministre.

Pour justifier l'intervention de l'armée française, l'Elysée indiquait dans un communiqué avoir répondu à une requête du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, qui a sollicité l'aide de la France dans une lettre à Nicolas Sarkozy. "Le président de la république a répondu positivement à cette demande et autorisé les forces françaises, agissant conformément au mandat que leur a donné le Conseil de sécurité, à participer aux opérations conduites par l'Onuci en vue de la protection des civils", lit-on dans le communiqué. L'Elysée publie le texte des lettres échangées entre Ban Ki-moon et Nicolas Sarkozy, le secrétaire général de l'Onu déclarant qu'il était "urgent" de lancer des opérations pour mettre hors d'état de nuire des armes lourdes utilisées contre la population civile et l'Onuci qui lui vient en aide.

Ce sont ainsi 150 soldats supplémentaires qui ont été envoyés en Côte d'Ivoire pour protéger les civils, portant à quelque 1.650 hommes l'effectif de son dispositifs Licorne sur place. A Abidjan, des témoins ont rapporté que deux hélicoptères de l'Onu avaient tiré lundi des missiles sur le camp militaire d'Akouédo, qui abrite trois bataillons de l'armée ivoirienne fidèle à Laurent Gbagbo.

Inquiétudes des associations humanitaires

Les organisations humanitaires soulignent la violence des affrontements. L'ONU aux droits de l'homme dénonçait même une une situation humanitaire "absolument dramatique".Les affrontements à l'arme lourde dans Abidjan auraient fait "ses dizaines de morts ces derniers jours", selon Rupert Colville, porte parole du Haut commisariat aux droits de l'homme.

Et la porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU, Elisabeth Byrs, d' expliquer que "la plupart des hôpitaux ne marchent pas, ils manquent d'oxygène... quant aux ambulances, elles ne fonctionnent pas non plus et quand elles roulent, on leur tire dessus".

Un charnier contenant 200 corps a également été découvert à Duékoué, dans l'ouest du pays.

latribune.fr - 06/04/2011, 11:35  | 
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