Comment Twitter pourrait bientôt permettre de prédire l'évolution de la Bourse

Par Eric Albert  |   |  517  mots
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Un jeune Britannique de 28 ans, a mis au point un outil pour analyser la centaine de millions de "tweets" diffusés chaque jour. Objectif : "comprendre" l'humeur boursière du moment et prédire ainsi l'évolution des marchés.

Et si Twitter était le prochain outil pour prédire l'évolution de la Bourse ? L'idée, qui en fera bondir plus d'un, est très sérieuse. Un jeune Britannique de 28 ans, Paul Hawtin, est en train de lancer un « hedge fund », Derwent Capital Markets, qui sera entièrement basé sur ce concept. Ce courtier, qui cherchait depuis longtemps à lancer son propre fonds, compte en effet « lire » et analyser, via un algorithme, la centaine de millions de « tweets » diffusés chaque jour pour « comprendre » l'humeur du moment. Le fonds devait être lancé le 1er avril mais le succès de la formule rencontré auprès des investisseurs devrait décaler de quelques semaines l'ouverture officielle. Et au lieu de 40 millions de dollars initialement prévus, le fonds pourrait bien démarrer avec 100 millions de dollars.

Le concept ne sort pas d'une soirée bien arrosée. Il se fonde sur des recherches très sérieuses d'un professeur d'informatique de l'université d'Indiana aux États-Unis, Johan Bollen. Ce dernier a analysé quelque 10 millions de tweets diffusés pendant dix mois en 2008. Le résultat, publié dans un article scientifique en octobre dernier, est spectaculaire : à 87 %, le résultat de l'humeur du jour prédit trois à quatre jours à l'avance la direction (à la hausse ou à la baisse) de l'indice Dow Jones. Le modèle n'est pas parfait : il ne prédit pas si la hausse ou la baisse est importante, ni sur quels secteurs elle doit avoir lieu. Mais la corrélation est claire, et le chercheur estime que la marge d'erreur est de 6 %.

Pour analyser les tweets, Johan Bollen les passe tous - y compris ceux incongrus des stars hollywoodiennes les moins intéressantes - à travers deux outils d'analyse. Le premier s'appelle OpinionFinder et il sert à analyser le sentiment positif ou négatif de l'opinion publique. Le second s'appelle Google-Profile of Mood States et fournit une indication de six humeurs : calme, heureux, alerte, sûr, vital, gentil. De ces six paramètres, c'est celui de calme qui est le meilleur élément de prédiction. Ce qui rend l'étude de Johan Bollen vraiment intéressante, c'est qu'il ne cherchait pas dans cette direction : il imaginait au contraire que le mouvement de la Bourse aurait un impact sur l'humeur générale. Il a trouvé exactement l'inverse.

L'idée d'utiliser cette corrélation pour en faire un outil de gestion peut faire frémir. Vraiment, quelle peut être l'influence sur la Bourse du tweet « Aujourd'hui, mon frère s'est cassé le nez » ou celui qui souligne que « La Bible nous apprend à nous aimer les uns les autres. Le Kama-sutra, comment procéder ». Paul Hawtin relève que c'est la quantité des messages qui compte. « Il y a 100 millions de tweets par jour. Chacun, individuellement, est insignifiant, mais ensemble, ils donnent une bonne idée de ce que pensent les gens », explique-t-il. Et il précise : « Pour réaliser un bénéfice, il faut que 55 % de nos prises de position soient correctes. » Étant donné que la corrélation trouvée pour Twitter est de 84 %, la tentation peut être grande...