La Tribune

Le Hamas et la rigueur économique ont eu raison du Premier ministre palestinien

Copyright Reuters
Copyright Reuters
Pascal Lacorie, à Jérusalem  |   -  490  mots
Salam Fayyad, un ancien du FMI, s'était rendu impopulaire en voulant maîtriser davantage les comptes publics palestiniens. Il a démissionné lundi, le président Mahmoud Abbas cumulera les deux fonctions.

L'économiste palestinien en chef a été sacrifié. Salam Fayyad, un ancien du Fonds monétaire international (FMI) et homme de confiance des Occidentaux, a perdu lundi son poste de Premier ministre. Il a été remplacé par Mahmoud Abbas. Aux termes d'un accord conclu sous le parrainage du Qatar entre les islamistes du Hamas, qui contrôlent la bande de Gaza, et le Fatah à la tête de la Cisjordanie, le président palestinien va cumuler les deux mandats faute d'un consensus sur un autre candidat. Le Hamas qui demandait la tête de Salam Fayyad jugé trop « pro-occidental » a ainsi obtenu satisfaction.
Mais le Premier ministre sortant a également été victime d'un début « d'Intifada » sociale en Cisjordanie. Il avait brisé au début de l'année un tabou en annonçant un plan visant à combler un déficit abyssal en doublant la pression fiscale pour les Palestiniens les plus aisés tout en obligeant les entreprises à commencer à payer des impôts sur leurs bénéfices. L'objectif était ainsi de réduire d'un tiers le déficit. Ce régime de rigueur a aussitôt provoqué un tollé et des manifestations qui l'ont contraint à faire machine arrière faute d'un soutien politique. Salam Fayyad a été accusé de se tromper de cible par les patrons, les commerçants, les artisans et une partie des salariés, pour qui la crise financière résulte uniquement de la politique d'Israël qui « étrangle » l'économie palestinienne en limitant la liberté de circulation des biens et des personnes ou en gelant périodiquement les transferts de fonds appartenant à l'Autorité palestinienne. Selon un sondage, seuls 12% des Palestiniens estiment justifié le recours à l'arme de l'impôt pour réduire le déficit, tandis que 53% pensent que la meilleure solution passe par une augmentation des contribution des pays donateurs.
Salam Fayyad estimait, en revanche, que la population devait faire un effort pour tenir compte de la baisse de l'aide internationale notamment de la part des pays arabes en ces temps d'incertitude financière. Selon lui, les Palestiniens qui aspirent à créer un Etat indépendant devaient aussi tenter de réduire leur dépendance vis-à-vis de l'étranger. Jusqu'à présent, les impôts représentent moins de 20% des recettes d'un budget de 3,2 milliards de dollars qui sert surtout à financer un très important secteur public employant plus de 150.000 fonctionnaires pour une population de 3,8 millions d'habitants.
Ces dernières années, Salam Fayyad était parvenu à lutter efficacement contre la corruption en imposant des règles de transparence des comptes publics ce qui lui a valu de nombreuses inimitiés. En voulant s'attaquer à un déficit qui devrait dépasser 1,1 milliard de dollars cette année, il s'est heurté à un mur. Confronté à ce défi, Mahmoud Abbas, qui ne dispose pas du même capital de confiance auprès des Etats-Unis et des Européens, aura bien du mal à faire mieux que lui.
 

Réagir

Commentaires

Beaumarchais  a écrit le 08/02/2012 à 22:19 :

Je veux être libre, et payez donc pour moi ! Ben voyons quelle grandeur de pensée!
grotesque ...et pitoyable

Mordrakheen  a écrit le 08/02/2012 à 14:26 :

"53% pensent que la solution passe par une augmentation des contributions des pays donnateurs " LOL !!!! mais oui mais bien sur !!par contre on est pres de 100% ici à en avoir marre de payer pour les autres et qu ils devraient se debrouiller tout seuls