Angela Merkel en plein casse-tête politique

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Hans Christian PLAMBECK/LAIF-REA
La situation politique allemande devient de plus en plus complexe pour la chancelière. Mais elle ne veut pas pour l'instant reculer sur ses positions européennes intransigeantes. Pour combien de temps encore ?

Ce lundi à Berlin, Angela Merkel a tenté d?afficher l?unité de sa coalition gouvernementale après sa rencontre avec les dirigeants de la CSU bavaroise, Horst Seehofer, et du FDP libéral, Philipp Rösler. Mais en réalité cette réunion, qui a duré près de trois heures, visait à mettre fin aux fissures qui se font de plus en plus jour au sein de l?alliance. Depuis la lourde défaite du centre-droit aux élections régionales de Rhénanie du Nord Westphalie le 13 mai dernier, les critiques pleuvent en effet contre la gestion d?Angela Merkel.

Malaise diffus

Certes, la situation est loin d?être catastrophique. Les derniers sondages donnent la CDU aux alentours des 33 % enregistrés en 2009. Mais le parti a perdu trois à quatre points d?intention de vote en trois semaines et ne pense plus désormais à l'objectif des 40 % lors des élections fédérales de 2013, comme voici quelques mois. Incontestablement, le résultat de l?élection en Rhénanie du Nord Westphalie, où le parti a perdu 8 points en deux ans et 18 points en sept ans, a créé un malaise. Ce lundi matin, le quotidien conservateur FAZ soulignait notamment le mécontentement « de la base » du parti chrétien-démocrate qui a le sentiment de ne pas être écouté par la direction de la CDU. La crainte des militants conservateurs, c?est l?exemple du SPD qui, entre 1998 et 2009 est passé de 41 % à 23 % des voix.

La CSU à l?offensive sur l?allocation de garde à domicile

Face à cette faiblesse, les autres partis de la coalition tentent de se démarquer pour ne pas être entraînés dans la spirale descendante de la CDU. La CSU, par exemple, qui devra faire face également en septembre 2013 à une élection régionale très importante pour elle, a fait de l'allocation aux femmes aux foyers élevant leurs enfants à la maison (Betreuungsgeld) son cheval de bataille au sein de la coalition. Une allocation qui va à l?encontre de la politique familiale de la chancelière qui, depuis 2005, tente d?encourager, dans l?optique de la baisse de la population active et par la construction de places de crèche, les femmes à ne pas cesser le travail lorsqu?elles ont un enfant comme c?est la tradition outre-Rhin. Ce week-end, Horst Seehofer a publiquement polémiqué avec le ministre fédéral des transports, Peter Ramsauer, qui avait « émis des réserves » contre cette allocation qui coûtera 1,2 milliard d?euros par an en 2014.La pression a été si forte que la chancelière a dû céder, au détriment de l'aile centriste de son parti, autrement dit de ses amis.

Les Libéraux offensifs sur tous les fronts

De son côté, les Libéraux ont repris de la confiance en eux. Lors des deux derniers scrutins régionaux, le FDP a déjoué les pronostics des sondages en passant la barre des 5 % à plus de 8 % des suffrages exprimés. Désormais, les sondages les donnent à nouveau présent dans le futur Bundestag. Philipp Rösler, le vice-chancelier, veut profiter de ce retour en grâce pour se démarquer de la chancelière sur le déclin. Il a ainsi affirmé son refus de plusieurs projets de la CDU : la généralisation du salaire minimum ou l?instauration d?un péage sur les autoroutes du pays. Selon l?agence Dpa, le FDP réclame également le retour dès 2013 à un budget équilibré de l?Etat fédéral, deux ans avant la date officiellement prévue par Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances. Les deux partis ont aussi critiqué le coût de la sortie du nucléaire décidée voici un an par la chancelière.


Coalition à l?arrêt

Angela Merkel devait tenter de restaurer la paix au sein de sa coalition, mais il semble que la réunion de ce lundi n?ait rien donné de concret. La déclaration finale s?est contentée de souligner que « la discussion s?est déroulée dans une atmosphère constructive et a abordé une large palette de sujets ». Autrement dit, rien n?a été décidé. Et désormais, comme le souligne l?éditorialiste de la FAZ, on se demande encore sur quoi les membres de la coalition sont encore d?accord. « La coalition reste une coalition qui se fait désirer», souligne-t-il en faisant allusion à la « coalition désirée » avec le FDP que défendait en 2009 Angela Merkel.

Le SPD a le vent en poupe

Il faudra bien cependant que la chancelière restaure le calme dans son camp, car les Sociaux-démocrates ont le vent en poupe. Ce dimanche, ils ont refusé de s?allier avec la CDU dans le Land de Schleswig-Holstein et sont parvenus à monter une coalition à trois avec les verts et le SSW, le parti de la minorité danoise. Ceci renforce leur position au Bundesrat en faisant basculer un Land de trois voix dans le camp de l?opposition. Mieux encore : ce week-end, le parti de gauche Die Linke s?est déchiré ouvertement lors de son congrès de Göttingen entre militants de l?est, plus pragmatiques, et ceux de l?ouest, plus radicaux. Gregor Gysi, le co-président du groupe parlementaire de Die Linke a même évoqué une scission. Voici qui ferait les affaires du SPD en lui ôtant un adversaire à gauche qui pourrait lui permettre de monter à hauteur de la CDU.

Le guêpier européen

Il y a donc urgence pour la chancelière à redresser la barre. Mais comment ? Elle n?est guère en position de durcir le ton avec ses partenaires politiques. D?autant qu?elle doit encore convaincre le SPD de voter le pacte budgétaire et le traité sur le mécanisme européen de stabilité avant l?été. En réalité, le même dilemme se présente à elle sur le plan européen. Pour le moment, elle ne cesse de réaffirmer sa position de refus absolu des eurobonds et de l?union bancaire. Dans son camp, le MES et le pacte budgétaire sont déjà considérés par certains comme des abandons conséquents de souveraineté.

Mais peut-elle risquer d?apparaître comme celle qui bloque l?Europe aux yeux des autres dirigeants européens et de l?opinion pro-européenne allemande? Le numéro d?équilibriste de la chancelière semble en réalité proche de sa fin. L?opinion commence à y voir de l?insécurité. Le Tagespiegel de Berlin souligne ainsi que « nul ne sait si Angela Merkel pourra tenir sa position européenne longtemps ». Si des concessions trop importantes sont concédées par la chancelière en Europe, son pragmatisme pourrait apparaître comme de la faiblesse et concrétiser le rejet diffus qui commence à poindre dans l?opinion. Décidément, les semaines à venir pourraient être décisives pour l?avenir du gouvernement allemand.

 

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a écrit le 05/06/2012 à 10:37 :
Si l'allemagne pouvait sortir de l'euro,ca serait une chance pour les autres pays qui n'aurait plus a subir la rigiditee allemande sur la BCE et la zone Mark impose par l'allemagne qui affaiblit tout les pays sauf l'allemagne bien entendu
Réponse de le 05/06/2012 à 12:45 :
Je me faisais la même remarque! Ca fait 10ans que l'euro enrichit l'Allemagne à nos dépends et l'impérialisme allemand sur l'Europe devient franchement des plus désagréables. Et c'est malheureusement dans ces moments que les ressentiments historiques refont leur apparition: les Allemands égoistes et rigides emmèneront-ils une fois de plus l'Europe dans la tourmente?
Réponse de le 12/06/2012 à 18:55 :
+1: cf http://www.franceinter.fr/blog-bernard-maris-dehors-l-allemagne

Il y a un moment où il faut vraiment savoir quelle Europe on veut et comment vivre ensemble.
a écrit le 05/06/2012 à 6:27 :
Le problème de Angela Merkel ce sont les Médias allemand qui entretiennent l'esprit nationaliste, ce qui empêche Angela Merkel de mener une politique plus approprié à la situation actuelle.
Les Médias qui sont contrôlée par le gros capital, entre autre par les biais des revenus de la publicité et qui ne sont en aucun cas indépendante.
Déjà dans le passé le gros Capital allemand a tenté de contrôler l'Europe par le biais d'un parti qu'il croyait pouvoir controler mais qui a ensuite échappé à ce contrôle.
Nous connaissons la suite.
En tout cas cela c'est très mal terminé pour l'Allemagne et pour l'Europe.
L'histoire semble vouloir se répéter.
a écrit le 04/06/2012 à 23:36 :
la tribune pourrait faire la une sur F Hollande en plein casse tête , sur la situation économique et financière qui deviennent de plus en plus critique.combien de temps va t il encore faire le numéro d?équilibriste ? le guêpier européen, c'est pour le président normal, l'avenir c'est pour A Merkel et les allemands .
a écrit le 04/06/2012 à 22:17 :
L'affaire Kerviel, la crise immobilière qui nous envahit et pas le Japon, le succès de l'Allemagne et l'effondrement anglo-saxon, on pourrait dire, pour qui sonne le glas? D'un côté, les finances publiques laxistes, de l'autre l'excès de machineries infernales. Wall Street in the wall, mais seule l'économie allemande fortement équilibrée l'emporte. alors quand relancerons-nous la recherche en France? Effectifs formés mais au carreau...

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