La Tribune

Le Bhoutan acte dans les urnes sa désillusion du Bonheur National Brut

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Nabil Bourassi  |   -  368  mots
Le petit pays himalayen affronte une grave crise économique et sociale. L'opposition a remporté les élections législatives estimant que la politique du "bonheur" est un concept qui n'est fait que pour "attirer l'attention de la communauté internationale".

Le Bhoutan s'apprête-t-il à renoncer à son BNB ? Cet indicateur qui mesure le Bonheur National Brut faisait la célébrité de ce minuscule état himalayen de 750.000 habitants. Une volonté mise en place par la monarchie dans les années 1970. Sauf que dimanche, le parti monarchiste au pouvoir a perdu les élections législatives. L'opposition du Parti démocratique du Peuple a remporté le scrutin après avoir raillé une politique du bonheur qui ne s'est jamais traduite dans les faits.

Pris entre deux feux

Il faut revenir dans les années 1960 pour bien comprendre. A cette époque, le Bhoutan était un petit pays complètement coupé du monde. Les habitants n'avaient ni télévisions, ni liaisons téléphoniques, ni routes... ni même de monnaie. Le pays fait alors son entrée dans la mondialisation sous l'impulsion de l'Inde voisine qui soutient la monarchie théocratique du Bhoutan. Il s'agissait alors de ne pas le laisser tomber sous l'influence de Pékin dans une région que les deux grandes puissances régionales se disputent. Mais le roi de l'époque a élevé le bonheur de ses sujets au-dessus des impératifs économiques. La création de cet indicateur devait incarner cette volonté politique. Sauf que, le Bhoutan a récemment décidé de se rapprocher de Pékin. Une attitude peu appréciée par New Delhi qui a décidé de lui confisquer son soutien. Du coup, l'Inde a réduit ses livraisons en vivres, et surtout en gaz et hydrocarbures dont les prix ont explosé.

Le "BNB c'est du vent"

Face à cette réalité, les Bhoutanais affrontent de plein fouet cette désillusion, et la politique du Bonheur est devenu un concept des plus abstraits. Pour Tshering Tobgay leader du parti vainqueur des élections, il s'agit d'une véritable imposture : "L'insistance du DPT (parti monarchiste, ndlr) à jouer la carte du bonheur national brut n'est que du vent destiné à attirer l'attention de la communauté internationale. Cette politique n'a jamais apporté quoi que ce soit au peuple du Bhoutan". Pour le Bhoutan, c'est aussi l'expérience de l'alternance pour cette monarchie désormais constitutionnelle qui organise son deuxième scrutin législatif depuis cinq ans.

 

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Commentaires

Illusions  a écrit le 16/07/2013 à 17:36 :

Même là bas, rien ne va plus...triste ! où y aurait il sur terre des gens heureux actuellement......?........

bouthan-train  a écrit le 16/07/2013 à 8:32 :

c'est le pauvre Attali qui doit être déçu, lui qui aimait bien citer l'exemple de ce petit pays. Encore une de ses foutaises d'intello socialiste qui ne marche pas! Damned, les temps sont durs!

hades  a répondu le 16/07/2013 à 10:30:

une foutaise d'intello socialiste qui marche pas... : ? on voit bien la les umpistes qui viennent avec leur socialisme a toute les sauce... SERAIT CE LA PREMIERE MONARCHIE SOCIALISTE a monde. ? ? ? ? ?

churchill  a écrit le 15/07/2013 à 19:28 :

ce qu'il y a de drole c'est que la france aussi veut remplacer la mesure du pib par un indicateur foutaise, pour que les gens ne voient pas ce qui se passe... mais c'est loin d'etre evident que le francais attende 40 ans pour manifester (!!) son mecontentement :-)))

hébété  a écrit le 15/07/2013 à 17:05 :

En se rapprochant de Pékin, le bonheur leur est assuré, le Tibet en fait l'expérience. Ils auront peut-être droit, aussi, à un TGV direct de Chine, rempli de gentils Huans ...?

Onmyr2  a répondu le 16/07/2013 à 2:01:

Laissez les bhoutanais décider seuls s'ils veulent ou pas se rapprocher de la chine. Les indiens semblent vouloir leur priver de ce droit.

vercaud  a écrit le 15/07/2013 à 15:00 :

Il leur reste à tester le socialisme, on pourrait leur envoyer des experts................

churchill  a répondu le 15/07/2013 à 19:30:

la france devrait exporter ses experts enarques socialistes en chine; 1 ca releverait la balance 2 ca rendrait la chine bcp moins competitive ( j'aurais bien propose d'y exporter aussi les syndicalistes ' a la francaise', mais en chine, l'armee n'est pas d'accord...)

ivanleterrib  a répondu le 16/07/2013 à 13:35:

Je suis sûr que les Chinois, le peuple chinois j'entends, ne seraient pas contre une dose de syndicalisme (on voit que les manifestations sociales se développent... et son réglées par des hausses de salaire) et le renouvelllement de l'élite pourrie qui les gouverne... Mais évidemment, cet aspect du problème vous échappe.

ivanleterrib  a écrit le 15/07/2013 à 14:35 :

Entre le BNB et le PNB, il doit exister des indicateurs mesurant la qualité de l'environnement social et environnemental. Faut-il rappeler qu'en Allemagne, le taux de pauvreté des chômeurs a beaucoup augmenté : de 30 à 56 % entre 1998 et 2010 (contre 32% pour la France) ? 5 millions de personnes travaillent avec moins de 400 euros par mois et un emploi sur trois n'est ni à plein temps ni à durée indéterminée. Bref, précarité généralisée et pauvreté.

YvonLeMou  a répondu le 16/07/2013 à 8:30:

Entre BNB et PNB, il auront maintenant un indicateur de mesure proche du BNP...