Les Espagnols doutent des bienfaits de sauver les banques avec leur argent

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Le siège de Bankia à Madrid/Copyright AFP
Le siège de Bankia à Madrid/Copyright AFP
Après la nationalisation de Bankia, l'Espagne s'interroge sur l'opportunité de renflouer avec l'argent du contribuable les établissements financiers victimes de leur mauvaise gestion.

« Non à l'escroquerie Bankia ! Exproprier ! Toutes les banques sous contrôle social ! », clamait une banderole au milieu des manifestants madrilènes venus célébrer l'anniversaire du mouvement des Indignés samedi 12 mai.

Un montant équivalent aux économies à faire dans le budget public

La nationalisation quelques jours plus tôt de BFA, la matrice de la quatrième banque d'Espagne Bankia, a ainsi imprégné les cortèges. Les chiffres qui circulent sur un possible renflouement public des caisses de Bankia oscillent entre 5 et 10 milliards d'euros, un montant qui n'a pas été confirmé par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Le chiffre correspond à la somme des économies que le gouvernement compte réaliser en matière d'éducation et de santé, dans le cadre de sa politique d'austérité. Ce montant viendrait s'ajouter aux quelque 16 milliards d'euros déjà versés par l'Etat au système bancaire espagnol. « Ils réduisent les dépenses sociales et ensuite ils donnent de l'argent aux banques ! », entend-on çà et là parmi les manifestants.

Parmi les Indignés, le sentiment d'injustice est d'autant plus fort que les banques sont considérées comme les responsables de la crise qui secoue le pays depuis 2008.

Les banques ont prêté de façon inconséquente

« La bulle a été gonflée par les poumons du secteur financier », abonde Jorge Fabra Utray, membre du groupe de réflexion Economistes Face à la Crise. Il explique que les banques ont prêté de façon inconséquente au-delà des possibilités d'épargne du pays, poussant les ménages et les entreprises à investir dans l'immobilier, et provoquant ainsi une « crise de surendettement ».

Au contraire, pour Borja Mateo, économiste spécialiste de l'immobilier, « les Etats sont les principaux responsables, car ce sont eux qui ont mis en place une régulation favorisant les excès de la bulle. Les banques le sont aussi car elles auraient dû savoir que leur politique de crédits n'était pas soutenable. Enfin, les citoyens le sont également, quoique dans une moindre mesure, parce qu'ils se sont laissés porter par la culture espagnole qui impose d'être propriétaire de son logement ». « Tout le monde a sa part de responsabilité », admet Berta, étudiante qui manifestait samedi. « Mais nous, nous en payons les conséquences, alors que les principaux responsables s'en sortent sans dommage », ajoute-t-elle.

Est-il moral de demander au contribuable de payer

Entre politique d'austérité et taux de chômage de 24,4%, la crise n'a en effet pas épargné les Espagnols qui ont la sensation d'être les seuls à « payer ». Si les banques et l'Etat (la Banque d'Espagne) sont les principaux responsables de cette situation, est-il moral de demander aux contribuables de payer la mauvaise gestion d'entités privées ou les négligences du superviseur ?

« Il n'y a pas de place pour la moralité ici : sauver Bankia, c'est sauver le système financier. C'est éviter d'avoir le double de chômeurs », tranche Jorge Fabra Utray. « L'Etat ne secourt pas la banque mais les épargnants qui y ont déposé leur argent », renchérit Borja Mateo. De fait, Berta rappelle que « personne ne souhaite que sa banque coule ».

Dépôt d'une plainte contre Bankia

Pour Fabra Utray, c'est la gestion qui mène à la chute d'une entité qui relève de la moralité. Or la mauvaise gestion n'est pas punie par la loi ... sauf en cas d'acte délictuel, comme cela a été le cas de la direction de la caisse d'épargne CAM actuellement sous le coup d'une enquête. L'Association des Usagers des Banques (Adicae) compte déposer une plainte contre Bankia pour « escroquerie ». Quant au 15-M, le mouvement indigné a créé un « Tribunal Citoyen de Justice » afin de juger les banques dont il soupçonne qu'elles ont opéré une fraude massive en matière d'estimation de la valeur de biens immobiliers.

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a écrit le 17/05/2012 à 13:18 :
L'Espagne emportée par la baisse de ses prix immobiliers (-30% par rapport à leur sommet) n'a pas fini de chuter.....Les conséquences de la crise des subprimes et de la crise de la dette....La France ne tardera pas à suivre.

Je vous invite à lire sur :
http://www.immobilier-finance-gestion.com/categorie-12354010.html

- Immobilier Espagne : la ville de Pioz endettée pour 7 058 ans !
- Espagne : la chute des prix immobilier atteint 30%
- Espagne : 184 milliards d'euros d'actifs immobiliers à risque en video
- Espagne : modification de la loi des sols pour aider les banques
- Madrid vend 9 155 logements à 55 000 ? l'unité
- Espagne : un port fantôme à 90 millions d'euros
- Achetez un village en Espagne pour le prix d'un appartement
- Espagne : réduction des effectifs dans l'immobilier de 75%
.....
a écrit le 16/05/2012 à 11:01 :
C'est prévisible !
C'est normal quand on a rien compris à l'économie. C'est le sentiment commun de "tous les citoyens du monde "qui ne comprennent rien à l'économie. Ce sentiment est très répandu dans la gauche française. Je ne voit pas l'utilité de cet article car c'est bien connu sauf pour ceux qui sont ignorants de l'économie. Ils sont légion en France.
Réponse de le 17/05/2012 à 14:28 :
Visiblement il n'y a pas que les citoyens qui sont nuls en économie .... vue les résultats des banques ....
a écrit le 15/05/2012 à 21:55 :
Après les grecs et les îles périphériques, les portugais et les espagnols quitteront la zone euro. Les irlandais? Compte tenu de leur dumping fiscal, qu'ils quittent l'UE mais la question est de savoir comment leurs banques rembourseront la BCE et leur pays le FESF? En tout état de cause, il est hors de question d'activer les FESF-MES à hauteur de 700 à 800 milliards; Niet on ne va pas payer les dettes des autres on a assez avec les nôtres, surtout que les dettes en question résultent hormis l'incurie, de la corruption et de la fraude - fiscale et autre - généralisée (cf la Grèce et l'Italie du Sud et d'ailleurs ou l'Espagne du Sud et d'ailleurs)
a écrit le 15/05/2012 à 15:35 :
La bulle immobilière espagnol a été créée par Bruxelles. En donnant à un pays longtemps resté en sous développement donc sans structures industrielles et économiques plus de 14 milliards durant 15 ans, en net (tel du revenu et non du chiffre d'affaire), l'Europe a poussé le seul secteur d'investissement de moyen terme du pays : l'immobilier. Les prix sont devenus fous et il n'y avait pas de limite à l'endettement et des banques et des entreprises de BPT. L'on savait bien qu'une fois le pays dans une situation de faillite la mise serait récupérée à court terme. La contrepartie pour l'adhésion à l'Europe promise au pays n'était donc pas un don mais un piège. L'investisseur, lui, ne pouvait faire autrement que de faire évoluer sa position sous la menance de la voir disparaître : vendre ses actifs au prix fort pour acheter mieux ou les gager pour les augmenter, ce qui revient au même. La débâcle espagnole était annoncée et n'étonne pas les économistes. Le pays devra vendre toutes ses entreprises et il n'y suffira pas. L'Europe de la France/Allemagne correspond en effet à une mise sous tutelle économique de tous les autres pays, tôt ou tard. Une vente à tempérament comme l'a été la matrice de la PAC. Les banques espagnoles deviendront françaises et le pays ne sera plus qu'un fantôme de nation. Les nouvelles colonisations sont ainsi en marche.
Réponse de le 15/05/2012 à 16:55 :
Pas faux, sauf que la France a aussi ses difficultés ! Plus généralement, nos multiples problèmes ont une cause commune : les taux et l'inflation trop bas depuis trop longtemps ! C'est une "drogue dure" : quand s'endetter ne coûte quasiment rien, tout le monde le fait et l'endettement explose et les prix des actifs explosent. C'est le cas pour les Etats, les collectivités, les Entreprises et les particuliers ... Et pour les actifs (obligations, immobilier, oeuvres d'art, actions dans une moindre mesure). Et puis un jour, une récession commence à faire dégonfler les bulles et tout le système financier menace de s'effondrer, donc que fait-on ??? Soit on purge, soit on baisse encore les taux pour relancer la bulle et repousser le problèmes de quelques années : c'est ce qui a été fait en 2001 puis de nouveau en 2008 !!! En gros, on préfère faire gonfler les bulles toujours plus, avec des risques énormes, plutôt que traiter le problème d'endettement déraissonable (c'est plus facile à court terme, même si ça jette dans la misère les particuliers qui ne peuvent plus acheter d'appart). Mais ça ne fait que repousser le problème et l'aggraver ... Et aujourd'hui, c'est ce qu'on réessaie (gouvernements, BCE) mais les taux sont presque à 0, donc on ne peut plus vraiment le faire. L'heure de payer viendra, cette fois-ci ou la suivante, mais chaque fois qu'on gagne du temps, on empire le problème : il est à craindre que le jour où cela cassera, ce sera très très dur ... Mais j'espère avoir tort :-).
a écrit le 15/05/2012 à 14:53 :
Une bulle, c' est tout ceux qui la fabriquent qui sont responsables....ceux qui fabriquent la mousse, les banquiers avec des taux faibles, ceux qui souflent sur les prix pour faire monter le marché, et les acheteurs qui empruntent sans compter en esperant que tout montera jusqu' au ciel...
a écrit le 15/05/2012 à 11:35 :
US, Espagne, Grèce, Irlande....France....La bulle immo qui est entrain d'exploser est le résultat d'une bulle sur les vieux...qui ont élu des dirigeants en leur demandant de privilégier la rente au travail....aujourd'hui tout ces vieux de la planète sont net vendeurs d'immo dans des pays à démographie déclinante...oui c'est un ponzi et rien d'autre ! l'immo est un ponzi ou les vieux se gavent sur les générations suivantes ! le système social et les retraites sont des ponzis dans lesquels les vieux (qui votent en masse) se votent à eux meme des augmentations de retraites et de prestations sociales, tout en laissant aux autre le soin de les financer....quitte à endetter encore plus le pays et à exiger encore et plus de précarité des jeunes et des actifs....le hold-up intergénérationnel; le plus grand casse de l'histoire !
Réponse de le 15/05/2012 à 15:45 :
Nous serons d'accord sur le terme de Ponzi beaucoup moins sur votre vision des "vieux" ! N'avez-vous pas entendu parler de l'héritage ? Le capital est ainsi transmis et les riches deviennent "jeunes", au surplus ce sont souvent eux qui occupent les postes actifs les mieux rémunérés pour cause de choc moderniste, particulièrement en espagne. Par ailleurs il est faux de dire que les "vieux" voteraient en masse si l'on considère les + de 50 ans, c'est le contraire, écoeurés, ils ne votent plus. Ce discours haineux par ailleurs convient parfaitement aux véritables profiteurs à qui toute division quelle qu'elle soit forme comme un paravant idéologique protecteur. Evitez.
Réponse de le 15/05/2012 à 16:46 :
"Bulle sur les vieux" : je trouve que c'est malheureusement assez vrai ... Il ne faut pas stigmatiser, mais aujourd'hui les vieux ont dans l'ensemble bien vécu, notamment pendant les 30 glorieuses, ont un patrimoine qui vaut souvent une fortune et des retraites assez confortables. Attention, ce n'est pas le cas de tous mais c'est souvent le cas. A l'inverse, 25% des jeunes sont au chômage et l'essentiel des autre est en grandes difficultés, incapables de se loger ... Et les vieux vivent longtemps, donc l'héritage est touché à 50 ou 60 ans ... Je trouve donc qu'il y a un vrai problème inter-générationnel !
a écrit le 15/05/2012 à 11:31 :
Les seuls responsables sont ces cohortes de mouton qui ont voulu s'enrichir sans rien faire, en surfant sur la bulle. Tanpis pour eux ! faut vraiment etre stupide et complètement spéculateur pour mettre ses 30/40 futur années de revenus sur la table, tout ça pour avoir le droit de casser un mur....voilà, ils se sont achetés un statut de winner à crédit grace au super-ponzi qu'est devenu l'immo...idem dans le reste de l'europe et biensur en France ! les grands winners seront les boomers qui auront vendu au jeune à prix d'or des tas de parpaings achetés 2 pesetas à l'époque....avec en prime des dettes publique et une ardoise santé bien salée...(un vieux coute très cher à soigner)....jeune espagnol, barre toi, quitte ce pays et laisse les se débrouiller avec tout ça.
a écrit le 15/05/2012 à 9:07 :
C'est marrant les bureaux de Bankia sont logés dans ces tours KIO de Madrid qui donnent l'impression de tomber dans le vide, prémonitoire? Non absurde quand des banquiers sont incapables de discernement, de bon sens et je dirai même lorsqu'ils perdent la capacité d'être superstitieux c'est la fin ou bien la nationalisation. Idem pour une banque française qui a eu le malheur d'acheter une banque grecque du nom d'Emporiki, qui d'ailleurs linguistiquement ou phonétiquement en espagnol ressemble au verbe "empeorar", c'est à dire et sans jeux de mot providentiel empirer (En Pirée)
Réponse de le 15/05/2012 à 9:24 :
Otan Emporiki Levan...comprenne qui pourra.
a écrit le 15/05/2012 à 9:02 :
Les espagnols ont laissé faire leurs gouvernements d'irresponsables et d'incapables, il ont laissé prospérer la corruption au motif qu'ils s'enrichissaient grâce à la spéculation immobilière (idem pour les grecs) eh bien comme dirait la fable : payer maintenant. Et si vous ne payez pas (les grecs) on vous sort non seulement de l'euro (pour votre plus grand profit d'ailleurs puisque vous ne voulez pas assumer la responsabilité de votre incurie) mais on vous fout dehors de l'UE (plus un radis de subventions).
a écrit le 15/05/2012 à 8:06 :
Comme d'habitude, scandaleux : laissez les banques couler, rachètez-les 1? symbolique (en rasant les actionnaires totalement), enquêter en détail sur les agissements et attaquer les responsables en justice s'ils sont douteux, et en parallèle, purger les pertes et reprivatiser les établissements (donc quelques recettes pour les Etats) après avoir imposé de bonnes règles de gestion et en séparant les activité de détail et les entités qui "jouent" sur les marchés. Au moins, les actionnaires ont joué et ont perdu, c'est un minimum !
Réponse de le 15/05/2012 à 13:17 :
Non la banque doit être mise en faillite, car si elle est nationalisée, on dédommage les actionnaires qui ne perdent rien (or ils ont joué donc ils doivent perdre). Donc 1. faillite, 2 rachat de la banque à un euro symbolique (l'état reprend à sa charge les compte clients, c'est à dire qu'il est garant des comptes, donc les épargnants ne perdent rien) 3. et en plus si la ma banque a des bons du trésor espagnols, elle réduit sa dette. C'est seulement dans cette configuration que l'on fait payer le système financier et non les peuples. Pour un bon exemple : il est maintenant convenu que si l'état américain avait payé tous les crédits immobilier des suprimes, cela aurait mois coûté aux contribuables américains au court terme et pour le long terme.
Réponse de le 15/05/2012 à 16:41 :
Merci de cette précision, en effet, le but est d'avoir une justice ("les actionnaires ont joué et ils ont perdu"), il faut donc passer par la case faillite avant. C'était bien ce que j'avais en tête, mais la précision est bienvenue, merci.
a écrit le 15/05/2012 à 0:24 :
Une Banque qui est sauvée par des fonds publics doit être nationalisée, ses dirigeants virés et remplacés par des fonctionnaires. Les profits ne seront certainement pas exceptionnels, mais au moins les fonds déposés serviront l'économie réelle, celle au service de tous.
a écrit le 15/05/2012 à 0:13 :
On aurait du tous depuis 2008 laisser certaines banques se dermerder avec leurs investissements foireux ... Maintenant les Espagnols savent que si ils les sauvent , elles leur cracheront au visage dans deux ans et demanderont a ce que les travailleurs espagnols fassent des "économies" supplémentaires pour payer les dettes des banques ... les laisser couler maintenant leur fera gagner deux ou trois ans ...
Réponse de le 15/05/2012 à 15:51 :
Les banques ne sont pas des entités abstraites, elles portent des millions de crédit immobiliers et commerciaux consentis dans des périodes favorables et renouvelés souvent par obligation pour ne pas tout faire écrouler. Les mettre en faillite comme vous le proposez reviendrait à réclamer du jour au lendemain aux emprunteur le principla de leur dette.... et donc de les mettre en faillite eux aussi car aucun autre établissement reprendra leur crédit. Le chaos. Le discours de la révolution simpliste et fasciste a toujours ce même effet !
Réponse de le 15/05/2012 à 16:24 :
@Corso : c'est pourtant ce qu'ont fait les Islandais, Bilan : ils sont de nouveau en croissance et débarrassés des parasites de la Finance (qui sont eux en prisons !)
Réponse de le 15/05/2012 à 16:39 :
Corso, quand tu dis "Les mettre en faillite comme vous le proposez reviendrait à réclamer du jour au lendemain aux emprunteur le principla de leur dette", c'est totalement faux ! Les termes du contrat ne changent pas pour le particulier ou l'Entreprise, il devra juste rembourser le repreneur de la banque (Etat ou autre banque) plutôt que la banque, sans changer les échéances.
Réponse de le 17/05/2012 à 11:30 :
@Corso : Non c'est di liberalisme pur , les entités économiques qui ne peuvent pas survivre doivent disparaitre ... et elles seront remplacées par d'autres ... et ne croient pas que les emprunts qu'elles auront donné seront annulé ...

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