La Tribune

La maladresse calculée de Wolfgang Schäuble

Le ministre des Finances allemand, Wolgang Schäuble, a mis en doute l'utilité et l'efficacité des mesures envisagées par Athènes, évoquant même clairement pour la première fois l'option de la sortie de la Grèce de la zone euro. Copyright Reuters
Le ministre des Finances allemand, Wolgang Schäuble, a mis en doute l'utilité et l'efficacité des mesures envisagées par Athènes, évoquant même clairement pour la première fois l'option de la sortie de la Grèce de la zone euro. Copyright Reuters
Romaric Godin  |   -  852  mots
Par ses propos incendiaires prononcés dimanche, Wolgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, n'a guère aidé le gouvernement grec. Et c'est peut-être ce qu'il désirait.

A quoi a joué Wolfgang Schäuble ? Alors que le parlement grec, encerclé par des milliers de manifestants déchaînés, n'avait pas encore voté un nouveau plan de rigueur drastique et que le gouvernement peinait à convaincre les députés de se plier à ces exigences douloureuses, le ministre des Finances allemand mettait déjà en doute l'utilité et l'efficacité des mesures envisagées, évoquant même clairement pour la première fois l'option de la sortie de la Grèce de la zone euro. Etonnante maladresse. A moins qu'il ne s'agisse d'un nouveau mouvement stratégique. Voici quelques pistes d'interprétation possibles.

Menaces
Commençons par le plus évident : Wolfgang Schäuble aura joué la carte de la menace afin de décider les députés grecs à s'exécuter. Ce serait alors la dernière des maladresses qui ne serait pas sans rappeler celle d'un autre Allemand, le duc de Brunswick, qui, alors qu'il envahissait la France à la tête des troupes prussiennes en août 1792, envoya un manifeste aux Parisiens déjà surexcités par la mauvaise volonté de Louis XVI, afin de les sommer « de se soumettre sans délai au roi » et de les prévenir que s'il était fait la moindre violence au souverain, ses troupes « en tirerait une vengeance mémorable ». Ce manifeste indigna tant les Parisiens que, le 10 août, ils renversèrent la monarchie. Dans une atmosphère grecque chauffée à blanc, marquée par un anti-germanisme féroce et une paupérisation accélérée, les déclarations du ministre allemand sont plus un piège pour le gouvernement de Lucas Papademos qu'une véritable aide. Les violences de la nuit dernière sont venues le prouver.

Bras de fer avec Angela Merkel
Mais alors un tel comportement prouverait aussi que Wolfgang Schäuble joue clairement la carte de la faillite grecque. Cette vision circule désormais largement dans les milieux berlinois où l'on a remarqué que la question hellénique divisait désormais la chancellerie du ministère des Finances. Angela Merkel a encore récemment affirmé vouloir s'accrocher à la présence d'Athènes dans la zone euro. Car non seulement, elle craint la contagion aux autres pays du sud de l'Europe, mais elle redoute d'y voir un affaiblissement de sa propre situation. Si Athènes fait faillite, elle devra également partager personnellement cette faillite puisqu'elle est à la man?uvre des « plans de sauvetage » depuis deux ans. Wolfgang Schäuble, lui, estime que la Grèce est, comme il l'a dit dimanche, un « puits sans fond ». Autant alors arrêter les frais, recapitaliser les banques pour les armer contre toute contagion et avancer vers la création d'une « Europe de la stabilité » partageant les valeurs économiques allemandes. En mettant de l'huile sur le feu, le ministre peut espérer accélérer le processus et, en passant, affaiblir son ancienne rivale politique Angela Merkel.

Modèles économiques
Car il semble désormais évident que Wolfgang Schäuble a renoncé à voir la Grèce prendre part à la « culture de la stabilité » dont il veut voir l'Europe à l'avenir se draper. Le ministre allemand fait souvent figure de grand (ou même seul) europhile du gouvernement fédéral. C'est sans doute exagéré, mais il faut bien comprendre que, pour lui, l'Europe ne peut se concevoir que comme un ensemble économique adoptant les principes de l'ordolibéralisme, la religion dominante outre-Rhin. Autrement dit, l'Europe doit renoncer à la croissance « à la pompe » comme on dit en allemand, à la croissance basée sur la consommation. Les pays du sud doivent devenir compétitif, quel que soit le prix de cette conversion. Pour la Grèce, on ne peut que s'étonner d'une telle vision. C'est entendu, l'Etat grec est inefficient et corrompu. Bien sûr, l'économie grecque est improductive. Mais comment peut-on encore prétendre, comme le fait Wolfgang Schäuble, qu'Athènes n'a pas fait « ses devoirs » ? Comment avancer de telles paroles face à la pauvreté grandissante du peuple grec, alors que l'Etat grec a mené une politique de consolidation sans précédent jusqu'ici au point que le pays entre dans sa quatrième année de contraction de sa richesse nationale ? Comment alors Wolfgang Schäuble peut-il exiger encore d'aller plus loin dans une politique qui a si lamentablement échoué ?

Aveuglement

Car si Athènes n'est pas parvenue à remplir les critères incroyablement ambitieux qui lui ont été imposés et qui étaient, et que chacun en 2010 jugeait déjà irréalisables, c'est aussi parce que la croissance a disparu du pays. Quant à la réorganisation de l'Etat, elle est nécessaire, mais impossible dans un tel contexte de misère et de paupérisation. Songeons, nous Français, que, dans des conditions bien plus apaisées, nous n'y parvenons pas malgré les discours décennaux.
Ces propos tiennent donc de l'aveuglement. Mais cet aveuglement pourrait bien être volontaire : en prenant à la gorge les Grecs un peu plus, on les pousse immanquablement vers la sortie de la zone euro. Une sortie qui semble désormais une priorité pour Wolfgang Schäuble.
 

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Commentaires

cdg  a écrit le 20/02/2012 à 15:46 :

@l auteur

Vous avez mal traduit l expression allemande "leben auf pump". ce n est pas "la croissance « à la pompe » mais "vivre a credit"
Si vous tenez a votre comparaison, votre texte deviendrait croissance a credit

occupation  a écrit le 20/02/2012 à 14:14 :

C'est toujours pareil avec l'Allemagne on se prépare dix ans avant les autres pays puis on les bombardent. Aujourd'hui plus besoin de bombes l'armée d'occupation invisible que sont la BCE et le FMI suffisent.

place de grève  a écrit le 20/02/2012 à 14:09 :

On assiste en direct à la revanche de la bourgeoisie. Bon, quand les Grecs seront revenus à l'âge de pierre puis les Portugais les Espagnols et ainsi de suite tout se beau monde sera enfin heureux. La haine qu'ils éprouvent pour nous n'a pas de limite mais qu'ils se rassurent nous ne serons pas ingrats.