Que peut faire l'Europe du logement social contre la crise ?

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La députée européenne Karima Delli (EELV) a rendu un projet de rapport sur le logement social dans l'Union européenne. Elle souhaite que l'Europe replace le logement subventionné au centre de ses préoccupations. Mais la partie est loin d'être gagnée.

Le logement social a des vertus dont l'Union européenne ne saurait se passer en ces temps de crise. C'est en substance le message qu'a voulu faire passer Karima Delli, député européenne (EELV) et auteure d'un rapport sur la question dans l'Union européenne. Face à la croissance du mal-logement, de la paupérisation, du chômage et de la précarité énergétique, elle estime que la pérennisation du logement social à l'échelle du vieux continent est une priorité.

10% des ménages utilisent plus de 40% de leurs revenus pour leur logement

"En 2010, 5,7 % de la population européenne souffraientt de privation de logement, alors que la Charte sociale révisée du Conseil de l'Europe fixe un objectif d'élimination progressive du phénomène de "sansabrisme". De plus, 17,86 % vivait dans des logements surpeuplés ou indécents et 10,10 % des ménages consacraient à leur logement 40 % de leur revenu disponible", indique la députée dans son rapport. Des défaillances factuelles du marché du logement en Europe auxquelles le logement social pourrait répondre, selon Karima Delli. Ce, "pour satisfaire l'ensemble des besoins en logements et pour garantir à tous l'accès à un logement décent à un prix ou à un loyer abordable".

Des vertus économiques...

Economiquement également, le logement social peut être efficient, d'abord par son rôle "contra-cyclique en faveur de la relance économique grâce au soutien apporté au secteur de la construction et de la rénovation". Ce qui, selon la députée, "contribue durablement à créer des emplois locaux non délocalisables". Mais aussi car une politique de logement social contrôlée peut permettre de lutter contre la spéculation et limite le risque de "bulles immobilières".

...et écologiques

Pour la députée EELV, "le secteur résidentiel représente le plus gros potentiel d'économies d'énergie après celui du transport", alors même que l'Union européenne s'est engagée à lutter lors des prochaines années contre les changements climatiques. "Le logement social peut donc contribuer à atteindre les objectifs climatiques de la Stratégie Europe 2020 et répondre ainsi à l'urgence environnementale, tout en réduisant la facture énergétique des ménages et la dépendance énergétique", estime Karima Delli.

Le logement social et les sacrifices budgétaires

Le soutien de l'Union européenne au logement social est d'autant plus indispensable que les Etats membres sont contraints de faire des arbitrages dans leurs dépenses. "Avec l'envolée des loyers et des prix de l'énergie, les aides sociales au logement sont mises sous pression alors que, dans le même temps, la crise de la dette pousse les Etats à faire des sacrifices dans les dépenses sociales", constate le rapport. La subsistance du modèle du logement social est mise à mal. C'est pourquoi Karima Delli et les acteurs du logement social plaident pour la création d'"un pacte d'investissement social en vue de renforcer la gouvernance économique et budgétaire de l'Union, en y incluant les investissements en matière de logements sociaux". Le rapport demande dans ce cadre à la Commission européenne de "mettre d'autres sources possibles de financement à disposition des Etats membres aux fins de promouvoir l'offre et la rénovation de logements sociaux".

Pessimisme ambiant

La partie est cependant loin d'être gagnée. L'ancienne secrétaire d'Etat au logement Marie-Noëlle Lienemann (PS) l'a rappelé lors d'un débat à l'Assemblée nationale qui a suivi la publication du rapport Delli. En effet au regard des exigences budgétaires prônées par l'UE, difficile d'imaginer aujourd'hui un traitement de faveur pour le logement subventionné. La politique de Bruxelles "va à rebours des besoins qui sont les nôtres" en matière de logement social, estime Marie-Noëlle Lienemann. Elle milite pour que le logement social n'ait plus a souffrir du débat sur les déficits publics. Et donc que les investissements le concernant soient sortis des exigences maastrichtiennes des 3%, au titre de leur statut d'"investissements sociaux et stratégiques".

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Commentaires
a écrit le 12/02/2013 à 17:30 :
Mais rien voyons, elle subventionne la vache européenne à raison de 12 euors et le chômeur à raison de 1,2 euros, cela démontre que la vache - c'est un animal pour les ignares - est plus importantes que l'humain on le savait pour le calibrage des fraises, mais à quoi sert en fin de compte les deux parlements européens ? mais à rien !
a écrit le 12/02/2013 à 16:50 :
La pire stupidité est le logement subventionné dit HLM. Ce sont des pièges à pauvreté financièrement mais encore plus intellectuellement : on ne va pas travailler lorsque l'on voit son voisin ne pas y aller. Il faut insérer les populations dans le tissu urbain ordinaire avec le coût de cet ordinaire. Ce qui ferait baisser les prix de l'immobilier. On sait que la sortie du marché de la tranche la plus pauvre permet une inflation des prix sans limite. Il faut alors encore plus de HLM pour y parquer la tranche suivante ... jusqu'à ce que tout le monde s'y retrouve et que l'on ne puisse plus construire faute d'acheteurs argentés. Le bloquage. Les riches profitaient alors de la hausse comme propriétaires jusqu'au moment où ils ne louent plus. Ils auraient pu profiter de la baisse et investir dans l'industrie. Un choix ancien de court terme sur lequel on semble revenir contraints et forcés. Seuls quelques idéologues comme cette députéé restent sur les vieilles logiques destructrices.
Réponse de le 12/02/2013 à 19:41 :
Comme très souvent Corso, je m'inscris dans le sillon de ce que tu écris.
Réponse de le 28/02/2013 à 17:42 :
Je suis en complet désacord. Ce que l'on appelle encore crise, et qui est plutôt une maladie chronique du logement vielle de 35 ans, retire sa cause principal de l'arrêt des subventions au logement HLM dans les années 70 (la terrible loi Barre de 1977 est le point de départ). Ainsi, plutôt que de financer la pierre, en construisant des Habitations à Loyer Modéré (bien lire les termes) faits pour tous (enfin 70% de la population), M. Barre a coupé ces aides pour les remplacer par les aides à la personnes (allocations logement) qui n'ont pas été réinvesties dans la construction, mais qui ont eu l'effet inflationniste sur les loyers. Résultat de 35 ans de cette politique : manque de logement ; inflation des prix d'achat et de location ; parc HLM, que l'on appelle maintenant social, devenu des ghettos de pauvres.
Il faut revenir 1- à l'aide à la pierre pour construire massivement des logements performants, économes et à bas loyer (qui feraient donc baisser les besoins en allocations logement...);
2- à une vraie politique du logement qui ne soit pas le rattrapage à la petite semaine, à travers plus d'une loi par an, des désastres créés par la politique idiote de ces dernières années (jamais remises fondamentalement en cause par la gauche, d'ailleurs).
a écrit le 12/02/2013 à 16:29 :
Je vois encore des subventions se profiler. Mais comme il n'y a pas d'argent, on va une fois de plus spolier les classes moyennes qui n'ont pas de grandes possibilités de se défendre. Marre des impôts et des taxes. Et que les élus de tous niveaux et de tous bords, les eurocrates, ..., bien logés dans les palais dorés de Bruxelles, de la nation ou des collectivités laissent un peu de place aux mal logés

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