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Crise européenne - 09/02/2012 | 14:12 - 653 mots

Quelle serait la facture d'une faillite grecque pour la France ?

Par Romaric Godin

Alors que les négociations autour de la restructuration de la dette grecque se poursuivent, la perspective d'un défaut du pays reste envisageable. La facture pour le contribuable français devrait tutoyer les 30 milliards d'euros.
Photo Reuters
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Les aides directes

La première ligne de la facture présentée à Paris serait d'abord l'abandon du prêt bilatéral accordé à l'issue du sommet de mai 2010. L'aide alors apportée à la Grèce était de 110 milliards d'euros. 73 milliards d'euros ont déjà été versés, dont 53 milliards d'euros par les pays de la zone euro. La France a participé à ces prêts à hauteur de sa participation dans la capital de la BCE (hors pays non membres de la zone euro), soit 20,38 %. Autrement dit, l'Etat français devrait renoncer au remboursement de 10,80 milliards d'euros. Mais la France est également concernée par les pertes que devrait encaisser le FMI sur les 20 milliards d'euros prêtés par l'institution de Washington à Athènes. Avec une participation de 4,85 % dans le FMI, Paris pourrait se voir demander 970 millions d'euros pour compenser les pertes.

Le renflouement de la BCE

Viendront ensuite les pertes encaissées par la BCE. La banque centrale ne communique pas sur l'origine géographique des quelques 282 milliards d'euros de « titres détenus à des fins de politique monétaire ». Mais le quotidien allemand Handelsblatt a évalué hier à 50 milliards d'euros (en valeur nominale) la montant des dettes grecques qu'elle a rachetées sur le marché secondaire. La valeur d'achat de ces titres ne serait cependant que de 38 milliards d'euros qu'il faudrait annuler du bilan de la banque en cas de défaut. A cela s'ajouterait cependant la valeur des collatéraux en dettes helléniques déposées par les banques auprès de la BCE, soit, toujours selon le Handelsblatt, 40 milliards d'euros. En cas de faillite complète, la BCE devra donc faire un trait sur 78 milliards d'euros et devra donc réaliser une augmentation de capital auprès de ses actionnaires, les banques centrales nationales. Si seuls les pays de la zone euro participent au renflouement, la Banque de France devra apporter au minimum 15,9 milliards d'euros.

500 millions d'euros pour la Banque de France

Au final, la facture minimale pour l'Etat français serait donc de 27,6 milliards d'euros, soit 1,38 % du PIB ou encore 424,61 euros par Français. Une partie du risque grec, celle liée aux prêts collatéraux, est déjà intégré aux calculs du déficit budgétaire français. Ce dernier ne serait donc alourdi qu'à hauteur du renflouement de la BCE et du FMI. Il existe cependant des risques de voir la facture s'alourdir encore : la Banque de Grèce ne pourrait en effet sans doute pas participer à l'augmentation de capital de la BCE. Ses 2,8 % du capital répartis entre pays de la zone euro devront donc être pris en charge par ses partenaires, soit une somme de 2,2 milliards d'euros à se partager, dans laquelle la Banque de France pourrait apporter près de 500 millions d'euros.

Les banques françaises exposées à hauteur de 9 milliards d'euros

Par ailleurs, il convient de s'interroger sur les banques françaises, exposées à quelques 9 milliards d'euros à la dette grecque. En appelleront-elles à l'Etat pour être recapitalisées ? Et à quel niveau ? Reste enfin la question - la plus cruciale et la plus redoutée - de la contagion. Echaudés par ce défaut unilatéral, les investisseurs ne prêteront sans doute plus un centime au Portugal et hésiteront à prêter à l'Espagne et à l'Italie, peut-être aussi à la France même qui verrait ses taux et donc la charge de la dette grimper. Il faudra donc sans doute renforcer les pare-feux. La zone euro en aura-t-elle les moyens ? Et quelle sera alors la facture ? Nul ne peut le dire aujourd'hui, mais elle sera sans doute bien plus salée que celle de la seule dette grecque. Sans compter qu'un effet de contagion entraînerait l'Europe dans une récession profonde qui coûterait cher aux budgets nationaux. Un élément positif cependant : une faillite complète est peu probable. Elle sera sans doute progressive et donnera lieu à un rééchelonnement de la dette existante. Mais cela ne permettra sans doute pas de conjurer l'effet de contagion.

Romaric Godin - 09/02/2012, 14:12  | 
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  • PNL a écrit le 12/02/2012 à 11:32 :

    • Devant un tel constat et de tels risques, on peut se demander comment Madame Lagarde a pu demander aux institutions financières françaises de financer la Grèce ? Incompétence ? ou pire ?

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  • Renflouement de la BCE a écrit le 11/02/2012 à 18:51 :

    • Houlala ! Il y en a qui feraient bien de réviser leurs cours sur la création monétaire. La partie de l'article à propos du renflouement méconnaît la spécificité de la BCE qui consiste à créer la monnaie à sa convenance. Supprimer des lignes à l'actif du bilan de la BCE revient à détruire de la monnaie au passif, ni plus ni moins. La BCE n'a évidemment pas besoin d'être "renflouée" puisqu'elle "s'auto-renfloue". Quelle plaisanterie ! Par contre, si la BCE acceptait de détruire de la monnaie dans son bilan, cela signifierait la monétisation directe au profit du gouvernement grec, ce qui est économiquement, socialement, politiquement et moralement inacceptable. Il faut donc que quelqu'un paye. On se rappellera utilement que le "capital" versé par les Etats au bilan de la BCE est l'équivalent d'une destruction monétaire potentielle, qui signe l'engagement de ces Etats par rapport à la stabilité de la monnaie.

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  • ortir de l'euro c'est prévu dans le traité de l'UE a écrit le 11/02/2012 à 16:27 :

    • Traité de l?Union Européenne Article 50 Tout état membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l?Union. L?état membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil Européen. A la lumière, des orientations du conseil européen, l?Union négocie et conclut avec cet état un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l?Union. Cet accord est négocié conformément à l?article 188 N, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l?Union européenne. Il est conclu au nom de l?Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

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  • kakech a écrit le 10/02/2012 à 18:42 :

    • D'où sort ce chiffre de 9 milliards d'euros pour les banques françaises ? leur exposition n'est-elle pas supérieure à 20 milliards, comme le précisaient des articles de presse précédents ? A moins qu'un bon samaritain n'ait effacé la différence; j'ai hate de savoir .

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  • VilainGredin a écrit le 10/02/2012 à 17:29 :

    • C'est vrai que ce n'est pas un calcul facile. Qu'il faille faire un trait (notamment) sur les obligations grecques, ok. Mais doit-on prendre en compte, dans cette "facture", la part de la Banque de France dans l'augmentation de capital de la BCE (à plus forte raison si ca mène à augmenter sa part)? Et dans le cas où la Grèce sort de la zone euro, il faudrait prendre en compte un point positif: la Grèce sortirait du même coup de l'UE, ce qui réduirait les subsides payées chaque année par l'Allemagne, la France etc. (via Bruxelles) à la Grèce.

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  • massa24560 a écrit le 09/02/2012 à 20:44 :

    • 30 milliards d'euros c'est cher mais c'est un solde pour tout compte. Terminons en . Si les eurocrates hurlent tant pis, ils ne se goinfreront plus avec des salaires faramineux pour une entreprise merdique.

      • KCM67 a répondu le 10/02/2012 à 14:22:

        • Soit tu n'as rien lu, soit tu es suicidaire. Dans les deux cas, nous serons tous encore pire dans la misère...

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  • Extrêmement lucide a écrit le 09/02/2012 à 19:25 :

    • Les banques et Cies d'assurance ont déjà répercuté les pertes subies, dans les taux servis sur les contrats d'ass vie en 2011. En cas de faillite grecque, il se pourrait bien, mine de rien qu'elles les répercutent une deuxième fois, histoire de flouer un peu plus les épargnants....

      • peheme a répondu le 11/02/2012 à 09:45:

        • Elles ont répercuté à hauteur de la décote imposée. Il en reste hélas. Ceci étant dit, et sans vouloir alerter, je me demande quand l'explosion finale aura lieu : on ne peut pas, avec ou sans inflation, revenir à l'équilibre budgétaire tout en servant les intérêts de la dette. Que ce soit en Grèce, en France ou ailleurs : les taux sont repartis à la hausse, et ça va nous étouffer. Il y aura un défaut généralisé, et bien heureux si on sait éviter la guerre.

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  • pm a écrit le 09/02/2012 à 18:34 :

    • Enfin ! On aborde le problème par le bon angle. Il est dommage qu'on n'ait pas lu ça plus tôt; cela nous aurait évité les Yaka (sortir la Grèce), Fokon (leur apprenne à vivre à ces métêques) qui ont fleuri depuis ces dernières semaines ! Juste un regret: vous n'évoquez pas l'après. Quid des CDS que les banquiers attendent comme le Messie ? Quid de l'économie grecque après ce manquement ? Quid de l'avenir de l'Euro (à peu près seule "réalisation" de l'Union Européenne), après la démonstration "qu'il ne sert à rien" ?

      • KCM67 a répondu le 10/02/2012 à 14:21:

        • Pour toutes les raisons économiqueset financières cités dans l'article, le défaut grec n'aura pas lieu.

      • peheme a répondu le 11/02/2012 à 09:41:

        • Les CDS ont une durée de vie. La fin des CDS sur la dette grecque est pour l'an prochain, je crois.

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    • Devant un tel constat et de tels risques, on peut se demander comment Madame Lagarde a pu demander aux institutions financières françaises de financer la Grèce ? Incompétence ? ou pire ?

      par PNL le 12/02/2012 à 11:32

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