La politique extérieure de l'UE en Chine en mal de cohérence

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Face à la puissance chinoise, l'UE peine à dégager une stratégie commune, démontre une étude menée par le centre de recherche European council on foreign relation (ECFR).

"L?Union européenne n?a pas d?unité d?action sur la Chine". François Godement, chercheur à l'"European council on foreign relations", co-signe une étude sur les relations UE-Chine dans laquelle il dresse un constat sans appel. Présenté à l?occasion d?un débat au Sénat mardi 7 juillet, l'étude (*) dépeint l?UE comme un "ensemble post-moderne" à la stratégie brouillonne. Incapable de parler d?une seule voix, elle a moins l?envergure d?un acteur politique que celle d?un grand marché aux yeux de son partenaire chinois.

Les Etats membres ne laissent guère de marge de man?uvre à Bruxelles tant ils sont tiraillés par des "divisions philosophiques", estime François Godement. Si l?on en croit l?analyse des auteurs de l?étude, les postures nationales peuvent être classées en quatre catégories d?acteurs.

Les "libre-échangistes" tout d?abord, qui rassemblent les pays d?Europe du Nord et la Grande-Bretagne. Leur stratégie repose avant tout sur la réciprocité des échanges commerciaux avec la Chine, dont les produits entrent librement sur leur territoire. Ils n?hésitent pas en revanche à user de leur "capacité critique" à l?égard de Pékin, sur la question des droits de l?homme ou du climat notamment.

Une liberté de ton que n?ont pas les Etats du sud. Qualifiés de "mercantilistes accommodants", ils ont une propension à protéger leurs économies par le biais de mesures anti-dumping; mais en retour, ils se gardent de condamner politiquement le régime chinois. "On aurait pu classer la France dans ce groupe jusqu?à il y a peu", ironise François Godement. L?ère Chirac se caractérisait en effet par un statut-quo diplomatique en échange de l?ouverture du marché chinois aux entreprises françaises. Mais l?affaire du Tibet et la rencontre du dalaï-lama par Nicolas Sarkozy ont froissé les relations avec Pékin, entraînant même l?annulation du sommet UE-Chine en décembre 2008 (EurActiv.com 29/11/08).

Autre groupe de pays se limitant à l?Allemagne, la République Tchèque et la Pologne: les "industrialistes assertifs". Ils sont disposés à critiquer Pékin ouvertement, tout en adoptant des mesures de protection de certains secteurs industriels lorsque l?asymétrie des échanges économiques avec la Chine l?impose. Pour les auteurs de l?étude, cette trajectoire pourrait être suivie par Bruxelles pour dessiner "une politique plus cohérente et plus réaliste" à l?égard de la Chine. L?expérience montre par ailleurs que ces Etats n?ont pas été mis au ban par Pékin. La valeur des exportations allemandes en Chine s?élève à 29 milliards d?euros, soit trois fois plus qu?en France.

Sans poids diplomatique réel ni relations économiques très développées avec la Chine, la dernière catégorie de pays appartient aux "suivistes européens". On compte parmi eux l?Autriche, les Etats baltes, l?Irlande, la Belgique et le Luxembourg. Leur tactique consiste à se retrancher derrière la Commission pour adopter la ligne d?action appropriée "lorsqu?ils sont malmenés", écrivent les auteurs. Bien qu?alignés sur Bruxelles, ces pays forment une sorte de ventre mou peu disposé à doter l?UE d?une politique forte à l?égard de la Chine.

Outre cette typologie européenne, l?ouvrage donne également une perspective historique des relations entre l?UE et la Chine depuis la signature du premier accord de coopération commerciale en 1985, et replace le débat dans le contexte plus récent du défi climatique ou de la présence chinoise en Afrique.

 

(*) "A power audit of EU-China relations", John Fox et François Godement, European council on foreign relations, 2009, 106 pages.


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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Où est-elle "la réciprocité des échanges", quand la Chine crée des barrières à l'entrée des produits Européens, octroie des subsides qui sont de faux "comparative advantages" et n'applique pas les mêmes règles sociaux, environnementales, etc que les Européens? "User de leur "capacité critique" à l?égard de Pékin, sur la question des droits de l?homme ou du climat" et au même temps être, de plus en plus, dépendant des importations des produits faits par des enfants en des conditions déplorable et misérable, n'est-il pas une incohérence?

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