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Pourquoi le débat sur le nucléaire a changé de nature

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Eric Benhamou  |   -  647  mots
Par Eric Benhamou, éditorialiste à La Tribune

Un nouveau front antinucléaire vient de s'ouvrir. Et il devrait se révéler bien plus redoutable pour la filière industrielle que les assauts des associations antinucléaires qui ne cessent d'alerter le monde sur les risques de l'atome. La catastrophe de Fukushima du 11 mars, dont l'ampleur des dégâts a été manifestement sous-estimée par l'opérateur japonais Tepco, a certes ravivé l'inquiétude de l'opinion publique, essentiellement en Europe, à laquelle les États devront répondre par des exigences accrues de sécurité. Mais elle a surtout jeté une lumière crue sur les coûts réels de l'électricité produite par l'énergie nucléaire et instillé le doute sur la compétitivité de cette énergie. Et cette fois-ci, ce ne sont pas les militants écologistes qui l'affirment, mais les industriels de la filière nucléaire eux-mêmes. Aux États-Unis, le débat sur l'intérêt économique du nucléaire est clairement lancé. Thomas O'Malley, le PDG d'Energy Group, l'un des principaux opérateurs d'électricité américain, a même estimé que l'industrie nucléaire « était grillée », car devenue trop chère, pour expliquer sa décision de renoncer à un important projet de centrale nucléaire au profit du gaz.

Dans le sillage du gouvernement allemand qui souhaite sortir du nucléaire d'ici à 2022, le groupe Siemens s'interroge sur son avenir dans cette filière. Rien n'est officiellement décidé. Mais, clairement, le ton n'est plus le même au siège du conglomérat, qui avait rompu son alliance avec Areva, il y a deux ans, pour nouer un accord ambitieux avec le russe Rosatom. Aujourd'hui, ce nouveau partenariat semble bien compromis, tout comme son objectif de « devenir le leader mondial du marché du nucléaire ». Cette semaine, c'est au tour du géant américain General Electric d'anticiper une énergie solaire plus compétitive que l'énergie fossile et nucléaire d'ici à cinq ans.

De fait, et toutes les études concordent sur ce point, le coût d'investissement et/ou de production de l'énergie nucléaire ne cesse d'augmenter avec le temps. C'est même l'une des caractéristiques de l'industrie nucléaire que l'on retrouve nulle part ailleurs : tous les bénéfices de la courbe d'expérience sont neutralisés par la complexification croissante des projets. Le chercheur Arnulf Grubler démontre ainsi, sur l'exemple français, une évolution quasiment linéaire des coûts au kilowatt depuis 1977.

Entre 1977 et 1998, les coûts d'investissement ont été ainsi multipliés par 2,6. Pire, le coût d'investissement de la centrale de Flamanville qui utilise les nouveaux réacteurs EPR (3.500 euros/kW) confirme cette progression linéaire des coûts. Conclusion du chercheur : « L'augmentation des coûts est intrinsèque à ce type de technologie qui se caractérise par une complexité croissante très difficilement gérable et qui vient contrarier les effets a priori positifs de la standardisation et de l'effet d'échelle. » Le professeur d'économie François Lévêque, dans une étude publiée sur le site Energypolicyblog.com, démontre également que les évaluations de coûts progressent au fur et à mesure de la date à laquelle elles sont réalisées. Il est en effet difficile d'imaginer que les coûts décroîtront du fait des nouvelles exigences de sécurité imposées par les États mais également par les assureurs, les agences de notation et les financiers. Chacun réclame en effet de plus en plus de garanties : le préjudice estimé de Fukushima s'élève à plus de 100 milliards de dollars, une facture qui sera très largement supportée par le consommateur japonais. Dans cette trajectoire, les énergies renouvelables gagneront mécaniquement en compétitivité. Reste un problème : l'énergie verte s'accompagne inévitablement d'économies d'énergie, ce qui ne fait pas l'affaire des électriciens.

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Commentaires

jelupa  a écrit le 01/06/2011 à 12:02 :

Pourtant l'annonce des saoudiens, montre que c'est encore attractif.