Comment la Chine rachète la Grèce

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Vue du port du Pirée près d'Athènes, où après une premier embarcadaire, le géant chinois Cosco pourrait acquérir la concession d'une deuxième /Copyright Reuters
Vue du port du Pirée près d'Athènes, où après une premier embarcadaire, le géant chinois Cosco pourrait acquérir la concession d'une deuxième /Copyright Reuters
Depuis la crise, la Chine investit massivement en Grèce. Alors que le gouvernement Samaras va lancer dans les prochains mois une vague de privatisations, les Chinois veulent jouer les premiers rôles.

Deux petits drapeaux grec et chinois trônent sur le bureau de Constantine Yannidis, à Athènes. Le jour est important : le président de la Chambre de commerce sino-hellénique reçoit la visite d?une dizaine d?entrepreneurs venus de la province chinoise de Jiang-Su. Ces dernières années, les Chinois montrent un intérêt croissant pour la Grèce, et les délégations investissent le bureau de M. Yannidis.

Une hausse de 250% des exportations

« En 1972, nous échangions pour 1 million de dollars. En 2012, le commerce gréco-chinois représente plus de 4 milliards de dollars »,détaille Constantine Yannidis. En un an, les exportations de la Grèce vers la Chine ont flambé. Au premier trimestre 2012, on enregistre une hausse de 250% par rapport à la même période sur l?année précédente. Le coton, le marbre et le vin grecs sont les produits les plus prisés des Chinois. Preuve de l?appétit de l?Empire du milieu, entre 2006 et 2010, la Chine a multiplié ses investissements dans l?industrie en Grèce par 1.000!

Un plan Marshall Chinois

« La Grèce n?est pas seulement la porte d?entrée de l?Europe. C?est aussi une voie d?accès pour la mer Noire, le Moyen-Orient, les Balkans», analyse Spyros Kouvelis, ancien ministre délégué aux Affaires étrangères, chargé de la diplomatie économique,entre 2009 à 2011. De par cette position stratégique, la Chine veut investir davantage dans l?énergie et les transports.

Selon nos informations, une compagnie chinoise serait en pourparlers avec l?Eglise de Grèce, pour racheter le terrain du monastère de Pendeli, au nord d?Athènes. L?objectif est de créer un parc photovoltaïque pour un contrat d?un montant de 1 milliard d?euros.

Alors que le gouvernement grec, sous pression de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), qui débarque cette semaine à Athènes pour mener une nouvelle mission, s?apprête à lancer un plan massif de 28 privatisations dans les prochains mois, la Chine veut décrocher les premiers contrats. « Pour la compagnie publique ferroviaire, les Russes et les Chinois sont fortement intéressés. La Chine reste également très attachée aux entreprises touristiques, et à la construction où ils sont très bons », confie Areti Skafidaki, première secrétaire aux Affaires économiques du ministère des Affaires étrangères grec.

Mis en vente, l?embarcadère numéro 1 du port du Pirée est par ailleurs la priorité du géant maritime Cosco. Si elle remporte la mise, la compagnie chinoise, déjà installée sur l?embarcadère numéro 2, détiendrait l?intégralité du port d?Athènes, du management à la logistique.

Cosco, symbole de l?ambition chinoise en Europe

Car l'intérêt chinois pour la Grèce ne date pas de la crise. Dès 2005, le gouvernement de droite de Kostas Karamanlis tend la main à la Chine. En 2006, l?entreprise chinoise de télécommunications, Huawei, s?allie avec le grec OTE. En octobre 2010, Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, et son homologue grec, Georges Papandreou, signent 13 contrats de coopération économique entre les deux pays.

Wen Jiabao qualifie alors la Grèce de « partenaire le plus crédible de l'Union européenne ». Le Premier ministre chinois est convaincu qu?«au cours des cinq prochaines années, le volume du commerce entre les deux pays doublera, à 8 milliards de dollars. » A côté des transports et de l?énergie, les investisseurs chinois sont issus des télécoms (Zhongxing Telecom Equipment) ou de la construction (BCEGI). Et d?après plusieurs sources, l?ambassade chinoise en Grèce encourage l?implantation de petits commerçants chinois, en coopération avec le gouvernement grec. « Nous avons facilité la législation entre les deux pays. Les visas sont accordés plus aisément », avoue Spyros Kouvelis.

Petits commerçants

En 2008, la Grèce concède deux des trois embarcadères du Pirée, le port d'Athènes, à l?entreprise chinoise Cosco, pour 35 ans. Le géant chinois s?installe officiellement en juin 2010, sous la bannière de sa filiale, Pireus Container Terminal (PCT). « Notre chiffre d?affaires a progressé de 73% en 2011 », se félicite Tassos Vamvakidis, directeur commercial de Cosco. Si en 2009, des partis politiques, à l?image du Pasok, et des syndicats, se sont opposés à la privatisation d?une partie du port par les Chinois, les avis sont aujourd?hui partagés. « Beaucoup de gens travaillent pour Cosco », commente un restaurateur de Perama, le village voisin. « Ils engendrent des bénéfices et offrent la garantie d?un travail. »Le géant chinois du transport maritime emploie 750 salariés, dont seulement 8 chinois. « Nous sommes une compagnie grecque», assure fièrement Tassos Vamvakidis.

Main d??uvre européenne, management chinois

La Chine se tourne désormais vers le « made in Europe ». Une délocalisation d?une partie de sa production sur le Vieux continent, afin de réduire les coûts et s?ajuster aux normes européennes. « Les Chinois essayent de s?adapter. J?ai connu d?autres nationalités, comme les Russes ou les Arabes, qui imposent plus leurs idées que les Chinois », affirme Spyros Kouvelis. Ainsi de l?entreprise chinoise de produits chimiques CSCC, qui s?est alliée avec la compagnie de poids lourds allemande, MAN, afin d?utiliser la technologie germanique.

Mais en Grèce, si les « bras » sont Hellènes, la « tête » demeure chinoise. La gouvernance des entreprises chinoises reste centralisée depuis Pékin, et les méthodes de travail, tournées vers la productivité, sont parfois loin des standards européens de protection sociale des travailleurs. «Il n?y a pas de planning de travail », confie Dimitrios, qui a travaillé 9 mois comme docker chez Cosco. « Tu reçois un SMS et trois heures après, tu dois être au travail. Tu n?as pas le droit d?être absent, sinon tu es sur la liste noire.» Au Pirée, côté Chinois, le statut est intérimaire, les salaires restent inférieurs au côté grec, et la couverture sociale, moindre.

Accords collectifs inexistants

Alors que le chômage en Grèce atteint 22,5% au premier trimestre 2012, les entreprises chinoises profitent ainsi de la crainte de perdre son emploi face à la crise. Sur l?embarcadère numéro 2 du Pirée comme en Chine, les accords collectifs sont inexistants. « J?ai été licencié car j?ai essayé de créer un syndicat », déplore Dimitrios. « Les employés sont effrayés à l?idée de faire grève. » Nikos, docker à l?embarcadère numéro un, résume, amer : « La Grèce est la porte d?entrée en Europe pour les mauvaises conditions de travail des Chinois ».

Au-delà de la position stratégique de la Grèce, la Chine a compris sa chance d?investir dans un pays en proie à une administration instable et à la régulation plus souple. « Un pays en crise est un pays vulnérable », explique Spyros Kouvelis. Cosco a ainsi convaincu le puissant lobby des armateurs grecs de construire ses bateaux en Chine, à bas coût. « Les armateurs grecs sont internationaux. Ils construisent des bateaux avec un rapport qualité-prix », justifie Nikos Vernicos, président de la Chambre internationale grecque de commerce, et lui-même armateur. « C?est une concurrence déloyale pour les autres ports européens, qui ont d?autres normes », regrette Giorgios Gogos, Secrétaire général de l?Union des dockers du Pirée.

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Commentaires
a écrit le 27/07/2012 à 4:35 :
Si l'euro est attacher tous les jours sur les médias anglo-saxons et par les agences de notation américaines c'est une guerre déclaré all'euro par le monde anglo-saxon pour éliminée un dangereux concurrent en vue de l'anné prochaine à la création d'une monnaie international qui est inévitable puisque le dollar à perdu toute puissance avec leur banque zombie.
Le cas Grèce qui par hasard à étais aider par une banque américaine à masquer c'est contes pour entrée dans l'euro est un cheval de troia prévu à l'avance me ne représentante que 2% de Eu. En terme économique toute-fait négligeable pour Europe même si elle est poussée à la sortie.
a écrit le 26/07/2012 à 11:37 :
L'accumulation de la dette réjouit les libéraux de tout poil car cela permet de tout libéraliser : biens publics (autoroutes en France par exemple) comme si l'état n'était pas capable de faire gérer de telles infrastructures et de rogner un à un toutes les normes de notre système social. Bientôt notre tour si nous ne savons pas maîtriser notre budget car si députés de droite et de gauche font passer leur réelection avant toute demande d'efforts aux Francais, on n'echappera pas au couperet. Sarkozy n'a pas eu la volonté de supprimer les 35h et lesmilliards d' aides qui vont avec; Hollande sera -t-il notre Mittérand qui avait eu le courage de réformer la sidérurgie ?
a écrit le 24/07/2012 à 15:57 :
c'est que grace à la chine je ne vais peut-être pas devoir perdre 1000 euros, c'est à dire la quote-part d'impôt que j'ai dut payer sans que l'on me demande mon avis, pour organiser la quote part francaise du sauvetage de la grèce (50-60 milliards d'euros ), après si pour étre sauvés par la chine, et nos euros aussi, les grecs doivent apprendre à travailler , c'est à dire à ne pas avoir des pseudo-emplois de fonctionnaires pour par contre avoir un vrai salaire (et même un très bon), et qu'en conséquence on va avoir des délégués syndicaux qui vont s'essayer à nous faire pleurer, non désolé je n'ai pas envie de m'attendrir, et comme lagarde je pense qu'il y a plus malheureux qu'eux (mais sans cherche midi à quatorze heures , c'est à dire des enfants africains, juste en regardant les voisins du nord des grecs.)
Réponse de le 24/07/2012 à 18:02 :
le sauvetage de la Grèce ne vous coute pas un centime :
la France prête à la Grèce à 5% et emprunte à 2%. Marge 3% !

Bref vous devriez remercier chaque jour les Grecs pour le chèque qu'ils vous font chaque mois depuis plus de 3 ans.
Réponse de le 24/07/2012 à 20:34 :
de la dette grecque celle ci décote de 70 %, donc bilan 2 fois 3 % de gains contre 70 % de perte, résultat une perte virtuelle à l'heure actuelle de 64 %, vous voulez absolument défendre nos dirigeants à l'origine d'un si mauvais placement ?
a écrit le 24/07/2012 à 11:46 :
Où comment l'union européenne a vendu la plus ancienne démocratie à une puissance étrangère ...
a écrit le 24/07/2012 à 11:16 :
On a intégré les grecs dans l'Europe pour leur éviter les vieux démons de la dictature et maintenant qu'ils n'ont plus rien faute d'état fort, ils se vendent à la découpe (ports) aux chinois qui n'en demandaient pas tant et qui vont désormais nous inonder un peu plus de leurs produits à la qualité douteuse.
Réponse de le 26/07/2012 à 13:39 :
"Une délocalisation d?une partie de sa production sur le Vieux continent, afin de réduire les coûts et s?ajuster aux normes européennes". faudrait voir a LIRE TOUT L ARTICLE AVANT DE COMMENTER
a écrit le 24/07/2012 à 10:51 :
1 600 000 000 et moi et moi et moi disais la chanson de Jacques Dutronc....IL y a 40 ANS !!!
Nous y sommes la porte de l'Europe est grande ouverte pour loger les nouveaux arrivants .. car eux ils s'en foutent de la sieste, des 35 Heures, des charges sociales....les besogneux chinois arrivent gare à ceux qui veulent se la couler douce!
a écrit le 24/07/2012 à 10:12 :
Une société Chinoise ne ma lâche plus et m?inonde d'emails toutes les semaines : elle produit des cosmétiques.
Dernier produit : le masque au collagène avec particules d'or fin 24K.
Prix : 0,58 $ pièce
Prix public en Europe : 30 ? pièce.
Rentabilité immédiate assurée

Vous n'aurez bientôt plus que vos yeux pour pleurer ...
Réponse de le 25/07/2012 à 0:48 :
Bon courage, c'est comme le lait pour bébé à la mélamine...

a écrit le 23/07/2012 à 23:45 :
L'argument de la mondialisation est fallacieux: l'allemagne est en route vers le plein emploi, nous sommes en montée forte du chômage. Enfin ils soutiennent leurs entreprises au lieu de les accabler. Les chinois ne sont pas si cruels, sinon ils largueraient le dollar et achèteraient massivement des euros...
Réponse de le 24/07/2012 à 16:09 :
L'Euro a protégé l'Allemagne des dévaluations de ses voisins et a fait fonctionné l'industrie européenne selon les règles des Allemands (l'Euro adopte la même politique que le Deutsche Mark). Logique dans ces circonstances que l'économie allemande gagne du terrain alors que ses voisins en perdent. Ce n'est pas la mondialisation qui en est la cause, mais l'unification de l'Europe.
a écrit le 23/07/2012 à 17:48 :
"province chinoise de Shangyu"

je ne connais pas de provinces chinoises portant ce nom. Vérifier votre géographie...
a écrit le 23/07/2012 à 17:15 :
Il est urgent de (re) lire le livre de Sun Tze : "L'art de la Guerre".
a écrit le 23/07/2012 à 16:36 :
Finalement, c'est une assez bonne nouvelle pour nos amies fourmis travailleuses.
Ils rachètent la Grèce en super dépôt de bilan ce qui est de "bonne guerre" en libéralisme, mais nous on la renfloue et on rentabilise leur (s) achat (s).

Nous sommes les vrais philanthropes de la mondialisation.
Soyons fiers. Pauvres, mais fiers. Nos enfants nous disent merci Papa et Maman d'avoir tout vendu. Un peu comme les Beaufs de la 3è génération qui coulent la boite familiale en brûlant les billets d'un patrimoine construit par les précédentes génération, se foutant pas mal de la suivante. Quant aux grecs, à d'autres, ou aux "genre" banquiers donnant dans le grand banditisme...On adore. Ne changeons rien, surtout.
Réponse de le 24/07/2012 à 19:53 :
Mais l'Europe (UE) s'est toujours présentée comme le nec plus ultra de la vertu politique, économique, et autre. Toute chose à un prix. Fiers, mais pauvres, comme vous le dites si bien.
a écrit le 23/07/2012 à 15:50 :
Un monde global qu'il nous dise, c'est quoi? La mondialisation c'est quoi? On leur demande pourquoi. Ils nous répondent c'est comme ça on ne peut pas faire autrement. Nous aussi quand il faudra qu'ils nous rendent des comptes on leur dira c'est comme ça la guillotine.
a écrit le 23/07/2012 à 15:34 :
A ma connaissance ce n'est pas la Chine qui a poussé la Grèce à l'endettement via le "cheap money", à galvauder son marché et à accumuler les PPP pour provoquer ensuite une crise en faisant monter les taux en flèche après que l'Etat grec a mordu a l'hameçon. Résultat, la Grèce est contrainte de vendre son patrimoine.
Réponse de le 23/07/2012 à 17:13 :
Preuve qu'on a bien appris du cas grec, on fait de meme avec l'Espagne. Les chinois n'en peuvent plus de racheter ... formidable !!. Merci la Troika.
Réponse de le 24/07/2012 à 2:04 :
Bien sûr. C'est d'autant plus grave en Espagne que le ministre de l'économie ne propose aucune mesure de restructuration des crédits hypothécaires pour les impayés des particuliers qui se retrouvent à la rue (contrairement à ce qui a été fait en Argentine par exemple, la plupart des gens ont pu sauvegarder leur maison, cela fait des sans-logis et des dépenses publiques de moins). Dans des cas comme la Grèce ou l'Espagne, ou même la France maintenant, il devient urgent de revoir le système de libre-échange en fonction de l'emploi et de l'activité locale, de manière à permettre la consommation des produits locaux prioritairement.
Réponse de le 24/07/2012 à 10:05 :
Encore hier, j'achète des citrons sur un marché Languedocien ... origine : Argentine !
Allez comprendre, alors qu'en Grèce, les citrons pleuvent du ciel en ce moment ...

Monde pourri ... Tout ça finira bien mal ...
Réponse de le 24/07/2012 à 19:51 :
Probablement parce que les Argentins, en matière de citron, sont mieux organisés que les Grecs... Quand on vit à crédit, pourquoi se préoccuper de son verger. Une bonne partie de l'agriculture grecque est dans cet état.
a écrit le 23/07/2012 à 14:27 :
Ca nous changera de se faire acheter par les Américains, notez. O tempora, ô toujours absence de mores.
a écrit le 23/07/2012 à 14:02 :
ah la la, plus je lis la tribune plus je suis démoralisé, à croire que tout ça est bien calculé pour la chute de l'euro.
a écrit le 23/07/2012 à 13:59 :
Je me souviens que le plan B de Syriza en cas de refus de la Troïka de renégocier les conditions du Mémorendum était de se tourner vers la Chine ou la Russie... Pas sûr que c'était une si bonne idée finalement.
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/alexis-tsipras-le-melenchon-grec-qui-fait-trembler-l-europe_1126125.html
a écrit le 23/07/2012 à 13:55 :
voila,la mondialisation depuis le temps ,,,,il faut s y faire.....

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