Reportage : les "indignés" de Wall Street ne baissent pas la garde

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Ignoré au début, le mouvement « Occupy Wall Street » rencontre de plus en plus d'échos à travers les Etats-Unis, mais également à l'étranger. Discussions à New York avec différents "indignés" qui témoignent de leurs motivations.

Certains «doormen», au passage du cortège, lèvent timidement leurs pouces en l'air, en signe d'encouragements. Mais la plupart, cintrés dans leurs uniformes, restent barricadés derrière les lourdes portes en fer forgé. Les immeubles cossus de la 5ème avenue, à hauteur de Central Park, ont reçu pour consigne de bloquer l'accès des halls à quiconque ne réside pas dans l'immeuble. Et pour cause. Les « 99% » arrivent. Une foule, de quelques centaines de manifestants à peine, mais qui scande vigoureusement leurs slogans, est en marche pour cracher sa détestation sous les fenêtres de certaines personnalités parmi les plus riches de la ville. A regarder cette colonne de chômeurs, de latinos, de jeunes, de retraités ou de simples déçus de la présidence Obama, impossible de ne pas faire le parallèle avec la marche des femmes vers Versailles en 1789 pour réclamer du pain. D'ailleurs l'un des manifestants a affiché « Liberté, égalité, fraternité » sur un drapeau américain. Premier arrêt en bas de chez Rupert Murdoch, le magnat de la presse. « Il a payé son appartement de 20 pièces 44 millions de dollars et il est moins taxé que nous », hurle Liz Sanchez , une étudiante déjà mère de deux enfants, dans son mégaphone. « Voici son numéro de téléphone ! Saturez sa ligne avec vos revendications ! », poursuit-elle.

Du jamais vu dans l'Upper East Side

De l'adresse de David Koch, richissime industriel, fervent défenseur du Tea Party à celle de Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, la foule disciplinée continuera tout l'après-midi d'égrener ses slogans, de la cinquième à Park avenue. Du jamais vu dans le très chic Upper East Side. Les habitants du quartier sont perplexes. « Franchement, ils feraient mieux de chercher un boulot plutôt que de nous casser les pieds », lâche un quadra en costume, visiblement pressé. Une femme plus âgée, l'allure bien mise, dit quant à elle « qu'elle n'a absolument jamais vu ça dans le quartier. Ni tellement à d'autres endroits, d'ailleurs. »

"On n'est pas tous pourris dans la finance!"

Tout en bas de Manhattan, à Wall Street, la place Zuccoti, est occupée sans interruption depuis la mi-septembre. Et justement « ça commence à suffire à présent ce campement et tout ce désordre, » peste John Delaney, qui travaille dans le quartier avec son costumùe impeccable. « Je comprends très bien, voire j'adhère à certaines de leurs revendications, sur l'assurance santé par exemple. Mais on n'est pas tous pourris dans la finance », poursuit-il. Le maire Michael Bloomberg, qui aurait probablement préféré que New York soit épargné, a comparé ce mouvement qui enfle depuis 4 semaines aux « manifestations contre la guerre au Vietnam. »

Boston, Washington, Chicago...

Car oui, un peu partout, aux Etats-Unis le mouvement prend de l'ampleur. Boston, Washington, Chicago... Les consciences se politisent. Demain, le mot d'ordre a été passé d'embraser le monde. Huit villes du Canada préparent leurs banderoles pour le 15 octobre. Corée, Australie, Grande-Bretagne... Plus d'une vingtaine de pays devraient aussi protester ce samedi contre les rapaces de la finance, l'inégalité croissante, les échecs du système politique ou le «diktat des multinationales».

« Tea Party de gauche »

Si tous ces révoltés de Wall Street se disent apolitiques, ils sont plutôt à la gauche de Barack Obama. Et formeraient peut-être un « Tea Party de gauche » comme les média américains aiment à l'écrire. Il est vrai qu'ignoré à ses débuts,le mouvement attire maintenant les acteurs de la gauche, en particulier les syndicats.

Selon une étude d'ORC international, menée notamment pour CNN, la moitié des adultes aux Etats-Unis a entendu parler du mouvement. Parmi eux, 27% sont d'accord avec les manifestants et 54% n'ont aucune opinion. Symptomatique de ces deux Amériques qui se regardent et ne se comprennent pas forcément. « Le futur de ces manifestations sera dépendant de la capacité des leaders à délivrer un message clair et qui ait du sens pour la classe moyenne », explique Jeffrey Resnik, l'un des directeurs d'ORC. Il n'y a ni figure, ni message structuré, juste l'expression commune d'un raz le bol généralisé. Mais la stratégie d'occupation commence à payer. Des dons affluent. Pied de nez aux cols blancs, ils ont créé leur propre organe de presse : The Occupied Wall Street journal. Il tire à 70.000 exemplaires...

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Commentaires
a écrit le 15/10/2011 à 16:11 :
merci a vous la tribune de publier mes commentaire j'ai 60 ans et ra le bol de cette politique de merde tout pour les financier spéculateur et le peuple le gourvenement sans fout comme de l'an 40
a écrit le 15/10/2011 à 15:50 :
a la rochelle aujourd'ui les renseignements généraux étaient là a prendre des photos des indignés ils non pas aimer etre pris en photos a leurs tours ont réve ou quoi ont ai en dictature ou en démocratie depuis sarko ont en doute
a écrit le 15/10/2011 à 14:26 :
Bravo aux indignés ! lorsque ils auront mis en bas l'économie financière ! car c'est une économie, ils iront balayés, encore moins de boulot qu'avant. C'est bien gentil de tels mouvements mais par quoi remplaceront-ils les millions de personnes qui travaillent dans le secteur financier ? le travail se rarifie, les états providences sont à "secs" quelle est leur proposition ?
Réponse de le 15/10/2011 à 15:43 :
je vois que tu aimes te la faire mette et fermer ta gueule heureusement quand 40 il y en a qui en avait pour faire de la résitance pauvre bon a rien seulement a la fermer et laisser faire cette politique de merde
a écrit le 15/10/2011 à 9:34 :
Pourquoi moins d'"indignés" en France qu'ailleurs? Les français sont de vieux râleurs, c'est bien connu. Mais Sarkozy, pour une fois, a vu juste: tant qu'on ne touche pas trop à nos retraites, ça reste supportable et les rentiers préféreront se faire tondre plutôt que de provoquer le chaos. Ailleurs, c'est différent. Les retraites ont fondu avec les fonds de pension ou n'ont jamais vraiment existé, ce qui renforce le sentiment d'injustice des 99,9% de laissés pour compte de la Finance toute puissante.
a écrit le 14/10/2011 à 23:59 :
Trop d'injustices inadmissibles. Le monde court à sa perte avec une société de consommation débridée qui met à sac les ressources naturelles en matières premières, l'eau douce et l'énergie. (Livre plein de vérités "les corps indécents" ). "Quand des millions de personnes se rendront compte que l'on ne peut plus vivre comme par le passé, la Révolution sera logique et inévitable"). On y vient ou on y viendra.
a écrit le 14/10/2011 à 22:55 :
dans le monde, et à plusieurs endroits en France : http://15october.net/fr/ à Paris : http://www.demosphere.eu/node/25462 C'est l'occasion de montrer votre indignation face au soutien continuel des banques avec l'argent des contribuables, face aux excès de la finance, face aux scandales bancaires divers (subprimes, titrisation, Madoff, Kerviel et imitateurs, délits d'initié, corruption des politiques par les banques, dettes pourries vendues aux municipalités, bonus moyen de 250 000 euros en 2010 pour 8200 traders français, ventes à découvert, produits dérivés beaucoup trop nombreux, pertes bancaires assumées par les états :Dexia, AIG, Fannie Mae etc, recapitalisations cadeau des banques par les états, garanties des banques par les états sans contreparties, absence de condamnations en justice des délits bancaires et financiers, dérégulation, planche à billets des banques centrales, liquidités illimitées allouées aux banques par les banques centrales; rachats des dettes pourries des banques par les banques centrales) mais aussi inégalités croissantes, niches fiscales, etc, et j'en oublie beaucoup. Venez montrer votre indignation.
a écrit le 14/10/2011 à 15:14 :
Les americains ont reussi a se structurer en quelques semaines alors qu'ici,apres plusieurs mois toujours rien.L'amerique est capable du pire comme du meilleure.La solution passera peu etre par l'atlantique
a écrit le 14/10/2011 à 12:17 :
Les états unis depuis Bush sont devenus une véritable dictature au vrai sens du terme, faut arrêter le massacre de la finance sauvage, Tout le pays devrait être dans la rue s'il avait conscience du 10eme du malheur dans lequel ils vivent et du 5eme de celui qui arrive, malheureusement, la majorité croit encore au père noël Obama et se feront piller jusqu'au dernier penny...
a écrit le 14/10/2011 à 11:10 :
Les Américains sont en retard, trop de choses qu'ils ne comprennent pas. Ils sont en train de découvrir que la liberté n'est pas le pouvoir d'achat, bientôt, ils comprendront que les autres existent et que la pauvreté n'est pas une question de QI. Bientôt, ils découvriront que s'accrocher à Dieu et au drapeau ne fait pas une Nation, que la plus grosse armée du monde ne donne pas tous les droits. Un jour, les Américains deviendront des hommes, l'idée qu'ils se font de l'égalité évoluera, ils n'exigeront plus la soumission.
a écrit le 14/10/2011 à 10:46 :
Bonjour,
Le mouvement est de plus grand ampleur que celui d'écrit dans l'article.
Les médias commencent tout juste en parler, mais emploi encore des pincettes sur ces sujets de société assez sensible (pression politique; économique, et impact social).
Pour ceux qui sont interéssés par l'événement du 15 octobre qui est organisé dans 951 villes à travers le monde entier (dont la France): http://15october.net/
a écrit le 14/10/2011 à 10:45 :
Je pense au contraire que ce n'est que le début de quelque chose de totalement prévisible. Ce système ne durera pas indéfiniment, il montre déjà ses limites. Beaucoup se plaignent mais trop peu agissent. Les gens finiront par se révolter, lorsque l'on n'est pas un profiteur direct de ce dictat, on ne peut que le rejeter.
Réponse de le 15/10/2011 à 7:48 :
La prise de conscience est née de la crise de trop.
a écrit le 14/10/2011 à 10:33 :
Quel dommage que nos syndicats de fonctionnaires infeodes indirectement au pouvoir monopolisent la rue avec des slogans egoistes de fonctionnaires...(salaires, retraites) mais jamais contre le vol des banqques, argent detourne en europe, impunite politique.....
a écrit le 14/10/2011 à 10:21 :
"une étudiante déjà mère de deux enfants"

n'a telle pas créer elle-même les conditions de son échec ?
Réponse de le 14/10/2011 à 20:10 :
C'est certain qu'UN étudiant n'aura jamais ce problème !
a écrit le 14/10/2011 à 10:07 :
La révolution est proche ..... encore un peu de temps ..... l'avenir sera enfin dégagé... dommage ça va faire mal un moment.
Réponse de le 14/10/2011 à 11:00 :
On n'entraine pas un peuple dans la misère sans conséquence. Les Grecs ne vont pas se laisser mourir. Et quand le peuple n'a plus grand chose à perdre, il affronte le système...
En Europe, on a encore pas mal à perdre, notamment en faisant croire à chacun qu'il est millionnaire avec son immobilier. Mais les pays ou la bulle immo a éclatée, se rendent comptent qu'il n'ont pas grand chose, et se lèvent...
a écrit le 14/10/2011 à 10:00 :
Il me semble que les citoyens US sont beaucoup plus enclins à se battre
pour des grandes causes que nous européens, qui descendons plutot
dans la rue pour défendre quelques privilèges ou acquis. C'est aussi
voulu et encadré par les syndicats, ca rassure ...

Il faut dire que la police, ici en Europe, a ordre de dissuader les manifestations
non classiques (syndicales), en usant d'une violence rare, les tabassages
ont été nombreux a Paris (3000 indignés vidés à coups de matraque
des marches de l'Opéra), a Athenes, mais a Madrid surtout,
visant indifféremment hommes, femmes, jeunes et vieux protestataires.
Réponse de le 14/10/2011 à 13:55 :
Comme ici, en Belgique :
http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/691876/une-indignee-frappee-apres-son-interpellation-par-la-police.html
Réponse de le 15/10/2011 à 7:35 :
Les coups de matraque pourraient se retourner contre leurs auteurs.
a écrit le 14/10/2011 à 9:27 :
Je crois que nous ne prenons pas bien conscience de ce qui est entrain de se passer.Ce mouvement sans revendication précises et sans leader est pour tout le monde nouveau et inexplicable.Inexplicable non pas les raisons de ce mouvement qui sont a peu prés connu,mais dans son avenir.Une manif a un début et une fin connu en générale,dans ce mouvement on a du mal a imaginer la fin et surtout les dérives qu'il peut engendrer.
Les politiques aurait intérêt a s'intéresser a ce mouvement et ne pas le traiter par dessus la jambe,il pourrair amèrement le regretter.

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