La Tribune

La Lettonie, un "modèle d'austérité" pas si fiable...

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Romaric Godin  |   -  848  mots
Au cours du sommet de Bruxelles, le premier ministre letton a annoncé sa volonté de demander officiellement l'adhésion de son pays à la zone euro en 2014. Mais le "modèle letton" tant vanté par les partisans de l'austérité pourrait être un leurre.

La Lettonie veut devenir le 18e pays de la zone euro. Le premier ministre de ce pays balte de 2 millions d'habitants, Valdis Dombrovskis, a confirmé jeudi au Financial Times Deutschland en marge du sommet européen de Bruxelles qu'il allait déposer une demande officielle d'adhésion à la monnaie commune dans ce sens. Il a affirmé que son pays remplissait les critères d'adhésion depuis septembre. Le commissaire européen aux Affaires monétaires Olli Rehn a confirmé que «le pays a de bonnes chances de venir dans la zone euro». Si elle parvient à son but, la Lettonie sera le deuxième pays de l'ex-URSS après l'Estonie à adopter la monnaie commune. En septembre, la Banque de Lettonie avait déjà lancé un appel d'offre pour la confection des pièces en euros du pays. Valdis Dombrovskis a rejeté d'un revers de main les doutes sur la pérennité de l'euro. «Nous ne prenons pas un ticket pour le Titanic», a-t-il indiqué en se disant persuadé que l'Union européenne se dirigeait vers un Etat fédéral «qui se qualifiera non plus seulement pour le prix Nobel de la paix, mais aussi pour le prix Nobel d'Economie».

Portée symbolique

L'adhésion de la Lettonie aurait une portée symbolique forte, malgré la modestie de son poids économique (son PIB pèse 20 milliards d'euros). Le pays est en effet devenu l'exemple d'une «dévaluation interne» réussie, autrement dit d'une politique d'ajustement comme celle que l'UE et le FMI tentent d'imposer aux Etats du sud de l'Europe. En 2008, dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers, le pays, très dépendant de son commerce extérieur, a vu son PIB s'effondrer: -10% dès 2008, puis -18% en 2009. De surcroît, l'Etat a dû venir en aide à un secteur bancaire en faillite. S&P dégrade la note du pays au rang d'obligation pourrie.

Choix

A ce point, la Lettonie doit décider si elle laisse filer sa monnaie, le lats, afin de profiter de sa dévaluation, au risque d'entraîner une poussée inflationniste ou si elle s'engage dans le maintien de la parité entre le lats et l'euro. Cette dernière option nécessite alors un appel à l'aide internationale et une politique de soutien à la compétitivité, autrement dit, une dévaluation interne. Entre les deux options, Riga n'hésite en réalité pas une seconde. La classe politique lettonne tient à l'ancrage à l'Europe et est assez «germanisée» dans sa vision économique. Ce sera la dévaluation interne.

Redressement

La tâche est considérable: le déficit courant du pays atteint un cinquième de son PIB. En février 2009, le FMI et l'UE accordent un prêt de 7,5 milliards d'euros. Parallèlement, le gouvernement lance un plan drastique d'économies: un tiers des postes de fonctionnaires sont supprimés, les salaires sont réduits, même dans le privé. L'éducation et la santé sont fortement touchées. Mais la croissance revient progressivement en 2010. En 2011, elle atteint 5,5%. Les défenseurs de la stratégie de «dévaluation interne» crient tous au succès! La presse allemande, comme le Handelsblatt ou le FT Deutschland, multiplient les articles élogieux sur le «modèle letton» et les «efforts qui paient». Le FMI couronne le 5 juin dernier la Lettonie des lauriers de l'ajustement structurel. «La Lettonie peut servir d'inspiration aux leaders européens pour prendre en main la crise européenne», proclame Christine Lagarde. Le pays balte devient l'exemple que l'austérité porte ses fruits.

Polémique

Mais tout n'est pas si simple. Le succès de la Lettonie est mis en cause par de nombreux économistes, à commencer par le prix Nobel Paul Krugman qui, le 10 juin dernier, dans sa chronique dans le New York Times met en doute le succès de la «dévaluation interne» lettonne. Selon lui, le retour à un excédent courant est d'abord dû au recul des importations dues à la récession. «Je pense que les partisans de l'austérité avait besoin d'un héros et que l'Irlande a échoué sur ce plan», conclut-il.

Contre-exemple?

Dans une étude publiée en décembre 2011, Mark Weisbrot et Rebecca Ray, deux chercheurs américain du CEPR de Washington, montrent notamment que, en 2009 et 2010, il n'y a pas eu de fait d'austérité budgétaire. Et que c'est donc ainsi que le pays a pu sortir si rapidement de l'ornière. Selon eux, la contribution du commerce extérieur à la croissance lettonne est très faible. «La principale chose que les Lettons ont fait, c'est qu'ils n'ont pas fait ce qu'ils avaient promis au FMI et aux autorités européennes», écrit Mark Weisbrot dans le Guardian. Autrement dit, la Lettonie serait l'anti-Grèce, mais pas dans le sens où on l'entend au FMI ou à Bruxelles. Dans celui où elle n'a pas suivi la politique mortifère de la troïka pour pouvoir sortir de la récession. Du reste, ce que même Valdis Dombrovskis a dû reconnaître, c'est que l'euro est très impopulaire aujourd'hui en Lettonie.
 

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Commentaires

Et si ...  a écrit le 04/03/2013 à 17:30 :


...En 2009 on aurait laissé le choix à la Grèce entre la solution lettonne, soit " un plan drastique d'économies: un tiers des postes de fonctionnaires sont supprimés, les salaires sont réduits, même dans le privé.", soit la banqueroute et la sortie de l'euro ?
Dans un cas cas comme dans l'autre aujourdh'ui la Grèce elle aussi serait entrain de redémarrer,même en cas de banqueroute et de sortie de l'euro, la grèce n'ayant alors plus les moyens d'importer mais redevenant compétitive pour relocaliser, et étant redevenue une destination touristique bon marché aurait à nouveau vu affluer les touristes.
Même si cela leur aurait valu une cure d'austérité bien plus radicale que ce qu'ils ont connu.
Et le reste de l'Europe aurait fait de sérieuses économies , même en cas de banqueroute grecque, puisque cette banqueroute aurait eut lieu sur un montant de dette "relativement " peu élevée (pas comme le haircut qui a été fait sur un montant bien plus élevé :le surcroit de dette que la grece a engrangé pour maintenir un train de vie comme elle n'aurait plus du pouvoir en être en mesure , voire d'autres haircuts peut-être à venir.)
L'Europe allégée du fardeau grec aurait eut les moyens de moucher ceux qui voulaient spéculer contre les obligations souveraines d'europe du sud.
Les Us (et l'UK dans une moindre mesure) n'aurait pas pu faire avaler aux investisseurs "vous voyez l'état affreux des PIGS, de l'euro, à côté nos quantitaives easings c'est peanuts "
Et c'est le dollar et les obligations en dollar, pas l'euro et les obligations des pays d'europe du sud, qui auraient été dans la tourmente, à moins que l'amérique aie adopté une cure d'austérité comme on n'imagine pas aujourdh'ui qu'elle en serait capable.
Alors pourquoi ce plantage sur la grèce ?
Par incompétence ?
Ou délibérement pour "sauver" l'amérique et alors pourquoi ? sauver la capacité de l'amérique a être le gendarme du monde ?

Yaniv L.  a écrit le 20/10/2012 à 15:35 :

Je continue de penser qu'une dévaluation de la devise aurait été plus efficace qu'une "dévaluation interne" ou voir jouer sur les deux tableaux comme le fait la Hongrie.