La Tribune

Le vert Joschka Fischer sera-t-il le prochain chancelier allemand ?

L'ancien ministre des Affaires Etrangères et ex-chancelier allemand Joschka Fischer et sa compagne, Minu Barati Copyright Reuters
L'ancien ministre des Affaires Etrangères et ex-chancelier allemand Joschka Fischer et sa compagne, Minu Barati Copyright Reuters
Romaric Godin, à Francfort  |   -  575  mots
Dans les sondages, les écologistes surpassent de loin les sociaux-démocrates. Si les élections avaient lieu ce dimanche, ils pourraient même s'approcher du score du parti d'Angela Merkel. Mais les Verts manquent de leaders charismatiques pour briguer la chancellerie. Ils pourraient donc être tentés de faire appel à l'ancien vice-chancelier qui, pour le moment se refuse à toute déclaration sur le sujet.

On le croyait retraité de la politique, confortablement installé dans l'attitude désormais traditionnel du "sage", donnant des interviews et des conférences aux quatre coins du monde. Mais Joschka Fischer, 63 ans, ex-vice chancelier et ministre des Affaires étrangères de l'ère Schröder (1999-2005) pourrait bien reprendre du service. En tout cas, si l'intéressé ne pipe mot sur le sujet, l'idée fait son chemin dans le landerneau politique allemand. La raison de ce retour en grâce, ce sont d'abord les sondages. Les Verts y creusent un écart de plus en plus large avec leurs alliés sociaux-démocrates.

Plus d'un électeur sur quatre prêt à voter vert aux prochaines élections

La dernière enquête de l'institue Forsa publiée lundi crédite les Ecologistes de 28 % des intentions de vote en vue des élections fédérales de 2013, soit 5 points de plus que le SPD. La coalition de gauche serait donc à nouveau majoritaire, mais dans un rapport de force inédit : l'ancien petit parti deviendrait le premier pôle d'une future coalition. Et même si les Verts comptent encore 3 points de retard sur la CDU d'Angela Merkel, dans une telle configuration, ils pourraient prétendre au poste de chancelier.

L'ennui, c'est que les Ecologistes allemands manquent de figure charismatique capable de s'imposer comme candidat au poste de chef de gouvernement et d'être respecté tant à l'intérieur du parti que par le SPD et l'opposition. Pas plus ses deux chefs officiels - Cem Özdemir et Claudia Roth - que le leader du groupe parlementaire Jürgen Trittin ou que la candidate à la mairie de Berlin Renate Künast, ne peuvent prétendre à un tel statut. D'où l'appel au plus populaire et charismatique des Verts, Joschka Fischer.

Le favori des sondages c'est lui

Selon un autre sondage, l'ancien leader vert serait d'ailleurs le mieux placé. 31 % des Allemands seraient prêts à voter pour lui dans le cadre d'une élection directe (possibilité qui n'existe pas outre-Rhin), contre seulement 28 % pour Jürgen Trittin et 27 % pour Renate Künast. Reste que l'hypothèse semble bien hasardeuse pour le moment. Claudia Roth estime qu'il n'est pas un "candidat imaginable" pour 2013 dans la mesure où il s'est retiré de la vie politique et a toujours fait savoir qu'il n'entendait pas y revenir. On peut d'ailleurs imaginer que d'autres personnalités écologistes émergent au cours des deux prochaines années : Winfried Kretschmann, le premier ministre président vert dans le Bade Wurtemberg qui entrera bientôt en fonction ou encore Renate Künast, bien placée pour remporter les élections locales à Berlin.

Son silence têtu relève-t-il de la prudence ?

Enfin, les sondages montrent également que, même avec Joschka Fischer, les candidats verts à la chancellerie peinent à mobiliser au-delà de leur propre électorat. Ce n'est pas encore le cas des Sociaux-démocrates. Frank-Walter Steinmeier, le candidat malheureux du SPD en 2009 et lui aussi ancien ministre des Affaires étrangères, serait ainsi celui qui réaliserait le meilleur score contre Angela Merkel (33 % contre 39 % à l'actuelle chancelière qui enregistrerait de 48 % à 52 % face aux candidats verts). Autrement dit, même en deuxième position, le SPD est encore le parti le plus capable de rassembler à gauche. Enfin, l'envolée des Verts dépassera-t-il l'effet Fukushima alors que certains sondages prétendent, eux, que les Ecologistes sont encore derrière le SPD ? Autant d'incertitudes qui plaident pour une prudence que Joschka Fischer met actuellement en pratique par un silence têtu.


 

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