Les incertitudes du sauvetage espagnol alimentent les craintes des investisseurs

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L'aide aux banques ne brise pas le lien entre banques et dette souveraine, qui se retrouve au centre des inquiétudes des marchés et empêche d'écarter totalement le scénario d'un deuxième sauvetage européen.

Le sauvetage des banques espagnoles ne semble pas avoir de prise sur les marchés. Le taux de financement à dix ans de l'Espagne battait ainsi son record depuis la création de l'Euro, à 6,789%. Et certains analystes, notamment anglo-saxons, n'écartent pas le recours à un deuxième sauvetage européen, pour, cette fois, renflouer l'économie espagnole dans son ensemble.

Arme à double tranchant

L'aide de 100 milliards d'euros apparaît en effet comme une arme à double tranchant. Certes, elle permet d'écarter le risque de banqueroute d'un certain nombre d'établissements financiers. Mais elle comporte également des risques dérivés du renforcement du lien entre dette souveraine et banques puisque c'est l'Etat qui est responsable de rembourser le sauvetage du secteur financier en dernier ressort. De ce fait, les fonds apportés viendront grossir la dette publique qui devrait atteindre, dans le pire des cas, près de 90% du PIB fin 2012. Le montant total de l'aide ne sera connu qu'après le 21 juin, date à laquelle des auditeurs externes rendront leurs estimations sur les besoins en capitaux du secteur financier.

Le problème des intérêts

Une autre question est de savoir si les intérêts de l'aide, qui devraient tourner aux alentours de 3% ou 4%, seront comptabilisés dans le déficit public. Si c'est le cas, il sera difficile pour l'Espagne de ramener ce dernier à 5,3% en 2012 et à 3% en 2013 ou 2014. La dette augmentera en conséquence afin de financer ce surplus de déficit. Une telle augmentation pourrait entraîner une dégradation de la note espagnole, bien que Standard & Poor's ait écarté cette possibilité pour l'instant et que Fitch ait déjà escompté cet effet la semaine dernière en abaissant la note espagnole (et celle de 18 banques mardi). Le risque d'une hausse des coûts de financement ou d'une fermeture de l'accès aux marchés est donc bien réel pour le Trésor espagnol.

Le risque MES

Ce risque est renforcé par la crainte des investisseurs que le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) finance l'aide à l'Espagne au détriment du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF). En effet, le MES serait prioritaire sur les créanciers du Trésor en cas de restructuration de la dette espagnole. De quoi faire fuir les investisseurs, même si une telle extrêmité n'est pas à l'ordre du jour.

Problème d'efficacité

Enfin, l'efficacité de l'aide apportée est remise en question : les fondamentaux macroéconomiques ne semblent en effet pas résolus avec le sauvetage des banques. Demeurent encore et toujours le casse-tête du chômage et de la croissance négative ou anémique. Dan Morris, chez JP Morgan, nourrit l'espoir que le sauvetage des banques permette une certaine relance du crédit, condition sine qua non pour une dynamisation de l'économie. Toutefois, l'analyste précise qu'il se peut que le crédit stagne encore plusieurs années, d'autant plus si l'aide prêtée doit être remboursée rapidement car cela limiterait les ressources disponibles pour le crédit... Dans ce contexte, le spectre d'un sauvetage « bis » n'est pas totalement écarté. La BCE pourrait éteindre l'incendie en reprenant son programme d'achat de dette, mais elle s'y est clairement opposée. Reste donc à attendre que soient levés les doutes qui pèsent sur le plan de sauvetage pour voir si la confiance des investisseurs revient.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2012 à 22:44 :
L'Europe vient de décider de s'endetter pour aider un pays, trop endetté et qui ne peut plus se financer sur les marchés, à sauver ses banques trop endettées. De la dette qui s'ajoute à la dette. Toujours les mêmes erreurs... C'est cela qui va redonner la croissance à l'Espagne ? Non. Tant que l'Espagne partagera la monnaie de l'Allemagne, il n'y aura pas de croissance en Espagne.

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