Thomas Piketty, une star américaine

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Thomas Piketty, bientôt 43 ans, est professeur à l'École d'économie de Paris. Il est également directeur d'études à l'EHESS. (Photo : Reuters)
Thomas Piketty, bientôt 43 ans, est professeur à l'École d'économie de Paris. Il est également directeur d'études à l'EHESS. (Photo : Reuters) (Crédits : Reuters/Benoît Tessier)
Son dernier livre, le "Capital au XXIe siècle", vient d'être publié aux Etats-Unis, où il remporte un franc succès. La Maison blanche elle-même a reçu l'économiste français, qui est actuellement en tournée outre-Atlantique.

En France, ses 950 pages d'analyse économique ont été accueillies avec intérêt par le grand public - il est bien parti pour franchir la barre des 50.000 exemplaires vendus, ce qui en fait un best-seller -, alors que ses propos ont rapidement été coincés dans le débat politique franco-français. Mais c'est aux États-Unis, que le dernier ouvrage de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, a conféré à son auteur la popularité d'une rock-star.

Traduit en anglais et lancé sur le marché américain début mars, six mois après sa publication en France fin août 2013, le livre, qui analyse l'évolution des inégalités pendant trois siècles dans une vingtaine de pays, s'est déjà hissé dans le Top 50 d'Amazon. La presse a même comparé son influence à celle d'un autre Kapital : celui de Karl Marx! Thomas Piketty, qui dans son étude s'appuie sur quinze ans de recherches et de vastes données historiques et comparatives, est devenu pour l'opinion publique rien de moins que "the inequality guru» ("le gourou des inégalités").

Encensé par la presse

Tous les titres les plus influents de la presse américaine participent à ce roulement de tambours.

Sur les colonnes du New York Times, Paul Krugman lui-même se dit "bluffé" par l' "importante" et "belle" analyse de Piketty : il confesse même en être "jaloux". Dans un autre article, le quotidien new-yorkais, qui a inséré le livre dans sa liste convoitée de best-sellers, souligne que l'œuvre "se veut un retour au genre d'histoires de l'économie et d'analyses d'économie politique écrites par des anciens tels Marx et Adam Smith".

Selon The New Yorker, même si "une partie du livre pourrait ne pas résister au test du temps", Piketty joue pleinement le rôle que se doit de tenir un intellectuel : "questionner les dogmes généralement acceptés, concevoir de nouvelles méthodes d'analyse et élargir les termes du débat public". "Quiconque s'intéresse aux enjeux déterminants de notre époque ne peut se permettre de l'ignorer", conclut le célèbre magazine.

Pour The Economist, même "la qualité des critiques qu'il a attirées donne la mesure de la force de ses arguments", alors que Quartz s'enorgueillit d'avoir réussi, malgré les nombreux rendez-vous de l'auteur, à l'interviewer.

Consacré par la CNN

Les 41.000 exemplaires vendus du Capital in the Twenty-First Century ont même valu à Thomas Piketty une apparition sur CNN. Un tel score est en effet assez inédit pour un ouvrage traitant d'économie qui, dans sa version anglaise, fait 700 pages.

N'empêche : le livre est épuisé sur Amazon et 25.000 nouvelles copies sont en cours d'impression. Pour sa maison d'édition, la Harvard University Press, c'est le  premier best-seller en 101 ans d'histoire, souligne CNN.

Conférencier d'honneur avec deux Nobel

Le monde de l'économie américain s'arrache donc le chercheur français, actuellement en tournée aux Etats-Unis. La semaine dernière, Thomas Piketty (qui a enseigné entre 1993 et 1995 au Massachusetts Institute of Technology) a notamment donné une conférence à la City University of New York, accompagné des prix Nobel d'économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz. L'intervention à cette occasion de Paul Krugman peut déjà être visionnée sur Youtube.

A Washington, Piketty a également participé à une conférence en compagnie d'un autre prix Nobel, Robert Solow, alors qu'à Harvard il est intervenu à la Kennedy School of Government.

Reçu à La Maison Blanche

Le thème des inégalités tenant particulièrement à cœur aux démocrates, l'économiste a même rencontré la semaine dernière le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, à la demande de ce dernier, ainsi que le Council of economic advisers de la Maison Blanche, qui réunit les conseillers économiques de Barack Obama. Il a également été reçu par le FMI, les Nations unies et le Council on Foreign Relations.

Quelques critiques, minoritaires, ont toutefois été exprimées outre-Atlantique. Selon The Wall Street Journal notamment, le livre "est moins une œuvre d'analyse économique qu'une étrange dissertation idéologique". Outre Le Père Goriot et Raison et sentiments, qu'il prend en exemple de ses théories, Thomas Piketty devrait lire La ferme des animaux et Le zéro et l'infini, suggère le quotidien économique américain.

 

 

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Commentaires
a écrit le 17/01/2015 à 16:15 :
si les medias americain l'ont consacré c'est qu'il ne doit pas être bien dangereux, il ne casse pas trois patte à un canard
franchement, le nouveau karl marx encensé aux z'tats unis, au pays du marxcartisme, laissez moi rire
a écrit le 03/09/2014 à 9:53 :
25 000 novelles copies ! Non. 25 000 nouveaux exemplaires.
a écrit le 23/04/2014 à 11:19 :
Un grand visionnaire cet économiste ! Rappelez-vous son manifeste d'avant les élections de 2012: d'après lui le programme économique de François Hollande était le seul convenable pour le pays !!
a écrit le 22/04/2014 à 21:06 :
Ce qui serait interessant c'est de developer pourquoi il est celebre. Qd a l'article de WSJ franchement avant queceM. inquiete Piketty ... Voir aussi l'article plutot elogieux du redac en chef du FT, un gauchiste notoire pour repondre a rblade.
a écrit le 22/04/2014 à 19:35 :
Ca, c'est sur qu'il plait au gratin d'économistes et politiques américains qui rêvent de transposer le modèle français qui fonctionne si bien aux USA…
#zozos
a écrit le 22/04/2014 à 19:28 :
Les gauchistes parlent aux gauchistes : et si on supprimait la réalité ...
Réponse de le 22/04/2014 à 21:53 :
Les philosophes et autres sociologues nous prouvent tous les jours que la réalité n'existe pas et qu'il suffit d'autopersuasion pour se convaincre de tout et son contraire...

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