La Tribune

Berlusconi en embuscade, Monti en panne... Comprendre les élections italiennes de ce weekend

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Romaric Godin  |   -  1392  mots
Les Italiens renouvellent leur parlement dimanche et lundi. Un scrutin à haut risque pour l'Europe en raison de la remontée de Silvio Berlusconi. Revue des scénarii possibles.

Un spectre hante l?Europe : le spectre de Silvio Berlusconi. Toutes les puissances de l?Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour le traquer : le pape et la Commission européenne, Angela Merkel et François Hollande, les conservateurs de France et les sociaux-démocrates d?Allemagne. Et évidemment, les marchés financiers.

Le retour du Cavaliere

Qui l?eût cru voici encore quelques mois ? Silvio Berlusconi, condamné pour fraude fiscale était au ban de l?Europe, devenu persona non grata dans les chancelleries. Nul ne pouvait imaginer qu?un tel paria jouât encore un rôle dans la vie politique italienne. C?était mal le connaître, comme c?était mal connaître son influence dans la Péninsule, qu?il a dirigé quatre fois pendant 9 ans au cours des vingt dernières années. Le Cavaliere a remonté la pente, rattrapant son retard face à un centre-gauche pâlot et soucieux d?apparaître comme avant tout « sérieux » et « gestionnaire. » En novembre, la coalition menée par Silvio Berlusconi avait 15 points de retard sur le centre-gauche. Les derniers sondages connus ne lui en donnaient plus que 5. Or, ces derniers sondages datent de deux semaines. le fruit d?une présence médiatique massive, d?une mobilisation de son électorat traditionnel et d?un discours anti-austérité. D?où la crainte des puissances de l?Europe de voir le Cavaliere réussir son pari et dépasser in fine le centre-gauche.

L?enjeu du Sénat

La loi électorale italienne raisonne en coalition. Les partis s?allient dans des coalitions et c?est le score de ces dernières qui sont décisives pour le calcul des représentants. A la chambre, la coalition qui arrive en première position au niveau national rafle la majorité des sièges. C?est pourquoi on craint que Silvio Berlusconi ne rattrape son retard. Mais en réalité, le Cavaliere a déjà gagné son pari. Au Sénat, la majorité est en effet donnée à la coalition en tête dans chaque région. Avec sa remontée spectaculaire, le centre-droit berlusconien devrait ainsi emporter quelques-uns de ses bastions traditionnels : Lombardie, Campanie, Latium et Sicile. S?il rafle plusieurs de ces régions clés, Pier Luigi Bersani, le leader du centre-gauche sera privé de majorité au Sénat. Or, pour gouverner l?Italie, il faut disposer d?une majorité dans les deux chambres, à la différence de la France ou de l?Allemagne.

De la rigueur aux urnes

Le Cavaliere a donc réussi à être ce grain de sable qui a troublé la campagne. Et à faire trembler les marchés et les institutions européennes. Eux qui, en novembre 2011, avait réussi grâce à l?appui de la BCE, à se débarrasser de l?industriel pour le remplacer par Mario Monti, un technocrate chargé de rétablir la confiance. Et qui, de ce point de vue, a réussi son pari puisque le « spread », la différence entre les taux allemands et italiens à 10 ans, s?est réduit. Mario Monti a « réformé » l?Italie au pas de charge. Il s?est surtout efforcé de rétablir l?équilibre des comptes publics hors services de la dette (la « balance primaire ») en augmentant les impôts, notamment le très impopulaire impôt foncier IMU et la TVA. Il a aussi coupé dans les dépenses publiques : santé, transport, fonction publique. Bruxelles et les marchés s?en sont félicités, y voyant les bases de la « croissance future. » Mais les Italiens ont moins apprécié. L?effet des réformes ? notamment de la demi-réforme du marché du travail ? sur la croissance potentielle italienne reste incertain. En revanche, ses effets récessifs sont prouvés : l?Italie a subi fin 2012 son sixième trimestre de contraction du PIB. A ? 0,9 % sur les trois derniers mois de l?année (-2,3 % sur un an), la potion est très amère. Et les lendemains qui chantent ne sont pas pour demain : la croissance ne devrait revenir qu?en 2014 de façon fort timide. Selon le FMI, en 2017, la richesse italienne restera inferieure de 2 % à celle de 2008. Pas de quoi se réjouir donc.

Les adversaires de Mario Monti ont le vent en poupe

De fait les Italiens ne se réjouissent guère et l?entrée (à reculons) en politique de Mario Monti a été un vrai échec : sa coalition ne devrait pas atteindre son objectif de 15 % des voix. Sa place sera celle d?un second couteau. Ceux qui ont le vent en poupe, ce sont, au contraire, les adversaires de Mario Monti. Silvio Berlusconi, bien sûr, qui a fait campagne clairement contre le président du conseil et sa politique « inféodée » à l?Allemagne. Mais aussi Beppe Grillo, électron libre insaisissable, libertaire et autoritaire, populiste et innovant, qui a su mobiliser les masses frappées par la rigueur autour d?un discours contre les élites politiques traditionnels et « l?Europe de Bruxelles. » Son « Mouvement 5 Etoiles » pourrait atteindre 15 % des voix et devenir le troisième parti du pays. Enfin, l?extrême-gauche, regroupée autour d?un magistrat anti-mafia, Antonio Ingroia, semblait devoir faire un bon score, peut-être 5 à 6 % des voix (contre 2 % voici 5 ans) au détriment du centre-gauche.

Les scénarii

Le résultat de ces élections sera donc un test pour l?Europe de l?austérité et pour la confiance des marchés dans l?Italie. Que peut-il se passer ? Quatre scénarii se dessinent :

1/ Victoire du centre-gauche.

La coalition de Pier Luigi Bersani arrive en tête et emporte la majorité des sièges au Sénat. Il forme un gouvernement disposant d?une majorité claire. Les marchés sont rassurés, mais placent le nouveau gouvernement sous surveillance : il lui faudra montrer sa volonté de réformer encore le pays. Or, dans la coalition de centre-gauche, certains, comme le président de la région des Pouilles; Nicchi Vendola, ancien communiste intransigeant, réclament un adoucissement de la rigueur. Le spread pourrait connaître quelques sursauts. Ce scénario est de moins en moins probable au regard des derniers sondages.

Probabilité : 20 %

2/ Coalition Bersani-Monti

C?est le scénario rêvé de Bruxelles et des marchés. Avec l?aide involontaire de Beppe Grillo et Silvio Berlusconi, Mario Monti devient l?arbitre de la formation d?un nouveau gouvernement. Le centre-gauche a besoin de son appui pour former une majorité au Sénat. Il entre au gouvernement. Les marchés sont rassurés et y voient un gage de stabilité et de réformisme. Le spread se réduit. C?est sans doute le scénario le plus probable.

Probabilité : 50 %

3/ Le blocage institutionnel

Si la poussée de Silvio Berlusconi ne lui permet pas d?obtenir la majorité à la chambre, mais lui assure le succès dans la plupart des régions clés, Mario Monti ne disposera pas de suffisamment d?élus pour former une majorité avec le centre-gauche au Sénat. Il sera alors impossible de former un gouvernement. Une crise politique s?ouvrira : il faudra trouver un nouveau « technicien » pour gérer le pays en attendant, sans doute de nouvelles élections. Les marchés risquent alors de s?alarmer du temps perdu et de paniquer. Le spread pourrait s?envoler, contraignant l?Italie à se tourner vers le MES pour bénéficier du programme OMT de rachat de titres de la BCE. La crise européenne sera alors réactivée, car le Bundestag devra donner son feu vert à cette aide? Cette situation est loin d?être improbable si Silvio Berlusconi s?approche du centre-gauche de très près et mobilise son électorat dans le sud et en Lombardie.

Probabilité : 20 %

4/ Le scénario catastrophe

La coalition berlusconienne l?emporte finalement à la chambre. Le Sénat n?a pas de majorité. On revient à la situation précédente, mais avec un Silvio Berlusconi en position de force et peut réclamer la formation d?un gouvernement d?alliance. Mais un accord avec Mario Monti ou Beppe Grillo semble peu probable. Les marchés paniquent et vendent massivement la dette italienne. La crise européenne est réactivée, une solution d?urgence doit être trouvée. Ce scénario semble encore peu probable, mais il n?est pas tout à fait à exclure.

Probabilité : 10 %
 

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Commentaires

Frédéric romano  a écrit le 27/02/2013 à 12:42 :

Berlusconi ou monti goldmansach, les italiens ont bien compris...

Danger  a écrit le 24/02/2013 à 21:14 :

J'espère que les italiens n'auront pas la Berlue...

Ghostly  a écrit le 24/02/2013 à 11:23 :

Berlusconi a divorcé et le Milan Ac va peut être éliminer le Barça en C1. De belles soirées "Bounga Bounga" en perspective... Forza Italia.

virez moi ce comptable  a écrit le 24/02/2013 à 11:18 :

Vive l imagination.

La solution est le protectionnisme  a écrit le 23/02/2013 à 11:39 :

Il faudra bien revenir un jour à une sorte de protectionnisme pour compenser les différences fondamentales entre pays. Un protectionnisme qui pénaliserait les importations et encouragerait la production locale. Une TVA différentielle me semble être la solution la plus rapidement applicable. TVA réduite (15%) sur toute production locale et majorée (25%) sur produits importés. Ceci devrait encourager les multinationales à investir dans les pays déficitaires afin d'y garder leurs débouchés. A la base du problème du surendettement il y a les excédents et déficits des balances commerciales. Quand un pays produit plus qu'il ne consomme (Allemagne 15 MILLIARDS PAR depuis plus de quinze ans, Chine, etc.,) et qu'il exporte cette surproduction il y aura forcément un autre pays qui consommera plus qu'il ne produit (France, etc.,) . La est en fait tout le problème. Le déficit budgétaire n'est souvent que la conséquence du déficit de la balance commerciale, puisque causé par le manque à gagner du aux chômage, lui même du au déficit de la balance commerciale.
Il est inconcevable qu'un pays, la France ou l'Italie en l?occurrence, se laissent dicter leur politique sociale par l'Allemagne pour ainsi augmenter leur compétitivité et éviter le déficit de la balance commerciale. Chaque pays doit pouvoir choisir la politique sociale la plus appropriée et qui lui convient le mieux.

ALARPAD  a répondu le 23/02/2013 à 15:53:

JE CROIS QUE VOUS FAITES UNE ERREUR FONDAMENTALE EN MATIERE ECONOMIQUE MONSIEUR .QUI PAIE LES CHOMEURS LES PAYS EN PRELEVANT ENCORE PLUS SUR LE PEUPLE D'ABORD , QUAND CES DERNIERS NE PROPUISENT PAS ASSEZ .TRES SINCEREMENT

Mireille  a écrit le 23/02/2013 à 8:50 :

La-bas aussi, ils sortent par la porte, et reviennent par la fenêtre ! toujours les mêmes vieilles vedettes"! quand aurons nous, un peu des hommes politiques, jeunes et bien "inspirés", surtout !!

Partis  a répondu le 23/02/2013 à 12:35:

Lorsque les partis n'est ont plus verrouillés de l?intérieur. Les partis sont des machines a faire gagner leur candidat, a tous échelons politique( communes département...)? Des lors que vous n'êtes pas dans cette ligne, vous êtes exclus. De plus les élections ne sont pas franchement démocratiques et se font par les militants et pas par les électeurs. Or les imitants ont souvent des avis très différents, plus tranchés, que les sympathisants. Quant au système majoritaire a deux tour, il favorise le bipolarité et exclut les entrants.
Pour changer la politique, la faudrait changer le système électoral et changer la politique locale. Le cumul des mandats, spécificité française a ce niveau de cumul, fait des hommes politiques des politiques de métier. Ils sont si souvent élus a un titre ou un autre que lorsqu'il perdent un mandat, il leur en reste un local. La peur du chômage les pousse a tout faire pour se faire réélire ( démagogie) et a verrouiller le système. C'est aussi vrai dans le monde de l'entreprise ou de jeunes trop compétents et imprudents, stagiaires, cdd, intérimaires, se font "avoir " par leur supérieur ou collègues s'il se sentent menacés.

yokikon  a écrit le 22/02/2013 à 15:16 :

Pourquoi tout compliquer ? Et si les populations en Europe en avaient marre des simagrées de leurs dirigeants depuis cinquante ans ? Même le Cameron insulaire du foirail délétère européen a exprimé cette constatation.

mas.  a écrit le 22/02/2013 à 15:09 :

Berlusconi ne passera pas.Les Italiens ne sont pas dupes.Pour eux , Berlusconi est devenu un joueur de fifre.

Pas sur  a répondu le 23/02/2013 à 12:39:

Ne sous estimons pas la force légendaire de la démagogie, surtout en période de stress économique. Même s'ils ne sont pas entièrement dupe de Berluscuni, ils peuvent voter pour lui pour faire la nique aux autres, a l'Europe...et puis se dire qu'aux élections suivantes ils changeront...

celthic  a répondu le 23/02/2013 à 17:50:

j'ai du mal à imaginer qu'il y ait encore un italien à croire en berlusconi C'est faire injure à l'intelligence humaine que d'accorder une seconde d'intérêt à ce guignol.

@ celthic  a répondu le 24/02/2013 à 11:46:

+ UN

Goch  a écrit le 22/02/2013 à 14:09 :

J'avais oublié ces "scénarii" qui sentent si fort le bobo des années 80....

Durand  a écrit le 22/02/2013 à 11:04 :

Silvio, le retour ? Si tel devait être le cas l'Euro pourrait tanguer et l'Europe pourrait trembler sur ses bases.

Spread?  a écrit le 22/02/2013 à 9:55 :

Seul le spread semble être important. Donc si c'est un problème, il faut faire évoluer la façon dont les états de se financer non ? Des élections ne se résument pas au seul volet financier... enfin il me semble que ces dernières années on nous a un peu trop bourré le mou avec la relation finance/économie. Au lieu de vouloir absolument remonter quelquechose sur les mêmes bases décrépies, il vaut mieux parfois faire table rase de l'existant pour repartir, mais cela demande du courage.

Espoir  a écrit le 22/02/2013 à 9:45 :

Je suis loin d'être un fan de Berlusconi néanmoins je dois avouer que son élection me ferait le plus grand plaisir car elle irait dans le sens d'une remise en cause de l'UE et de l'euro ce qui serait une excellente nouvelle pour les peuples européens.

jdivision  a répondu le 24/02/2013 à 20:42:

Dans ce cas c'est le parti de Grillo qui doit gagner car cela impliquerait une sortie l'Italie de la zone euro et ferait d'autre émules. Cela serait enfin la fin de l'Europe.

chant des sirènes ! pour masochistes  a écrit le 22/02/2013 à 9:29 :

c'est une constante dans le monde ! les mêmes causes produisent les mêmes effets et pourtant les citoyens en redemandent et en boucle .... surprenant ! les prétendants auraient tord de ne pas profiter de cette betise aveugle et consentante .. " fais moi mal silvio " dans les couples il y a parfois le même problème de violence et tout reste en l'état ..à croire que le remède est pire que le mal .

Merlusconi  a écrit le 22/02/2013 à 9:25 :

Je viens d'entendre votre respo eco Philippe Mabille parler des similitudes entre l'économie Italienne et Française (parlant meme d'une dette publique assez proche...90% ...120%) sur LCI ce matin
En dehors de cette lecture un peu grossière, pour ne pas dire non professionnelle, il est assez triste de voir avec quel prisme, digne d'un Foxnews sur l'Europe, une des rares journaux économiques français analyse encore le second partenaire économique de la France. ...
Pour votre information, l'Italie c'est aussi (et avec tous ses défauts), une industrie plus forte (dans le PIB) à l'opposée du desert français, une force exportatrice plus efficace que la France et un taux de chômage structurellement plus bas que la France ces derniers années.

Dans l'espoir de rappeler à M. Mabille qu'une intervention sur LCI n'est pas uniquement l'occasion de faire de la publicité pour le journal mais aussi un exercice de rigueur professionnelle.

ALARPAD  a répondu le 23/02/2013 à 15:59:

TOUT A FAIT D'ACCORD .MAIS N'OUBLIONS PAS NOTRE INDUSTRIE FRANCAISE AIRBUS ,ALSTHOM, DASSAULT ,NOTRE SAVOIR FAIRE EN CENTRALE NUCLEAIRE .QUEL DOMMAGE QUE NOS SOCIALISTES SYNDICALISTES DETRUISENT TOUT CELA .TRES SINCEREMENT

Italy  a écrit le 22/02/2013 à 9:10 :

M Berlusconi va nous sauver, il est trop fort. L'Italy compte sur vous^^