Pourquoi la BCE ne prête pas aux États aux mêmes taux qu'aux banques...

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Berlin et la Bundesbank s'opposent à toute solution qui favorise le « laxisme des États européens ».

Rigueur et récession, voilà le menu pour 2012. Contraints de réduire de manière drastique leurs dépenses publiques, les pays membres de la zone euro sont piégés par la hausse de leurs coûts de financement sur les marchés. Le 17 novembre, le spread France-Allemagne a atteint son plus haut niveau depuis la création de la monnaie unique et demeure tendu à 140 points de base. Le spread italien à 10 ans a atteint quant à lui un pic depuis 1997. Conséquence, la situation devient de plus en plus intenable, l'effet boule de neige sur les déficits et la dette étant inévitable, faute de croissance.

La création des eurobonds, « indispensables » selon Jacques Delors, devait permettre de rassurer les marchés. Mais l'Allemagne et les pays du nord de l'Europe se sont dressés contre toute mutualisation des dettes consistant à payer pour des États « non vertueux ».

Dans une tribune publiée dans les colonnes du « Monde » le 3 janvier (« Pourquoi faut-il que les États payent 600 fois plus que les banques ? »), Michel Rocard, ancien Premier ministre et président du directoire de Terra Nova et Pierre Larrouturou, économiste, ont proposé une alternative. Inspirés par l'exemple de la Fed, qui, au plus fort de la crise de 2008, avait sauvé le système bancaire américain en accordant des crédits à 0,01 %, ils proposent que dans le même esprit, la BCE prête à des établissements publics de crédit aux mêmes taux que ceux pratiqués pour les banques commerciales. C'est-à-dire 1 % aujourd'hui. Ces mêmes établissements publics pourraient ensuite prêter aux États aux mêmes taux et rendre supportables les coûts de refinancement des dettes anciennes. De quoi soulager un pays comme l'Italie qui dégage un excédent primaire mais qui se retrouve étranglé par ses coûts de refinancement supérieurs à 7 % aujourd'hui.

Du point de vue des traités, « il n'existe aucune barrière juridique à un prêt de la BCE à un établissement public de crédit », explique un fonctionnaire de la BCE. Libre à ces établissements de fixer leurs propres taux et de prêter aux États. Seule condition, ne pas pratiquer des taux moins élevés que ceux auxquels ils ont emprunté. Mais l'idée est rejetée d'emblée. « Il faut respecter l'esprit des traités », explique-t-on à Francfort, faisant écho aux propos tenus récemment par Mario Draghi. On préfère en appeler à la responsabilisation des États et on insiste sur les efforts qui doivent être accomplis. « L'austérité est douloureuse, mais elle est la seule solution viable sur le long terme », ajoute le membre de l'institution qui cite l'Allemagne en exemple.

L'idée de Michel Rocard et de Pierre Larrouturou, qui permettrait d'alléger le poids des frais financiers dans le budget des États en crise, n'a pourtant pas pour objectif de remettre en cause le modèle actuel de financement des États. Simplement d'en limiter les effets pervers. Mais cette solution se heurte à l'opposition de Berlin. La semaine dernière, Jens Weidman, gouverneur de la banque centrale d'Allemagne, a prévenu : « La Bundesbank va s'engager dans les mois et années à venir pour que les principes fondamentaux soient respectés ».

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Commentaires
a écrit le 13/03/2013 à 2:41 :
La BCE est sensé être indépendante.
Si Berlin et la Bundesbank s'opposent à toute solution qui éviterait un ?credit crunch? c'est parce-que ils perdraient ainsi un avantage par rapport aux autres pays, puisque l'Allemagne ne connaît pas ce problème pour le moment.
Il faut se rappeler et surtout rappeler à Berlin et à Weidmann qu'il y a 17 pays dans l'Union Monétaire et que la BCE est sensée agir dans leur intérêts.
a écrit le 06/02/2012 à 17:30 :
"Pourquoi la BCE ne prête pas aux États aux mêmes taux qu'aux banques"
C'est à cette question qu'il faut répondre et la réponse est simple, Les Bosch ne veulent pas!
Alors, les ritals qui ne sont pas con, on trouvé cette astuce pour essayer de sauver ce qui reste à sauver.
a écrit le 25/01/2012 à 11:31 :
cet article montre bien que les Etats partenaires de la zone euro ne se font aucune confiance .Ainsi, la messe est dite,et il est illusoire de penser que ces Etats trouveront une solution commune à la problématique de la monnaie unique .
Le mieux étant souvent l'ennemi du bien, abandonnons cette monnaie unique et les règles rigides qui régissent l'action (ubuesque) de la BCE .Il est temps de reprendre notre autonomie financière et balayer les recommandations intéressées des instituts Montaigne et autres gourous de la même veine qui roulent pour l'oligarchie financière .La France est un pays puissant , riche de moyens techniques et humains de premier plan ;elle a la capacité à se transcender autour d'un projet collectif partagé par une majorité de français .Elle attend un pilote déterminé .
a écrit le 22/01/2012 à 20:11 :
Il faudrait que la BCE prête juste des sommes équivalentes à ce que peuvent rembourser les états en tenant compte de la croissance à long terme du pib de la zone euro soit 2%, le taux devrait être celui de l'inflation dans la zone euro.
a écrit le 22/01/2012 à 19:40 :
La BCE devrait prêter aux états au taux de l'inflation de la zone euro.
Ce n'est pas normal que les banques fassent des bénéfices de 4% voir plus sur des pays sains au niveau de la croissance à long terme alors que l'inflation dans la zone euro n'est que de 3% !
a écrit le 10/01/2012 à 0:33 :
Pour éclairer votre lanterne, allez consulter le bulletin mensuel de la BCE et notamment son bilan (déjà supérieur à 2500 Mds d'euros)...
a écrit le 09/01/2012 à 22:20 :
Pourtant la BCE est favorable aux solutions qui favorisent le "laxisme des banques" : pourquoi maintenir en survie artificielle toutes ces banques en faillite ? Pourquoi leur injecter à nouveau 500 milliards ? Pourquoi ne pas laisser faire la loi du marché et la "destruction créatrice" : laissons crever les banques les plus faibles, ou nationalisons les et restructurons les, plutôt que de subventionner des banques zombies, des puits sans fonds, stratégie foireuse qui a plombé le Japon pendant une bonne décennie !!!
Réponse de le 09/01/2012 à 22:46 :
+1

C'est d'ailleurs en gros ce que préconise Frédéric Lordon par exemple
a écrit le 09/01/2012 à 18:00 :
Je ne comprends pas pourquoi aujourd'hui la Fed finance l'état américain à des tx tres faibles et pas la BCE
la vrai question est*ce qu'il faut une Europe fédérale et donc une bce qui pretent aux Etats ou un plan de rigueur néfaste pour toute l 'économie européenne ...
Réponse de le 09/01/2012 à 18:43 :
@ genini: d'accord pour la question de l'Europe fédérale, mais la question est aussi de savoir s'il faut continuer de gaver les Etats du sud avec de l'argent peu cher, sinon gratos...
a écrit le 09/01/2012 à 17:07 :
Il est inadmissible que l'un des responsables d'un état membre mette en péril le sauvetage de l'économie d'autres pays membres et de leurs habitants. De quel droit Jans Weidman s'arroge t-il cette prérogative et n'existe--il aucune autorité politique capable de lui imposer de cesser son attitude arrogante ?
Ou est la Démocratie ?
a écrit le 09/01/2012 à 16:46 :
Il faut comprendre qu'on ne resoud des problèmes structurels avec des moyens monétaires.
La solution rocardienne "il n'y a qu'à..." méconnaît que les Etats du sud continueraient à s'endetter à tout va, s'ils ne doivent pas payer le taux sur leurs obligations qui correspond à leur risque. On arriverait à une situation à la Grèce en Italie, Espagne, Portugal, France (?). Déjà l'achat des obligations par la BCE est un lourd tribut qui coûte une fortune à la communauté Euro. Que l'on prenne ses responsabilités, aussi dans les Etats du sud.
Réponse de le 22/01/2012 à 19:47 :
Le problème structurel c'est les banques qui prêtent au états à des taux exhorbitants depuis 40 ans alors que les états en grandes majorités sont solvables à long terme car ils lèvent un impôts obligatoire sur leurs populations.
C'est pour les banques une rente très juteuse sans risque alors que les états pourraient payer 1% d'intérêt voir un intérêts lié au potentiel de croissance ou d'inflation au lieu de 7% voir plus !
a écrit le 09/01/2012 à 10:32 :
Tous ces hommes politiques et économistes affidés qui nous ont :"mis dans le mur" n'ont aucune logique. La BCE ne peut prêter qu'à une entité responsable qui équilibre ses comptes ( c'est à dire qui ne tolère pas de déséquilibre entre ses recettes et ses dépenses). C'est le cas pour les banques (sauf dépréciation non anticipée de leurs actifs). En revanche, les Etats et les organismes para-étatiques sont devenus totalement irresponsables au niveau de leurs équilibres comptables DONC la BCE ne peut leur prêter qu'à la marge pour empêcher un crack systémique et avec beaucoup de précautions....
Réponse de le 09/01/2012 à 18:04 :
Donc faut laisser les banques , les dirigeants de celles ci les traders continuer à s'enrichir sur le dos des peuples!!!!
Réponse de le 13/05/2012 à 18:09 :
Merci pour cette réponse claire. Donc pour résumer, si les états veulent emprunter à des taux "sympa" à la BCE, comme peuvent le faire les banques, ils doivent avant tout intégrer de la rigueur budgétaire. Ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui donc ils payent chers.
a écrit le 09/01/2012 à 9:52 :
C'est évidemment la seule solution qui soit à la mesure du problème !
Il faut que la BCE prête aux états, par l'intermédiaire d'établissements publics de crédit pour respecter le cadre juridique actuel, au même taux qu'elle prête aux banques au moins pour le financement de la dette historique.
Comme la Fed l'a fait en son temps et que cela plaise ou non aux banques et à l?émissaire de Goldmann Sachs, l'Allemagne doit pouvoir comprendre cela.
Réponse de le 09/01/2012 à 17:57 :
Je n'ai pas l'impression que ce soit suffisant. Les gouvernements irresponsables continuent a flamber leurs euros a tout va ( avions présidentiels, subventions pour les amis du parti, etc. ) et passe la note au petit peuple; la note va être plus salée mais ce sont les gens sans importance de toute manière!

Il faudrait un organisme complètement indépendant du gouvernement qui ait le pouvoir de tout vérifier et bloquer les dépenses farfelues!
a écrit le 09/01/2012 à 9:48 :
La fourmi n'est pas préteuse !
Réponse de le 09/01/2012 à 13:09 :
Elle est d'autant moins prêteuse qu'on la force à renoncer à la moitié de ce qu'elle a prêté (Grèce)...
a écrit le 09/01/2012 à 9:45 :
Les arguments allemands sont irrecevables, ce n'est pas en obligeant les pays endettés à emprunter à taux fort que cela va améliorer leur situation et celle de l'Europe. En réalité, cela ne fait que le jeu de la finance et des banques. Une logique purement libérale qui conduit à l'affaiblissement de l'Europe, mais aussi de l'Allemagne qui exporte essentiellemnt vers l'Europe. L'Allemagne cherche à tirer son épingle du jeu et à imposer ses vues, il se pourrait bien qu'elle y perde aussi beaucoupe de plumes à moyen terme.
Réponse de le 10/01/2012 à 8:52 :
BRAVO!
Réponse de le 12/03/2013 à 17:22 :
Si les mafieux napolitains n'arrivent mème plus à s'acheter des BMW rouges, l'Allemagne est fichue
a écrit le 09/01/2012 à 9:24 :
Que ^la BCE prête aux ets financiers prêtent à leur tour aux états souverains......après avoir été échaudées par leurs encours sur la Grèce et l'obligation qui leur a été faite de provisionner ces encours, je doute que certaines banques y regardent à deux fois avant de prêter de l'argent à des états dont les encours de dettes et les notations sont très dégradées.....
a écrit le 09/01/2012 à 8:54 :
Comme d'habitude, aucun argument sérieux contre les prêts de la BCE aux états.
"L'allemagne ne veux pas" . Sous entendu que les états ne rembourseraient pas leurs prêts, ce qui équivaudrait à de la création monétaire ...Et donc que cela génèrerait de l'inflation. On noublie, ou fait semblant d'oublier que la BCE n'est plus une banque sous l'administration d'un état, et qu'elle a les moyens de se faire rembourser. Décidémet, personne ne dira que l'état de chose actuel , et l'article 123 du traité de Lisbonne, c'est la poule aux oeufs d'or pour les banques.
Réponse de le 09/01/2012 à 18:40 :
Tout à fait d'accord. L'article 123 du traité de Lisbonne est dans la continuité de ce qu'a connu la France avec la loi de 1973. D'ailleurs, si on regarde l'historique de l'endettement de la France, c'est à partir de cette année que la dette a commencé à exploser.
a écrit le 09/01/2012 à 8:50 :
La position allemande peut se comprendre. Aprés tout, si les pays équilibrent leur budget, ils n'auront pas besoin d'emprunter et le probléme sera reglé. Les pays nordiques plus habitués á la rigueur ne font pas confiance aux pays latins (qui comme par hasard sont les plus touchés) et vont donc les forcer á la rigueur.
Réponse de le 10/01/2012 à 8:49 :
pas d'accord avec votre fiat justitia pereat mundus!
a écrit le 09/01/2012 à 8:10 :
C'est normal que cette proposition soit rejetée par DRAGHI c'est un ancien de Goldmann Sachs et puis ces prédateurs n'auraient plus les bénéfices spéculatifs en particulier sur les CDS.
Pour éviter les intérêts cumulatifs il faudrait que nous ayons une croissance supérieure aux Tx d'intérêts auxquels emprunte les Etats.
Supprimons l'article 123 du traté de Lisbonne et la BCE pourra prêter directement aux Etats
a écrit le 09/01/2012 à 7:46 :
Pourquoi ne faut-il pas prêter aux Etats ? Le recours aux dettes est démocratiquement irresponsable, voire contraire à la démocratie, puisque les dépenses ainsi financées ne sont pas immédiatement répercutées sur les votants, entretenant l'illusion que les dépenses publiques sont "gratuites". Au-delà, si une dette publique semble nécessaire, cela signifie que l'hypothétique investissement qu'elle finance aurait dû être confié au secteur privé. C'est en effet le rôle des entreprises capitalistes de regrouper des capitaux pour financer les investissements nécessaires à la collectivité. Mais surtout, sachant que l'Etat ne crée aucune richesse nette, les dettes publiques se transforment nécessairement en impôts supplémentaires au moment de leur remboursement : toutes les dettes publiques sont des impôts différés. Si les banques centrales monétisent directement les dettes des Etats, elles impriment de la monnaie supplémentaire, ce qui constitue un impôt sur chaque salarié dont la valeur des revenus est réduit du montant de la dette monétisée. Plus injuste encore, la perte de pouvoir d'achat touche uniquement les salariés du privé. En effet, puisqu'ils gagnent leurs salaires grâce à l'opération de monétisation, les salariés du public ne sont pas concernés par la perte de pouvoir d'achat. La monétisation est donc un impôt levé contre les salariés du privé, au bénéfice exclusif des salariés du public.
Réponse de le 09/01/2012 à 8:35 :
ok ,mais le système actuel a-t-il empeché l'etat de se surendetter?non.donc double punition
Réponse de le 09/01/2012 à 10:16 :
La crise actuelle est salvatrice et va avoir pour conséquence d'empêcher les Etats de s'endetter plus, ce qui est sain. Il fallait, semble-t-il, atteindre un certain seuil de douleur pour que le corps entier réagisse enfin. Après plusieurs décennies d'intoxication à la drogue collectiviste, nous y sommes. Reste à lutter fermement contre les phénomènes résiduels de dépendance.
Réponse de le 09/01/2012 à 10:30 :
un peu de sérieux:de combien va etre le déficit du budget cette année?on parie qu'il sera supérieur a celui de 2011 avec la récession?a partir du moment ou aucun candidat ne prone la baisse des dépenses,nous sommes encore plus condamnés.l
Réponse de le 09/01/2012 à 16:32 :
Alors, le pays fera défaut en 2013 ou 2014, ce qui l'empêchera de facto de s'endetter plus, étant exclu des marchés pour 25 ou 30 ans. Mais ne soyez pas naïf, n'écoutez pas les promesses des candidats, elles n'engagent que ceux qui les écoutent. Tous seront contraints par la réalité des marchés, la fête des cigales est finie. Il n'y a plus d'alternative à la baisse massive des dépenses publiques. TINA !
Réponse de le 08/06/2012 à 14:28 :
Tout a fait d'accord car on emprunte pour payer des frais d'Etat et pas pour creer des richesses car apres on ne pourra pas dire "je refuse de payer la dette".L'Allemagne y arrive et les pays du Nord aussi et regardez aussi les pays de l'Est.Le Smic par exemple , la plupart des pays de toute L'Europe sont en dessous de 1000 euros .Il ne faut pas se laisser diriger par des partis qui ne pensent qu'aux elections.Et avec la crise mondiale depuis 2008 les investisseurs en general ont deja perdus des fortunes et ils se mefient maintenant. Alors si on leur envoi de mauvais signaux il faudra pas s'etonner. N'oublions pas que ce sont les futures generations deja presentes qui paient

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