« Le pays se cherche une nouvelle politique énergétique »

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Entretien avec Paul J. Scalise, professeur à l'université Temple à Tokyo

Comment envisagez-vous l'avenir du nucléaire au Japon ?

La question importante est celle de l'agenda énergétique du gouvernement. Or il n'en a plus. Si les Japonais veulent fermer leurs 54 réacteurs nucléaires, je ne vois pas où ils iront chercher l'électricité dont ils ont besoin pour faire fonctionner leur économie. S'ils se mettent à construire des centrales à charbon ou à gaz, la facture énergétique va bondir, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Le patronat a déjà expliqué qu'il ne tolérerait pas de nouvelle hausse des prix de l'électricité. Quand je demande aux tenants du lobby antinucléaire quelles sont les solutions de remplacement au nucléaire, ils ne savent pas. Et quand je demande au ministère de l'Industrie, il ne sait pas non plus.

L'opinion publique semble devenir antinucléaire. Est-ce un phénomène durable ?

Les sondages, en particulier dans les préfectures qui ont des centrales, montrent en effet une hostilité nouvelle au nucléaire. Beaucoup de gouverneurs refusent de signer la remise en route des centrales arrêtées depuis le 11 mars. Ils ne le font pas parce qu'ils auraient eu soudain la révélation des dangers du nucléaire, mais pour des motifs politiques. Tout dépend finalement de ce que pense la presse. Pour le moment, les grands quotidiens ont adopté une attitude neutre.

Quel est l'avenir de Tokyo Electric ?

Tepco doit déjà rembourser une dette de 11.300 milliards de yens (101 milliards d'euros) d'ici à 2020, et les dommages de la catastrophe sont estimés entre 4.000 et 10.000 milliards de yens (36 à 89 milliards d'euros). Les agences de notation ont noté sa dette comme « pourrie ». Qui paiera pour cela ? Il y a trois solutions. Soit le gouvernement nationalise Tepco, soit il s'invite dans le capital (ce qui revient à nationaliser), soit il autorise Tepco à augmenter les tarifs. Je pense que le gouvernement nationalisera Tepco pour le diviser en plusieurs sociétés indépendantes.

Le Japon va-t-il enfin se doter d'une autorité de régulation du nucléaire indépendante ?

La situation ne va pas changer vraiment. Mais cette question d'indépendance est biaisée. Aux États-Unis, l'autorité de contrôle du secteur énergétique est indépendante par son statut, mais elle ne l'est pas en pratique. Après tout, elle n'a pas anticipé sur Enron, les coupures d'électricité sur toute la côte ouest de l'Amérique en 2003, Three Mile Island... On ne peut pas dire qu'elle ait de meilleurs résultats que son homologue japonaise.

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