« Un marasme d'une décennie menace la France ». C'est le patron de l'institut allemand Ifo qui l'assure délicatement

Par Romaric Godin  |   |  695  mots
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Hans-Werner Sinn affirme dans une tribune publiée par Wirtschaftswoche que la France est bien un pays du sud, contrainte à dix ans de déflation pour redresser la pente, et qui est également déjà sous aide de l'Europe, donc de l'Allemagne...

On le sait, la France n?est plus guère en odeur de sainteté dans l?intelligentsia allemande. Il ne manquait plus que l?inévitable prophète allemand anti-euro Hans-Werner Sinn, le président de l?institut économique munichois Ifo, pour sonner l?hallali. C?est chose faite avec une tribune signée dans l?hebdomadaire Wirtschaftswoche et intitulé « Un marasme d?une décennie menace la France. » Hans-Werner Sinn est connu outre-Rhin comme un des principaux critiques de la stratégie de sauvetage de l?euro mise en place par la chancelière Angela Merkel. Dans son dernier ouvrage « Le piège Target », il explique comment le système de paiements interbancaires de la zone euro, Target-2, place l?Allemagne dans l?obligation de sauver l?euro. En effet, la différence de compétitivité entre les pays de la zone euro a conduit à la crise qui, elle-même, a conduit à des fuites de capitaux des pays en crise vers les pays « sains » via le système Target.

Le « piège Target » se referme

Aujourd?hui, la Bundesbank est créditrice de quelques 700 milliards d?euros envers le système. Vient à tomber un domino de la zone euro et une part de ces créances est immédiatement perdue. D?où la nécessité désormais pour l?Allemagne de sauver l?euro. Et d?où le piège. Car ce système n?incite guère les pays du sud à se réformer. Du reste, le patron de l?Ifo en est persuadé : les pays du sud n?ont pour le moment fait aucun effort pour rétablir leur compétitivité.

Cette fois, Hans-Werner Sinn, qui se place ouvertement sous le patronage de la couverture récente de The Economist, rejette clairement la France dans cette division des « pays du sud » par lui honnie. Il dresse un tableau effrayant de la situation économique du pays, regrette que François Hollande ne soit pas Gerhard Schröder et fustige les « mesures keynésiennes » (mais lesquelles ?) qui « réduisent le besoin de réformes et la compétitivité et augmentent l?endettement de l?Etat.

La France, un pays du « sud »

Il en vient enfin au fait : jusqu?en 2009, la France a connu une croissance supérieure à l?Allemagne. Pourquoi ? Parce qu?elle « a participé au boom provoqué par l?euro dans l?ensemble de l?Europe du Sud. » Et Hans-Werner Sinn de poursuivre : « comme les pays en crise de la zone euro, la France a bâti une bulle inflationniste qui éclate avec la crise. » Peu importe que les Français n?aient pas eu le sentiment de vivre ce « boom inflationniste », l?économiste allemand estime, en s?appuyant sur les calculs de Goldman Sachs, que la France doit, comme l?Espagne, devenir « moins chère de 20 % » pour retrouver de la compétitivité et avoir un niveau d?endettement soutenable.

Pour une politique déflationniste

Hans-Werner Sinn le reconnaît : « devenir 20 % moins cher, autrement dit dévaluer en termes réels, n?est pas aisé. » Du coup, il promet un marasme de dix ans au pays à la condition que son taux d?inflation demeure durant cette période de 2 points inférieur à la moyenne de la zone euro. Une gageure qui ne pourra être approchée que par une vraie politique de déflation. Et pas, le rappelle l?économiste par une « politique de relance à la Hollande » (mais laquelle ?).

Pour finir, le patron de l?Ifo ne peut s?empêcher de conclure en rappelant que, selon lui, la France est déjà sous aide de l?Europe (entendez de l?Allemagne, évidemment, car pour Hans-Werner Sinn, seule l?Allemagne paie pour l?Europe). En effet, les banques françaises plus exposées que les banques allemandes aux pays du sud, ont bénéficié du soutien à ces pays. « L?Europe n?a pas que sauvé la Grèce avec ses décisions de la semaine passée, mais a surtout sauvé la France, son plus grand créancier et de loin », conclut Hans-Werner Sinn, oubliant encore de citer le cas de l?Irlande, renflouée pour sauver, cette fois, les banques allemandes?