« La prochaine étape sera une décote de la dette détenue par les investisseurs institutionnels et la BCE »

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L'économiste Janis Emmanouilidis est à Bruxelles l'un des plus fins observateurs des négociations entre Athènes, ses créanciers et l'Union Européenne. Sa double nationalité gréco-allemande y est sans doute pour quelque chose... Janis Emmanouilidis travaille notamment pour l'EPC (European Policy Centre). Ses explications sur le plan de restructuration de la dette privée Hellénique.

- Le Temps: Le gouvernement grec peut-il se permettre d'imposer la décote à tous ses créanciers ? Cela ne signerait-il pas la fin du peu de confiance internationale dans la Grèce?

- Janis Emmanouilidis : Un accord entre la Grèce et ses créanciers privés ne suffira pas, de toute manière, à ramener la confiance. Leur décision d'accepter ou non la décote proposée est uniquement motivée par leurs intérêts financiers. La proposition de l'International Institute of Finance (IIF), qui représente officiellement ces créanciers, était consensuelle. Mais entre les banques, les compagnies d'assurance et les Hedge funds, tous n'ont pas les mêmes objectifs.

- De quoi la Grèce a besoin pour retrouver la confiance des marchés?

- Il faut d'abord que cesse l'actuelle spirale négative dans laquelle le pays est englué. La question des créanciers privés est importante, de ce point de vue, car elle fait intégralement partie du second plan de sauvetage de la zone euro. Lequel a été conçu pour éviter une faillite grecque, et démontrer ainsi que le départ d'un des pays dotés de la monnaie unique n'est pas à l'ordre du jour. Cela dit, la Grèce garde au-dessus de la tête une redoutable épée de Damoclès. Elle a, plus que jamais, besoin de stimulateurs économiques extérieurs et de ce point de vue, la décision de la Commission européenne de doter la task force «Grèce» d'un maximum de moyens va dans le bon sens. La Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) et la banque européenne d'investissement sont aussi mobilisées. Le fait de conclure un accord avec les créanciers privés a un mérite essentiel : dégager le terrain et renforcer la crédibilité du plan européen. Au-delà, je ne crois pas que la confiance, pour la Grèce aujourd'hui, se base sur des chiffres ou des statistiques. Qui peut évaluer de manière précise, aujourd'hui, l'ampleur de la récession grecque ? Les experts de la Troïka, dans leur rapport alarmant diffusé sur internet, ont tenté de chiffre l'impact d'un point de PIB en moins. Mais vu l'état de l'économie, ce n'est pas chose facile.

- 2012 peut-elle néanmoins marquer un tournant pour la Grèce?

- Je crains que la «troïka» ait raison au sujet de 2012. Compte tenu des réformes entreprises, de l'austérité généralisée et de la traque fiscale en cours, il n'est pas réaliste d'envisager un retour à la croissance. En 2013 en revanche, c'est jouable. Je pense notamment aux capacités de rebonds dans deux secteurs: celui du tourisme et celui de l'agriculture. Les chiffres du tourisme pour 2011 étaient déjà très bons. Il y a du potentiel. Quant à l'agriculture, les Grecs ont des modèles : l'Espagne, l'Italie, ont réussi à rendre leurs produits agricoles beaucoup plus compétitifs et à les exporter. Dernier secteur porteur enfin : les nouvelles technologies, grâce à une main-d'?uvre jeune et bien qualifiée. La Commission européenne a bien identifié l'enjeu: il faut redonner aux moyennes entreprises les moyens de reconquérir des marchés. La proximité des Balkans est un atout pour les entrepreneurs grecs qui, s'ils le veulent, peuvent conquérir de nouvelles parts de marché. Maintenant que le crédit bon marché n'est plus disponible, les Chefs d'entreprise doivent se réveiller et se démener pour vendre leurs produits. C'est en soi une bonne chose.

- Il n'empêche: alors que le second plan d'aide européen est en train d'être bouclé, un troisième semble déjà se profiler...

- Oui, c'est dans l'air. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schauble et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker en ont parlé. A quoi ressemblera-t-il? Il est trop tôt pour le dire mais il me parait clair qu'une décote de la dette détenue par les investisseurs institutionnels, dont la Banque centrale européenne (BCE) sera difficilement évitable. Ce sont eux qui détiennent aujourd'hui l'essentiel de la dette Hellénique. Le problème, pour le moment, est de savoir quelles seraient les réactions à un nouveau plan grec alors que le Portugal est à la peine et que l'Irlande, malgré son redressement, n'a pas tourné la page de la crise. Le contexte est aussi très important: si le climat est redevenu positif. Un troisième plan pour la Grèce aura bien plus de chance d'être jugé acceptable au niveau européen. Nous sommes face à des dominos financiers.

- La question politique, en Grèce, joue aussi...

- Elle est ma principale préoccupation. L'on parie, actuellement, sur l'organisation d'élections législatives le 29 avril et le 6 mai. Huit à neuf partis semblent en mesure d'entrer au parlement, ce qui représenterait un tremblement de terre politique en Grèce. Il faut bien comprendre que le premier ministre Lucas Papadémos, un technocrate ancien vice-gouverneur de la BCE, n'est pas du tout dans la situation de Mario Monti en Italie. Ils sont tous les deux des technocrates, Mais Papadémos dirige, lui, un gouvernement dominé par des politiciens vétérans. Sa marge de man?uvre est plus que limitée. Et pourtant, il a fait du bon boulot. Le vrai travail de sape à l'?uvre est celui de la Nouvelle démocratie, le principal parti de la droite grecque responsable d'une bonne partie des abus dans le passé. Elle a toujours moins de trente% des intentions de vote, mais elle est persuadée de revenir rapidement aux affaires.

Retrouver plus d'information sur le blog de Janis Emmanouilidis  et sur le site du Temps.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2012 à 9:14 :
excellente analyse
a écrit le 09/03/2012 à 13:08 :
Je suis un contribuable français, européen par contrainte, donc selon le principe d'égalité , je demande qu'on applique à la France la même décote de la dette de mon pays, sans cela le résultat actuel des aides grecques pourrait s'analyser comme une subvention et distordre la cocurrence au sein de l'union.
Ne faut-il pas appliquer à tous le monde les mêmes réglements ?

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