Les Etats-Unis vont-ils recommencer à exporter du pétrole ?

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L'exploitation des gisements de schiste a permis aux États-Unis de décupler leur production, ce qui les amène à se questionner sur l'interdiction d'exporter du brut qu'ils s'étaient imposée lors des chocs pétroliers des années 1970.
L'exploitation des gisements de schiste a permis aux États-Unis de décupler leur production, ce qui les amène à se questionner sur l'interdiction d'exporter du brut qu'ils s'étaient imposée lors des chocs pétroliers des années 1970. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Les pressions se multiplient sur le gouvernement américain pour lever l'interdiction d'exporter du pétrole. Une mesure qui pourrait se révéler bénéfique économiquement mais qui divise encore les industriels et l'opinion publique.

Les États-Unis vont-ils concurrencer l'OPEP? C'est en tout cas ce que souhaitent une bonne dizaine de compagnies pétrolières américaines - dont Marathon Oil corp., ConocoPhillips, Hess Corp., Continental Resources Inc. et Pioneer Natural Resources - qui se sont regroupées pour mener une action de lobbying auprès des autorités américaines pour qu'elles lèvent l'interdiction du pays d'exporter du pétrole. Elles souhaitent ainsi pouvoir diversifier leur clientèle et conquérir de nouvelles parts de marché.

Interrogé récemment par Reuters, Joe Barton, élu républicain du congrès venant d'une région du Texas où sont implantés des producteurs de pétrole, a déclaré :

"La révolution du schiste a changé le paysage énergétique de notre pays. Il est temps de changer nos lois pour nous adapter à cette nouvelle réalité. Je suis en faveur de lever l'interdiction d'exportation du pétrole brut".

En effet, depuis l'exploitation des gisements de schiste au début des années 2000, la production de pétrole a décuplé outre-Atlantique, faisant des États-Unis à l'heure actuelle le premier producteur de pétrole du monde, devant l'Arabie Saoudite et la Russie.

Des pressions externes

Les producteurs de pétrole américains ne seraient pas les seuls avantagés par une politique exportatrice des États-Unis. La Corée du Sud par exemple, qui dépend à 97% des importations pour sa consommation en énergie, souhaite diversifier ses fournisseurs. Elle subit la pression conjuguée des Européens et des Américains pour limiter ses importations en provenance d'Iran, qui depuis 2012 subit des sanctions occidentales.

La présidente sud-coréenne Park Geun-hye a déclaré à une délégation du congrès américain en visite à Séoul le 11 août que profiter des abondantes ressources du Texas ou du Dakota en pétrole brut léger doux était pour elle une priorité.

Le Mexique, avide d'énergie et dont les ressources propres s'épuisent, tente également d'obtenir des accords avec Washington pour des importations de pétrole. Enfin, les Européens, qui souhaitent limiter leur dépendance aux importations de gaz russe, font pression pour intégrer la question des importations de pétrole et de gaz américains dans le traité transatlantique (TTIP) en cours de négociation.

Une chance pour l'économie américaine?

L'interdiction d'exporter du pétrole avait été décidée dans les années 70 dans le contexte des chocs pétroliers pour s'assurer que les États-Unis ne viennent pas à manquer d'énergie. Mais la donne a changé depuis l'apparition des techniques de fractionnement hydraulique et leur utilisation massive dans les gisement de schiste du Mississippi, du Colorado ou encore du Wyoming et de l'Utah. Cette nouvelle source d'énergie a permis aux Etats-Unis de ramener la part du pétrole importé à 33% du pétrole total utilisé pour la production d'énergie domestique et a en outre participé à la relance de l'économie américaine.
Lee Warren, porte-parole de la compagnie Marathon Oil, souhaite que cette logique se poursuive avec l'ouverture sur les marchés extérieurs (citée par Reuters):

"[Permettre l'exportation du pétrole] va encourager des investissements supplémentaires dans l'exploration et la production de pétrole et de gaz naturel, créer plus d'emplois, améliorer la balance commerciale et créer d'autres avantages économiques pour notre pays".

Des implications géostratégiques

Pour Ben van Beurden, directeur général de Royal Dutch Shell, l'autorisation pour les États-Unis d'exporter du pétrole et du gaz naturel permettrait non seulement d'"assurer le futur de la production d'énergie nord-américaine" mais aussi "d'aider à rendre le marché global de l'énergie beaucoup plus stable". Cela permettrait en effet de limiter le pouvoir de nuisance des pays de l'OPEP et d'éviter des hausses de prix trop soudaines. Jusqu'à maintenant, les États-Unis envisageaient parfois de débloquer leurs réserves stratégiques pour limiter la hausse des prix, ce qui est plus complexe à mettre en place.

De façon générale, Washington disposerait ainsi d'une arme significative pour  contrebalancer l'influence des pays qui utilisent leurs ressources pétrolières à des fins diplomatiques, à l'image du Venezuela, des pays du Golfe ou de l'Iran.

L'opposition des raffineurs

Le lobby pétrolier et énergétique en général est connu pour sa bonne organisation et sa capacité de pression sur les autorités aux Etats-Unis. Mais dans ce cas-là, les différents acteurs sont divisés. Alors que les entreprises d'extraction et de vente de pétrole brut auraient un intérêt certain à voir leur marché s'étendre au reste du monde, les raffineries ont peur de perdre au contraire des parts de marchés face à leurs concurrents étrangers.

En effet, selon l'EIA (US Energy Information Administration), les Etats-Unis ont exporté en mai plus de 4,1 millions de barils de pétrole par jour, dont deulement 288.000 de pétrole brut, le reste sous des formes raffinées, essence notamment. Si le pétrole brut est exporté directement, il pourrait être raffiné à l'étranger et non plus aux Etats-Unis. C'est pourquoi quatre grandes entreprises de raffinement de pétrole, dont Alon USA Energy  et PBF Energy ont formé le groupe Consumers and Refiners United for Domestic Energy (CRUDE) pour militer pour le maintien de l'interdiction d'exporter du pétrole brut.

Réticences démocrates et dans l'opinion

Un récent sondage réalisé par FTI Consulting a montré que 53% des électeurs américains étaient contre la levée de l'interdiction d'exporter du pétrole. La principale raison est la crainte, très répandue dans l'opinion et chez les élus démocrates, qu'une telle mesure provoque une hausse des prix de l'essence à la pompe. Pourtant, selon une étude d'IHS CERA, les exports américains de pétrole augmenteraient l'offre mondiale et feraient automatiquement baisser les prix du brut, ce qui aurait des répercussions directes sur le prix de l'essence. Mais personne ne veut prendre le risque d'une telle mesure au cas où les prix venaient tout de même à augmenter, ne fût-ce que pour d'autres raisons.

Il faut également noter l'opposition grandissante des écologistes à l'égard d'une levée de l'interdiction d'exporter car ils considèrent, que cela conduirait à augmenter la production et donc l'exploitation des gisements de schiste par fracturation hydraulique, procédé décrié pour ses conséquences incertaines sur l'environnement.

De timides ouvertures

Si la question de la levée de l'interdiction d'exporter du pétrole se pose, c'est bien parce que le gouvernement américain semble avancer, timidement, dans cette direction. Le Département du commerce a notamment autorisé deux compagnies pétrolières, Enterprise Product Partners et Pioneer Natural Ressources, à exporter des cargaisons d'un pétrole très léger vers la Corée du sud sous prétexte qu'il était légèrement raffiné et pouvait ne pas être considéré comme du pétrole brut. Cette décision, rendue publique en juin, a été largement relayée dans les médias outre-Atlantique et force l'administration Obama a clarifier sa position.

"En l'état actuel des choses, notre politique concernant les exportations de pétrole brut reste inchangée" a affirmé Penny Pritzker, le secrétaire d'Etat au commerce à l'agence Reuters. En effet, il semble peu probable que le cadre législatif soit radicalement changé à court terme. Lever l'interdition d'exporter du pétrole nécessiterait de trouver une majorité au Sénat. Ce qui est peu probable actuellement. Cependant il se pourrait que Barack Obama commence à autoriser certaines exportations au cas par cas tout en restant dans le cadre de la législation existante.

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a écrit le 16/10/2014 à 22:44 :
Yes, et à moins de 80 dollars le baril !! et toc. mdr
a écrit le 10/09/2014 à 8:38 :
le petrole et le gaz de schyste c'est pas rentable, ca va s'arreter tout seul....le dernier a avoir eu des regrets a 22 milliards, c'etait le pdg de shell
a écrit le 09/09/2014 à 18:37 :
Non mais que d'enormites dans cet article !!!
Selon le rapport de BP sur la production mondiale de petrole, les USA ont produit en 2013 10003 milliers de barils par jours (+13.5% / 2012, 7362 mbp en 2003) et ont consommé 18 887 mbp en 2013 (+2% / 2012) donc si le taux de couverture de la consommation nationale s'ameliore, la balance reste importatrice.
La production national n'a donc pas 'decuple', les petroles de roche-mere en developpement ont remplace les champs classique en declin (Alsaka, texas, golfe du Mexique), et permis d'augmenter la production nationale.
De plus tous les experts s'occrdent pour situer a 2015-16 le debut de ralentissement de hausse de production, 2016-17 le debut du plateau de production des PdS et 2019-20 le debut du declin de la production des puits de PdS.
Or les autres champs sont deja en fort declin, la production nationale recommencera a decliner des que les PdS ne pourront plus compenser ce declin. Les USA feraient donc bien de garder ce petrole pour eux.
Il faut comprendre cela comme un message envers Poutine. Les multinationales poussent elles a l'exportation pour vendre surement plus cher leur huile.
Réponse de le 09/09/2014 à 19:22 :
Merci pour votre contribution, il est quand même hallucinant d'écrire qu'un pays peux ou veux exporter du pétrole quand il est pas auto-suffisant !!
" Cette nouvelle source d'énergie a permis aux Etats-Unis de ramener la part du pétrole importé à 33% du pétrole total utilisé"
a écrit le 09/09/2014 à 12:09 :
Les USA premiers producteurs de pétrole? C'est vrai ce mensonge?
Réponse de le 09/09/2014 à 13:11 :
@Hhhh
Ça dépend.
Pour la production de pétrole brut, ils ne sont que troisième producteur mondial.
Par contre, si on compte TOUS les hydrocarbures liquides, c'est vrai.

L'article contient une énormité: la production US n'a pas décuplé depuis le début des années 2000. Quelques dizaines de % en plus, et c'est déjà énorme.
Réponse de le 09/09/2014 à 19:47 :
je bos dans le petrol comme ingénieur aux état unis
cette article dit vrais , alors arrêter de dire des conneries
Réponse de le 10/09/2014 à 8:24 :
@stop si monsieur l'ingénieur qui 'bos' dit que c'est 'vrais', alors c'est sùr il faut le croire. perso je prefere @steph ou autres commentaires qu'un 'ouaich gros je bos dc ty connai rien, jchui ingenieur moi'.
Réponse de le 10/09/2014 à 9:21 :
Et quel école d'ingénieur délivré un diplôme à ceux qui font près d'une faute par mot?
a écrit le 09/09/2014 à 12:06 :
Le pétrole de schistes américain est un mirage. Ce mirage sert leurs intérêts dans les négociations pour le Traité Transatlantique et pour affaiblir la Russie. Il ne faut pas signer ce Traité qui sanctuarisera les US et le dollar par une position centrale des zones Atlantique et Pacifique. Il faut contenir les américains: US GO HOME.
a écrit le 09/09/2014 à 11:30 :
Voilà la vraie cause du rififi avec la Russie, les USA veulent couper l'approvisionnement de pétrole russe à l'Europe pour nous vendre leur pétrole ! et ainsi créer une dépendance de plus pour les Européens.
Réponse de le 09/09/2014 à 13:41 :
Mais l extraction du pétrole de chiste est antérieur au conflit ukrainien
Réponse de le 09/09/2014 à 15:54 :
Justement, c'est la découverte des huiles et gaz de schiste qui motive la recherche de nouveaux marchés captifs...
Réponse de le 09/09/2014 à 19:16 :
J'allais vous répondre, Guilinou, mais quelqu'un l'avait dument fait avant moi.
Réponse de le 09/09/2014 à 19:24 :
Les US ne sont pas auto-suffisant, pourquoi exporter puisqu'il faudra réimporter la même quantité sortie ?!?
a écrit le 09/09/2014 à 9:36 :
Pour rappel, les USA sont toujours importateurs nets de pétrole brut : 7 millions de barils par jour.

De plus, l'Agence Américaine de l'Energie vient de revoir en baisse de 65% les réserves de pétrole de schiste. Ces réserves représentent moins de 2 ans de consommation de pétrole aux USA.
Réponse de le 09/09/2014 à 10:35 :
Effectivement, tout ceci est étrange: on n'exporte pas quand on est déficitaire.
Mais il y a la géopolitique.

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