Président du G8, David Cameron veut lutter contre l'évasion fiscale

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Selon le Premier ministre britannique, président du G8 en 2013, avec la mondialisation, aucun pays n'est en mesure, par lui-même, de s'attaquer effectivement à l'évasion fiscale et aux techniques d'évitement les plus agressives Il faut donc une coopération internationale, que les pays du G8 peuvent commencer à initier.  Copyright Reuters
Selon le Premier ministre britannique, président du G8 en 2013, "avec la mondialisation, aucun pays n'est en mesure, par lui-même, de s'attaquer effectivement à l'évasion fiscale et aux techniques d'évitement les plus agressives" Il faut donc une coopération internationale, que les pays du G8 peuvent commencer à initier. Copyright Reuters
La Grande-Bretagne prend la présidence du G8 cette année. Son Premier ministre, David Cameron, a envoyé une lettre aux responsables des pays du G8 pour leur indiquer la feuille de route qu'il compte suivre, en fixant trois priorités : de nouveaux progrès en matière d'échanges internationaux, un "meilleur respect des obligations fiscales" et "l'amélioration de la transparence". En voici le texte intégral.

Au moment où le Royaume-Uni prend la présidence du G8, je souhaitais vous écrire personnellement afin d'engager avec vous le débat sur ce que nous pouvons accomplir ensemble. Nous nous rencontrerons en juin à Lough Erne, en Irlande du Nord. Il s'agit là d'une région dont les perspectives ont été transformées par le processus de paix ces 20 dernières années - et le fait que nous puissions y organiser un Sommet du G8 témoigne des progrès accomplis.

Le monde va manifestement rester aux prises avec une grave incertitude économique en 2013. La première de nos priorités va consister à faire face aux difficultés qui se présentent dans nos pays respectifs. Mais en tant que leaders des pays qui ensemble concentrent environ la moitié du PIB de la planète, les normes ambitieuses que nous fixerons et les mesures audacieuses que nous prendrons en ?uvrant ensemble à travers le G8 pourront faire une différence tangible en relançant les économies et en soutenant la prospérité, dans nos propres pays comme dans le monde.

J'espère qu'à Lough Erne nous serons en mesure de saisir cette occasion. Mes priorités essentielles pour le Sommet sont de trois ordres : de nouveaux progrès concernant les échanges internationaux, un meilleur respect des obligations fiscales et l'amélioration de la transparence. Sur tous ces sujets, j'en suis convaincu, le G8 peut jouer un rôle particulier, en s'appuyant sur notre attachement à l'ouverture, que ce soit celle des économies, des gouvernements ou de la société, afin de soutenir l'entreprise et de générer de la croissance économique.

Mais parvenir à tout cela va exiger une détermination politique ferme et des mois de travail sur les détails de ces diverses politiques de la part de nos équipes. Ce G8 ne va pas être le type de sommet où l'on va simplement sortir les carnets de chèque à la onzième heure, s'engager sur certains montants et appeler cela un succès. Ce dont il s'agit aujourd'hui, ce sont des mutations profondes dans nos économies et des règles qui gouvernent les relations qu'elles entretiennent entre elles. Vu l'ampleur de cette ambition, je suis convaincu que pour réussir, il faut que nous engagions dès maintenant le débat sur ces mutations.

Tout d'abord, concernant les échanges internationaux, l'ordre du jour de l'année qui commence est extrêmement chargé - avec par exemple la possibilité d'un accord entre l'Union européenne et le Canada, l'ouverture de négociations entre l'UE et le Japon, et la Russie qui approfondit son intégration dans le système commercial mondial alors qu'elle entame sa seconde année en tant que membre de l'Organisation mondiale du commerce. A l'échelle du monde, nous pouvons aussi espérer réduire les formalités et la bureaucratie aux frontières, y compris grâce à un accord sur la facilitation des échanges internationaux lors de la réunion ministérielle de l'OMC en décembre, ce qui donnerait aussi un élan supplémentaire à notre soutien à la libéralisation des échanges en Afrique. En outre, l'Europe et l'Amérique contribuant ensemble à un tiers des échanges mondiaux, le plus beau des succès pourrait bien être l'ouverture de négociations sur un accord commercial entre l'UE et les Etats-Unis.

Il s'agit là de perspectives d'une importance vitale pour la croissance mondiale, et j'espère que nous tous, au sein du G8, pourrons faire preuve de leadership en la matière - et notamment en collaborant avec le secteur privé dans chacun des secteurs de nos économies afin de mobiliser les soutiens nécessaires à ces accords, et en prenant appui ouvertement sur la responsabilité directe qui est la nôtre, en tant que gouvernants, pour nous attaquer franchement aux points de désaccord et pour les résoudre.

En deuxième lieu, concernant la fiscalité, nous savons bien qu'avec la mondialisation, aucun pays n'est en mesure, par lui-même, de s'attaquer effectivement à l'évasion fiscale et aux techniques d'évitement les plus agressives. Mais puisque nous formons un groupe de huit économies majeures, nous avons l'occasion de galvaniser des interventions collectives à l'échelle internationale. Nous pouvons montrer la voie en partageant les éléments d'information permettant de mettre fin aux abus dans le système fiscal international, y compris dans les pays en développement, de sorte que les gouvernements se trouvent en mesure de collecter les impôts qui leur sont dûs. Nous pouvons ?uvrer ensemble pour faire adhérer davantage de pays aux normes internationales. Et nous pouvons aussi examiner dans quelle mesure ces normes elles-mêmes peuvent être renforcées - que ce soit en améliorant celles qui existent ou en en envisageant d'autres. Il s'agit là de questions complexes, qui vont exiger des consultations honnêtes et détaillées sur l'approche la plus adaptée. Mais je suis convaincu qu'en tant que chef d'Etat ou de gouvernement, chacun de nous a intérêt à pouvoir dire à ses contribuables respectifs, qui travaillent dur et paient la part d'impôts qui leur revient, que nous allons nous assurer que tous les autres en font autant.

Troisièmement, s'agissant de nos partenariats avec les économies moins avancées ou émergentes, je crois que nous devons innover dans la pratique en mettant l'accent sur la transparence, la responsabilité et l'ouverture des gouvernements. Trop de pays en développement se trouvent entravés par la corruption - phénomène que peuvent renforcer ou même encourager les mauvaises pratiques dans les relations d'affaires et le manque de transparence chez ceux qui entretiennent des liens commerciaux avec ces pays.

Les efforts collectifs que nous avons accomplis depuis des années en matière de développement donnent au G8 à la fois la légitimité et la responsabilité voulues pour faire progresser les choses à l'échelle internationale en se concentrant non seulement sur l'aide au développement, mais aussi sur les dynamiques de fond de la croissance et de l'emploi propres à faire sortir ces populations de la pauvreté une fois pour toutes.

Je souhaiterais donc que le G8 continue à améliorer la transparence de nos flux d'aide au développement, afin que les populations des pays en développement soient en mesure de rendre leurs gouvernements responsables de leurs actes concernant le bon usage de ces fonds, et que chaque foyer puisse se rendre compte de l'effet que peut avoir cette générosité. Ce travail de responsabilisation est essentiel si nous voulons maintenir la coalition mondiale pour le développement dans laquelle nous sommes engagés, en nous appuyant sur la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition conclue l'an dernier, et en intensifiant la lutte contre la faim par un encouragement à la production d'une alimentation plus riche qui soit mise à la portée des foyers et à des prix abordables.

Le G8 est également en mesure d'appuyer les fondements mêmes de la croissance, y compris l'état de droit, l'absence de conflit et de corruption, et la mise en place de droits de propriété et d'institutions plus solides - ce que j'ai appelé le "fil doré" qui, avec des économies et des sociétés plus ouvertes, donne la meilleure base possible à la croissance. J'espère que nos travaux vont montrer qu'il ne s'agit pas là seulement de ce que les pays en développement font eux-mêmes. Il faut que nous, pays développés, collaborions avec ces derniers pour empêcher le blanchiment d'argent et pour éliminer les paiements illicites et la corruption. Il nous appartient aussi de nous pencher sur les moyens d'améliorer la transparence - y compris grâce à l'Initiative pour la transparence dans le secteur du bâtiment ainsi qu'à de nouvelles idées comme celle d'un partenariat mondial sur la transparence en matière foncière.

Il est inévitable que des questions vont se poser sur ce que chacun d'entre nous est prêt à approuver. J'espère que nous allons pouvoir être ambitieux. C'est dans cet esprit que j'ai déjà donné le signal de quelques évolutions importantes dans la position qui est celle du Royaume-Uni. Ainsi par exemple, alors que les Etats-Unis ont déjà accepté d'adhérer à l'Initiative sur la transparence des industries extractives, il reste encore à la Grande-Bretagne comme à tous les autres pays du G8 à souscrire à ce dispositif de portée mondiale qui permet de s'assurer qu'à travers toute la planète les populations bénéficient de l'extraction des ressources naturelles de leur propre pays. Nous devons changer cela. Nous ne pouvons pas appeler les autres pays à mettre en ?uvre ces normes supérieures si nous ne sommes pas prêts à le faire nous-mêmes. C'est pourquoi j'ai demandé que la position du Royaume-Uni en la matière fasse de toute urgence l'objet d'un réexamen.

Ces décisions ne sont pas de celles que l'on peut tout simplement laisser à nos experts techniques. Elles appellent de notre part un engagement décisif. A dire vrai, sur tous ces sujets, nous savons bien quels sont les obstacles à un accord et il nous faut trouver la volonté politique nous permettant de les prendre à bras le corps. En collaborant ensemble au cours des mois qui viennent, je suis convaincu que nous le pourrons.

Je serai heureux de débattre de ces questions avec vous et de vous accueillir à Lough Erne cet été.
 

David Cameron

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Commentaires
a écrit le 11/06/2013 à 8:36 :
c'est quand même le pays qui a la city (non fiscalisée) les iles jersey et guernesey (paradis fiscaux) qui le dit !
a écrit le 09/06/2013 à 14:39 :
La crise des finances publics à t elle finalement conduit les gouvernements à lancer une quête fiscale par le biais de la lutte mondiale contre l'évasion fiscale. Hier encore ces gouvernants étaient passifs devant les artisans des montages juridiques qui permettent d'éluder l'impôt. Ils en profitaient énormément. Ils conseillaient à ceux des pays en développement non seulement de construire des brèches dans leurs systèmes fiscaux afin que leurs entreprises tirent le maximum. Mais leur recommandaient des exonérations fiscales pures et simples s'ils veulent voir venir des investissements dans leurs pays qui sont en crises perpétuelles. Je trouve que même si la revendication est juste, le discours des gouvernants est hypocrite
a écrit le 07/01/2013 à 11:30 :
Que Cameron montre le bon exemple en supprimant les paradis fiscaux de son pays et qu'il respecte ce qui parait être la volonté des britanniques: sortir de l'Union-Européenne...Comme beaucoup de ses semblables cet individu est un champion du" parler pour ne rien dire et surtout ne rien faire. Son pays est le Cheval de Troie américain dans l'union...Dehors !
Jean-Claude Meslin..
a écrit le 05/01/2013 à 12:13 :
Double language...fait ce que je dit et non....sur la photo , il ne passe pas au détecteur de menssonge .
Aurait'il un besoin urgent de monaie...défficite publique et triple A....au revoir !!!
a écrit le 05/01/2013 à 11:32 :
Les impôts sont liberticides. La déclaration universelle des droits de l'homme et de l'anglais est bafouée. Tout ce que va obtenir Monsieur Cameron, c'est le départ de Mick Jagger et de Kate Winslet. Monsieur Poutine leur accordera la nationalité russe sans problèmes. Voici ce qu'il advient quand on ne respecte pas les lois naturelles du libéralisme.
Réponse de le 10/06/2013 à 13:59 :
A ce compte là la société et ses lois sont plus liberticides encore. Heureusement qu'il reste aux plus riches, donc aux plus libres, la possibilité de s'exiler loin de nos pays (plus ou moins) égalitaires, dans des ploutocraties, des dictatures, ou leur fortune leur permettra de se placer au dessus des autres et d'appliquer enfin la loi du plus fort.
a écrit le 05/01/2013 à 11:08 :
Etonnant... N'avaient-ils pas dit que les paradis étaient tous devenus ... blancs.? Et bien vu, ci-dessous, de rappeler les îles anglo-normandes ainsi que la City. Un comble, en fait.
a écrit le 04/01/2013 à 22:23 :
N'y aurait-il pas eu de la part du maire conservateur de Londres Boris Johnson un appel aux potentiels évadés fiscaux français les incitant à venir s'installer au Royaume uni en octobre 2012 ?
Et Cameron de surenchérir alors :"Je suis très content d'accueillir les Français talentueux à Londres s'ils viennent alimenter notre économie, si et seulement s'ils ne viennent pas épuiser nos ressources nationales ...Vous êtes tous bienvenus"

Déjà au mois de juin 2012, devant une assemblée de dirigeants d'entreprise à Los Cabos (Mexique), en marge d'un sommet du G20, le premier ministre britannique s'était déclaré être prêt à accueillir les entreprises qui fuieraient l'impôt en France: "Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu nous déroulerons le tapis rouge, et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni".

 D'un côté  M. David Cameron prône "un meilleur respect des obligations fiscales" et de l'autre appelle les entrepreneurs français à fuir la fiscalité française.
Réponse de le 05/01/2013 à 10:09 :
vous confondez exil et evasion ,classique de la gauche

par ailleurs c est assez savoureux que Cameron parle d evasion alors qu il a les iles anglo normandes comme lessiveuses de sa city
Réponse de le 05/01/2013 à 10:34 :
Cameron parle de rigueur sur les paradis et les mouvements de capitaux:il parle d'or lui qui, un tory, ne peut que soutenir la City, laquelle précisément vit et prospére sur les activités de trading et autres blanchiments avec les paradis. A trop en faire etc...
Réponse de le 05/01/2013 à 14:30 :
Je vous rassure, il n'y a pas de confusion, sauf qu'au final c'est une fuite de capitaux pour les pays concernés. Cameron ne pouvait effectivement pas appeler à l'évasion fiscale dans les îles anglo normandes. Mon intervention se justifiait afin de mettre en avant que M. Cameron est "fair" quand cela l'arange. mais c'est vrai, j'oubliais le Royaume Uni n'est pas un partenaire européen, et dans ce cas le découragement patriotique, l'encouragent à la désertion du champs de bataille est de bonne guerre. Ce qui ne veut pas dire que je me range parmi les partisans du 75%.
a écrit le 04/01/2013 à 19:29 :
Le discours est traduit donc interprété, ne peut-on avoir la version originale? Nous ne sommes pas des illétrés... veuillez donc publier la version officielle afin que les citoyens puissent en parler!
Réponse de le 04/01/2013 à 22:49 :
@Paul: la version originale se trouve dans la presse anglaise et dans tous les médias anglo-saxons sur Internet. Quant aux illettrés français, ils sont malheureusement majoritaires :-)
Réponse de le 09/06/2013 à 11:30 :
On n'est pas forcément illettré parce qu'on ne maîtrise pas toutes les finesses de la langue anglaise. Quel snob ! (comment dites-vous cela en français?)
a écrit le 04/01/2013 à 19:23 :
Un tapis rouge pour le faire voler ? Ou une planche à clous pour le faire quitter le G8 plus vite ?
a écrit le 04/01/2013 à 19:03 :
il brasse de l'air. ça occupe. personne n'est dupe
a écrit le 04/01/2013 à 17:27 :
Bon, cela rassure le peuple de savoir qu'on "lutte contre les riches et pour l'égalité", mais en réalité, lesdits "riches" sont des copains :-)
a écrit le 04/01/2013 à 17:23 :
Ile de Man, Jersey, Guernesey ! Ne serait-ce pas là des paradis fiscaux britanniques ? Cameron voudrait-il supprimer ces avantages ? Je rêve ! En réalité, Cameron met cette affaire sur le tapis pour mieux la contrôler car les partenaires européens deviennent sensibles aux évasions de fonds vers les paradis et cherchent à les enrayer. Ils s'attaquent en priorité aux plus petits (Suisse, Luxembourg, Lichtenstein, Monaco) pour espérer ensuite faire plier Albion. C'est aussi une des raisons pour lesquelles la Grande Bretagne ne souhaite pas faire partie de l'Euro car elle veut garder la maîtrise de sa spécificité off shore.
Réponse de le 04/01/2013 à 21:14 :
En même temps, il est vrai que les enfers fiscaux comme la France deviennent véritablement invivables !
a écrit le 04/01/2013 à 16:44 :
C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Appeler les copains pour éradiquer une pratique dans le monde et leur dire d'arrêter de le faire par la même occaz, tout en continuant soi-même par derrière. En fait, il veut un anéantissement de concurrence par assentiment des concurrents.
a écrit le 04/01/2013 à 16:29 :
G8 ! encore des réunions couteuses pour blablater, et n'arriver à quedalle...
a écrit le 04/01/2013 à 16:28 :
Au final, la démocratie perd tous sens lorsqu'on parle de fiscalité. Citoyens du monde, la fiscalité fera de vous des prisonniers.
a écrit le 04/01/2013 à 15:56 :
Eh mon gars le plus gros paradis fiscal après la Suisse en Europe c'est ton pays que beaucoup de français ne supportent pas tant l'hypocrisie et la médiocrité y coulent à flot. Lisez De Gaule et d'autres, vous verrez leur lucidité concernant ce pays au lourd passé vis à vis de l France, de l'Europe et du Monde.

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