Quand les "hedge funds" jouent contre le sauvetage de la Grèce

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L'accord sur la Grèce au sommet du 27 octobre ne pouvait aboutir que si les créanciers privés jouaient le jeu. Or, voilà que des petits "hedge funds" opportunistes, et quelques gros investisseurs américains, se sont engouffrés dans le désordre ambiant pour mettre en œuvre une habile stratégie.

« Quand les titres s'échangeaient à 40 % de leur valeur, ils ont acheté des titres à échéances très courtes, remboursables en 2012, explique Olivier Kintgen, associé du fonds de fonds Eraam. Dans le même temps, ils se sont couverts en achetant des assurances contre le risque de défaut, des CDS sur les titres souverains grecs. » S'ils sont ainsi devenus des créanciers privés de la Grèce, cela ne signifie pas pour autant qu'ils entendent apporter leurs titres à l'échange comme le prévoit l'accord. Car ils font le pari suivant : soit la Grèce obtient des liquidités lors de l'échange avec les créanciers privés, sur la base de l'accord qui permettra d'éviter le défaut, et elle sera en mesure de rembourser au pair toutes ses obligations à échéance 2012. Auquel cas, sans apporter leurs titres à l'échange, les hedge doubleraient leur mise, en un temps très court. C'est pour eux la meilleure option. Si l'accord ne se conclut pas avec les banques, ou se fait avec une décote telle - de plus de 50 % - que le défaut sera constaté par l'Isda, alors les fonds spéculatifs exerceront les CDS, et en principe toucheront l'assurance. Dans ce cas aussi, ils seront gagnants, même s'ils perdent sur les titres. Scandaleux ? Il n'y a rien là que de très légal à tout cela. Immoral ? Peut-être, car ils ne sont devenus créanciers de la Grèce que pour profiter d'une situation de détresse. La situation grecque se distingue d'ailleurs de celle de l'Irlande, où, faute d'avoir pu se couvrir, certains hedge funds avaient fait de très grosses pertes. Pour autant, ce n'est pas une opération totalement sans risque. Primo, l'exercice des CDS sur des souverains en Europe constitue une première. Comment cela se passera-t-il ? Secundo, cela ne « marchera » que s'il n'y a pas de décalage de trésorerie. Pour les hedge, il faut soit que les banques apportent très vite leurs titres à l'échange, soit que le défaut soit effectivement constaté. Si l'entre-deux durait trop, l'issue pourrait être moins riante.

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Commentaires
a écrit le 18/02/2012 à 15:55 :
Plus fort que les accords contractuels, le cas de force majeur ; l'éventualité d'une chute en domino des émetteurs de CDS et par la suite du système financier en est un. Une mesure simple qui s'applique dans les cas de faillite probable : seuls sont concernés par le remboursement privilégié (ici au pair sur 2012 et 50% des autres échéances) les titres effectivement déjà détenus par les propriétaires actuels au moins 8 semaines avant un des évènements annonciateurs des défauts (précédent accord de prêt par la BCE ou voire plus tôt). Pendant ce temps, les contrats de CDS sont apportés par leurs émetteur à un organisme centralisateur avec paiement des primes effectivement reçues. Les CDS sont dénoncés par l'organisme qui répartit ensuite une indemnité entre les porteurs de CDS antérieurs à la date visées plus haut. Pour ceux qui ont voulu jouer aux plus malins en essayant de tirer profit légal et immoral d'une situation de détresse d'un pays et d'un peuple en s'engeant de fait dans un bras de fer avec le système, le système répond que les règles ne valent que pour les bons joueurs bona fide.
a écrit le 02/02/2012 à 8:38 :
Si la dette a 6 mois traite a 40% de sa valeur, le marche considere qu il va y avoir un defaut. Logiquement, le cout de la protection contre un tel evenement doit correspondre a peu pres au 60% manquant (en incluant les interets et la quantite remboursee en cas de defaut)... a moins que les "assurances", ici probablement des banques, ne soient devenues des entreprises caritatives faisant des cadeaux de Noel aux hedge funds?

Il serait bon qu un journal d informations economiques comprenne de quoi il parle et s abstienne de considerations morales qui le depassent. Peut etre la Tribune devrait blamer les hedge funds pour sa recente faillite? Ou bien est-ce lie a la qualite des articles?
a écrit le 16/01/2012 à 16:01 :
C'est aboninable, mais malheureusement... pas vraiment une surprise ! Le seul moyen de ne pas tomber sous le joug de ces gangsters en col blanc, c'est de tout gérer et tenter de prévoir en "bon père de famille". C'est tout à fait le contraire que font nos états, les consommateurs et autres spéculateurs qui leur confie leurs économies... Ils ont donc encore de beaux jours devant eux, surtout qu'ils ne risquent pas d'avoir à passer par les urnes...
Réponse de le 16/01/2012 à 22:07 :
Yes. Qui leur confie "nos" économies, j'ai envie de dire. On est tous dans la boucle. Le coté le plus abominable du capitalisme bandit.
a écrit le 16/01/2012 à 14:21 :
Et Fillon va en profiter pour nous supprimer la cinquième semaine de congés. La mauvaise droite revancharde est aux anges. Ils font notre malheur avec notre consentement passif.
a écrit le 16/01/2012 à 11:00 :
La finance mondiale a-t-elle intérêt au populisme européen ? Parce qu'au final, faut pas se leurrer, le peuple coupera les têtes quand il en aura marre ou que la pression sera trop forte. Et tout le monde y perdra. Donc ? Y-a-t-il encore un semblant d'intelligence dans le système ?
a écrit le 16/01/2012 à 11:00 :
l article semble suggerer qu ils vont gagner a tous les coups le jackpot sans prendre de risque:
- il y a un risque sur le remboursement au pair... le gouvernments grec peut rembourser au pair ou a 90% du pair ou 50% pair ... c'est au choix ... ou changer la maturite pour ajouter deux trois mois, ... on a tout vu recement.
- il y a un risque cote CDS... c'est la meme chose on a tout vu recement ... si la personne qui emet le CDS fait defaut et ne peut pas faire le cash settlement, c'est la perte seche... Si ISDA change a nouveau les regles comme ils l'ont deja fait et estime que 50% n est pas un defaut de payment mais un restructuration ... idem c'est une perte seche pour ce genre de position ...
- autrement si vous achetez un CDS alors que sous-jacent cote 40% du pair, cela veut dire que votre CDS est en general tres cher.. les primes cumules du CDS que vous allez payer tendent au gain potentiel c'est a dire au 60% du notional ... donc ce n est pas necessairement si rentable par rapport aux risque pris.
- le dernier point qui laisse pas mal de monde perplexe, est qu il y a plus de CDS emis que de titre cotes ... quand on exerce un CDS on doit livrer le titre du sous jacent, pour obtenir le cash settlement, c est a dire la valeur nominal a echance du pret en cash.. la personne qui recupere le titre va faire valoir ses droit pour essayer de recupere qql chose dans le processus de liquidatation ou de restructuration.... Donc si on a un defaut tout ceux qui ont des naked CDS (CDS sans sous jacent) en theorie vont vouloir acheter le sous jacent pour pouvoir exercer le CDS donc ca veut dire que les titres peuvent peutetre prendre de la valeur une fois qu il ont fait defauts...

Tous ca pour dire que c'est un peu du grand n importe quoi.


C'est comme racheter des fond de pension de personne qui on le sida ou le cancer avec une enorme decote pour qu ils puissent se payer leur soin medicaux, en esperant faire un gain car c'est gens on une probabilite de mourrir plus tot... Certain banques ou fonds ont essayer de faire noter ce genre de montage pour pouvoir les vendre sous forme de sicav ou autre produit ...
On a des problemes similair et des effets de biais moralement inacceptable aussi pour le carbone trading....

Personnellement je trouve assez pathetique de speculer sur le malheur des gens... et il y a effectivement un serieux probleme de moral ou ethique derriere tout cela.
C'est bien que la tribune se face le relais de ce genre d info.









Réponse de le 16/01/2012 à 12:58 :
Merci clair et précis!
Réponse de le 16/01/2012 à 14:53 :
+ 1 l'argent n'a pas (sois disant) d'odeur, mais là en l'occurence il pue.
a écrit le 16/01/2012 à 10:59 :
Chacun fait ce qu'il veut dans un système ouvert et démocratique, n'en déplaise à ceux à qui cela ne sied pas. Le marché est ouvert à tout le monde et pas seulement aux hedge funds opportunistes ou non. Pour les détracteurs, je conseille le choix entre trois couleurs (kaki, bleu, gris) et un seul col (Mao).
Réponse de le 16/01/2012 à 16:53 :
Tout à fait : mon boucher vient d'ailleurs de me signaler qu'il avait acquis récemment des CDS sur la dette souveraine Grecque : tout ceci est totalement transparent , c'est bien connu.
D'ailleurs, seule Christine Lagarde (Maoïste?) souhaite réformer le marché des CDS : mais pourquoi donc?
Réponse de le 18/01/2012 à 8:42 :
Je ne pense pas que nous soyons encore dans un système démocratique. Nous sommes sous la dictature des financiers et il faudra que ça change, avec le risque du retour des verts de gris ou des cols Mao.
a écrit le 16/01/2012 à 10:34 :
Un cout de CDS 6 mois sur la Grece coute plus cher que ce que rapporte un titre d'Etat Grec sur la meme maturité.
Les gains sans risques cela n'existe pas et arretez de parler d'"arbitrage".
Réponse de le 16/01/2012 à 11:07 :
car je crois que l'on est tout pres de l'event "default" pour les CDS ... les investisseurs prives ne veulent pas du haircut de plus de 50%.
Réponse de le 16/01/2012 à 19:24 :
Bien sur, je n'y crois pas : Vous allez voir quand ces CDS vont se déclencher en cascade ... croyez vous que tous ceux qui auront vendu ces assurances pourront honorer leurs engagements?...
a écrit le 16/01/2012 à 10:26 :
Il y a un décalage entre le titre et les propos d'Olivier Kintgen. Encore une fois le journaliste n'a rien compris.
Les hedge funds cherchent à gagner de l'argent en achetant de la dette grecque et en faisant le pari que le plan européen (le fameux PSI) fonctionne : seules les banques et les compagnies d'assurance payeront, pas les autres créanciers privés. En faisant cela : 1/ les HF aident la Gèce puisqu'ils font partie des rares investisseurs à acheter sa dette et 2/ ils n'espèrent pas un défaut au contraire.
a écrit le 16/01/2012 à 10:25 :
Ils ont bien raison, ils ne se sont pas "engouffrés dans le désordre ambiant" mais plutôt dans l'incompétence de nos dirigeants. C'est du gagnant-gagnant car, ce qu'oublie l'auteure de l'article, c'est que si on force ces créanciers à accepter une décote, qui deviendrait alors "involontaire", cela déclenchera un "credit event" ou même un "credit default". Ce qui est la cata que tous nos dirigeants incompétents redoutent le plus.

Mais tout ça n'est rien à côté de la France. Vendredi matin la France était une puissance, la seconde puissance de l'Eurozone. Depuis vendredi soir, la France est devenue un problème, LE GROS PROBLEME DE L'EUROPE. Et celui qui va prendre le pouvoir en Mai va sentir sa douleur. Et nous avec !
a écrit le 16/01/2012 à 10:13 :
Maastricht n'avez pas pévu ça?
a écrit le 16/01/2012 à 10:07 :
Oui ça s'appelle tout bonnement une opportunité d'arbitrage, qui résulte essentiellement d'un mauvais pricing des CDS sur le marché... La Grèce en elle-même ne va rien perdre ou gagner dans l'affaire, c'est plutôt le vendeur du CDS qui se fait tondre... En fait vu que ce trade est basé sur de l'achat de dette, il aurait même tendance à faire remonter les prix de la dette grecque de court terme, ce qui serait donc positif pour elle !

Il faut arrêter de diaboliser la "spéculation", ce genre de trade et d'activité de marché est un processus normal nécessaire à la découverte des prix... Le fait que la dette court terme ait une décôte de 40% reflète simplement le risque élevé et bien réel que représente la Grèce. Si vous n'y croyez pas, et bien qu'attendez-vous pour investir vos euros personnels dans la dette grecque ? Si vous ne le faites pas par crainte d'y laisser votre chemise, et bien vous ne faites rien d'autre que... de la spéculation, comme tout le monde !
Réponse de le 16/01/2012 à 10:29 :
Et la spéculation des hedge funds sur les matières premières en 2008-2009, entraînant la famine dans plusieurs pays, c'était une opportunité d'arbitrage?

Et la spéculation des hedge funds sur les subprimes, par la titrisation, c'était une opportunité d'arbitrage?

Je vous invite à interroger des gens qui vivent dans la "vraie vie" sur le sujet, et à vous interroger sur l'utilité des hedge funds pour la société.
A mon avis, soit ce système se réforme rapidement (6 mois), soit il se réformera, comme dans toute grande crise, dans la violence.
Bien à vous
Réponse de le 16/01/2012 à 21:22 :
Bruno, vous essayez d'expliquer à des bac moins 20 en finance, éco international, trading, certaines choses. Ils ne connaissent pas les effets positives de la spéculation dans l'economie et la finance, ils ne savent pas que leur Renault coute un prix fixe, car certain spéculateurs absorbent le risques pour Renault et le producteur, mais laissez, n'essayez pas de convaincre ces intellectuels qui au lieu de juger la nature humaine jugent certaines catégories de personnes ou il y a la même proportion de cons et de mauvais. Laissons les menacer le monde de révolutions, comme si ce sont les financiers du monde qui vont perdre. Le spread riches-pauvres va encore s?écarter mais il ne jugeront qu'avec leur yeux de révolutionnaire nouvelle technologie et tout confort acquis
Réponse de le 16/01/2012 à 22:05 :
@gthom: tout à fait d'accord !! apres tout, le jour ou ça ira mal, qu'est-ce qui nous empeche de descendre dans les banques, ou les agences de notation pour couper les tetes...
a écrit le 16/01/2012 à 9:32 :
Pourquoi le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne fait-il pas la même chose?
a écrit le 16/01/2012 à 9:23 :
Scandaleux
Ceux qui me lisent doivent se rappeller ma sempiternelle condamnation des dérivés divers y compris les "hedge funds" opportunistes
J' ai assisté à leur naissance en son temps en France avec déjà d'extrêmes réserves !
IL FAUT TAXER MONDIALEMENT A 50 POUR CENT TOUS CES PROFITS DOUTEUX
a écrit le 16/01/2012 à 6:46 :
Olympique ! Jeux ?
a écrit le 16/01/2012 à 6:15 :
und Angela Merkel ! Ce matin, la zone Euro est allemande !
Réponse de le 16/01/2012 à 11:19 :
elle l a toujours été...

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