De Tchernobyl à Fukushima

EDF doit revoir ses objectifs de conquête internationale

Marie-Caroline Lopez | 25/04/2011, 18:37 - 536 mots

Peu menacé sur son terrain domestique, le premier exploitant mondial doit mettre un bémol à ses rêves.

Ce n'est pas la banderole « Le nucléaire sûr n'existe pas », déployée jeudi midi par des militants de Greenpeace, sur le siège parisien d'EDF qui suffira à ébranler Henri Proglio. La catastrophe de Fukushima n'y est pas parvenue. Pour la première fois depuis le séisme japonais du 11 mars, le PDG d'EDF a tenu jeudi une conférence de presse. Il a de nouveau exclu d'arrêter une des centrales nucléaires françaises, au moment où plusieurs collectivités locales demandent la fermeture de celle de Fessenheim, la plus vieille encore en exploitation en France. « Si nous avions le moindre doute sur la sûreté de telle ou telle de nos installations, on n'attendrait pas que l'autorité de sûreté nous demande de l'arrêter pour le faire. Il n'est pas question de prendre le moindre risque en termes de sûreté », a-t-il assuré.

S'appuyant sur le fervent soutien à la politique nucléaire française, martelé ces dernières semaines par Nicolas Sarkozy, EDF n'entend pas non plus arrêter le chantier du réacteur EPR à Flamanville, afin d'attendre les conclusions de l'audit des centrales nucléaires demandé par le gouvernement. « C'est une question d'efficacité industrielle, pas de principe », a expliqué Hervé Machenaud, directeur en charge de la production et de l'ingénierie. « Aujourd'hui, arrêter Flamanville pendant six mois coûterait infiniment plus cher que d'avoir éventuellement à reprendre telle ou telle tuyauterie ou tel ou tel élément de génie civil », a-t-il estimé. Concernant le projet d'un deuxième EPR en France, à Penly, « s'il y a un projet qui ne présente aucun risque, c'est bien celui-là parce que c'est celui dans lequel on a le plus de temps pour prendre en compte toutes les conséquences possibles et toutes les mesures qui seront décidées », a ajouté Hervé Machenaud.

Pour l'heure, quand le premier exploitant nucléaire mondial explique qu'il vient de tirer les « premiers enseignements post-Fukushima », il se contente d'annoncer un renforcement de ses moyens de mobilisation en cas d'accident sur l'ensemble des réacteurs d'un site. Et sa participation à l'audit exigé par le gouvernement et Bruxelles.

Les échéances s'éloignent

En revanche, la stratégie de déploiement à l'international d'EDF, chère au coeur d'Henri Proglio, va devoir être revue à la baisse. Inspiré peut-être par la forte expansion internationale réalisée sous sa houlette par Veolia, le PDG d'EDF a tenu, dès sa nomination fin 2009, à redonner à l'électricien public son rôle de « capitaine de la filière nucléaire française à l'export ». C'est même devenu une véritable obsession qui l'a mené à croiser le fer avec Anne Lauvergeon, la patronne du constructeur Areva, qui avait tendance à penser la même chose... pour son groupe.

Le coup de frein des projets nucléaires dans le monde suscité par Fukushima va mettre un bémol à ces rêves. Les échéances s'éloignent à la fois en Italie, où EDF s'est associé à Enel pour construire plusieurs EPR, aux États-Unis où le groupe français a acheté un électricien nucléaire qui voulait étendre son parc, en Grande-Bretagne, où EDF est devenu le seul exploitant nucléaire en s'emparant de British Energy. Quant aux ambitions d'Henri Proglio de vendre partout sur la planète l'expertise précieuse d'EDF en tant qu'architecte-ensemblier et son retour d'expérience, unique au monde, d'exploitant du premier parc mondial, elles devront attendre. 

Commentaires

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Barnabé a écrit le 27/04/2011 à 04:58 :

Conformément à la demande d'EDF défendue par Nicolas Sarkozy à Bruxelles, l'audit de la sécurité nucléaire française sera un audit interne et non un audit par des experts européens comme c'était souhaité initialement par Bruxelles et certainement souhaitable pour la sécurité des Français. Des audits internes, c'est ce qu'on a depuis le début, et leur conclusion est qu'il n'y a pas de danger alors même que des failles de sécurité sont connues, avec des centrales bâties pour résister à des séismes inférieurs au maximum que la France a connu au cours des derniers siècles, des centrales aussi vieilles que l'était Fukushima 1. C'est une fuite en avant d'EDF qui se rend compte que le démantèlement des centrales coute beaucoup plus cher que prévu sur les rares ouvrages en démantèlement et souhaite donc repousser l'échéance sans intégrer ces couts futurs dans ses plans. Lorsque les premiers démantèlement de centrales auront vraiment lieu, la question du recyclage des déchets ultimes se posera. Pour l'instant EDF engrange les profits et espère certainement que ce jour-là une agence d'État sera mise sur pied pour prendre en charge cette énorme dette. Comme la France est très endettée suite à la crise, ce n'est pas le bon timing, donc il faut repousser l'échéance.

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proglio et consors non merci a écrit le 26/04/2011 à 14:11 :

Dès que la 'gauche' arrivera au pouvoir, il faudra demander des comptes concernant la politique qu'EDF a pu mener depuis 2007 grâce à la grande latitude que lui ont laissé la Présidence de la République et le gouvernement. On verra que cette politique se sera avérée ruineuse, la croissance externe mal pensée a occasionné en effet un niveau d'endettement qui va devenir extrêmement contraignant quand il va s'agir de réduire la voilure dans le nucléaire, et cette fois ci les français ne permettront pas de nouvelle fuite en avant. Proglio qui comme certains disent chez Véolia, "n'a pas inventé l'eau chaude",et qui n'a même pas su géré les activités d'eau froide, ne connait pas grand chose à l'énergie....On se demande donc bien ce que ce mec fout là.

boulay a répondu le 26/04/2011 à 19:51:

Révisez votre leçon, EDF s'est fortement désendetté depuis l'arrivée de Proglio (15 milliards je crois). C'est aujourd'hui une des entreprises les plus saines niveau financier.

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Conformément à la demande d'EDF défendue par Nicolas Sarkozy à Bruxelles, l'audit de la sécurité nucléaire française sera un audit interne et non un audit par des experts européens comme c'était souhaité...

par Barnabé le 27/04/2011 à 04:58

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