La Tribune

BCE : Mario Draghi n'a pas grand chose à dire...et le prouve

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Romaric Godin  |   -  614  mots
Le président de la BCE a mené une conférence de presse assez terne où il a surtout été question de la communication de l'institution de Francfort. Décryptage.

« Les banquiers centraux n'ont-ils plus rien à dire ? », titrait ce jeudi matin la note d'analyse quotidienne d'Aurel ETC Pollak. Un titre prémonitoire de la conférence de presse d'août de Mario Draghi, le président de la BCE,  qui ne se sera guère attardé sur la situation économique pour se concentrer sur la stratégie de communication de la BCE. Autrement dit, la BCE a surtout parlé de la façon dont la BCE devait parler. Ce que, en linguistique, on appelle du métadiscours. Un procédé très pratique à utiliser lorsque, précisément, on n'a rien à dire sur le fond.

Espoirs de reprise, sans plus

Le fond, c'est évidemment la situation économique de la zone euro. Le président de la BCE, Mario Draghi s'est limité à affirmer, comme toujours depuis quelques mois, qu'il s'attendait à une reprise au second semestre qui ne remettra cependant pas en cause le faible niveau d'inflation. La BCE s'attend même à ce que la hausse des prix soit encore plus faible dans les mois qui viennent en raison principalement de l'évolution des produits énergétiques. En 2014, la très espérée reprise des exportations viendra consolider la reprise. Suit le discours habituel sur les nécessaires réformes structurelles, et l'affaire est entendue. Voilà pour le fond. Rien sur l'aide au crédit pour les PME, rien sur la menace du ralentissement chinois, rien sur les besoins supplémentaires de la Grèce...

De l'art de manier le « forward guidance »

Mario Draghi a ainsi pu consacrer l'essentiel de la conférence de presse à parler de la stratégie de communication de la BCE. Sous deux aspects. Le premier est le fameux « forward guidance », l'assurance répétée dans la déclaration d'ouverture que le niveau des taux restera « durablement égal ou inférieur » à celui d'aujourd'hui. La discussion s'est longtemps attardée sur cette question fondamentale : la BCE doit-elle ou non répéter le « forward guidance » chaque mois ?

Mario Draghi a répondu avec toute la subtilité du banquier central. En théorie, non, car le but de cette stratégie est précisément de ne pas devoir chaque mois répéter cette formule puisque l'idée est d'avoir une position durable et non pas une position qui doit être chaque mois renouvelée. Seulement voilà, précise Mario Draghi, les journalistes et les marchés « pourraient ne pas comprendre » l'aspect durable du « forward guidance. » Alors, on le précise à nouveau.

Les minutes publiées, mais comment ?

Autre sujet très en vue : la publication des minutes qui fait notamment débat en Allemagne. Mario Draghi s'est voulu sur ce sujet très prudent, plus presque que dans son interview accordée à la Süddeutsche Zeitung mardi. « Nous sommes encore à un niveau de réflexion peu avancé », a-t-il précisé. Tout en défendant le principe de la publication des minutes qui « enrichit » la communication de la BCE, il a convenu que « nous ne sommes pas la banque centrale d'un seul pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou le Japon » et qu'il ne faut pas que cette publication « réduise l'indépendance des banquiers centraux. » nous n'en saurons pas davantage, sauf qu'une proposition interviendra cet automne.

Attentisme des banques centrales

Cette conférence de presse mensuelle assez terne, qui fait suite à un communiqué assez ambigu de la Fed mercredi, laisse en effet songeur sur la capacité d'action des banquiers centraux. Il semble que ces derniers se placent désormais dans une attitude d'observateurs plus que d'acteurs. Ni la Fed, ni la BCE ne sont plus en mesure d'agir réellement sur la conjoncture, mais seulement de réagir à son évolution.

 

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Commentaires

Arminius  a écrit le 11/08/2013 à 19:41 :

Ce qui me surprend c'est que le deutsche-nationaler Weidman (Bundesbank) ne la ramène plus depuis quelques temps!
Aurait-il enfin compris qu'il ne comprend rien?

TC  a écrit le 02/08/2013 à 11:45 :

Mais que voulez-vous qu'ils disent les banquiers centraux ? Ils sont arrivés au bout des moyens qui étaient à leur disposition. La morale de l'histoire, s'il en faut une, c'est que cela démontre que l'argent, qui est pourtant placé au coeur de nos sociétés comme le Saint Graal à rechercher coûte que coûte, est totalement impuissant face aux forces des réalités de notre monde.

BA  a écrit le 02/08/2013 à 10:01 :

Est-ce que Mario Draghi a été capable d'éteindre le petit incendie qui ravageait un petit pays, la Grèce ? Réponse : non. Et c'est même encore pire : MaDraghi a été incapable d'empêcher ce petit incendie de se propager vers les autres pays européens. Ensuite, est-ce que Mario Draghi a été capable d'éteindre le petit incendie qui ravageait un petit pays, l'Irlande ? Réponse : non. Ensuite, est-ce que Mario Draghi a été capable d'éteindre le petit incendie qui ravageait un petit pays, le Portugal ? Réponse : non. Est-ce que Mario Draghi a été capable d'éteindre le petit incendie qui ravageait un petit pays, Chypre ? Réponse : non. Etc, etc. Aujourd'hui, neuf pays européens sont en faillite. Nous devons bien lire et relire les chiffres inimaginables de la dette publique de ces neuf pays. Les neuf pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

1- Médaille d?or : Grèce. Dette publique de 305,291 milliards d?euros, soit 160,5 % du PIB.

2- Médaille d?argent : Italie. Dette publique de 2034,763 milliards d?euros, soit 130,3 % du PIB.

3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 208,284 milliards d?euros, soit 127,2 % du PIB.

4- Irlande : dette publique de 204,054 milliards d?euros, soit 125,1 % du PIB.

5- Belgique : dette publique de 394,220 milliards d?euros, soit 104,5 % du PIB.

6- France : dette publique de 1870,294 milliards d?euros, soit 91,9 % du PIB.

7- Espagne : dette publique de 922,828 milliards d?euros, soit 88,2 % du PIB.

8- Royaume-Uni : dette publique de 1385,701 milliards de livres sterling, soit 88,2 % du PIB.

9- Chypre : dette publique de 15,342 milliards d?euros, soit 86,9 % du PIB.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072013-AP/FR/2-22072013-AP-FR.PDF

Sun Tzu  a répondu le 02/08/2013 à 17:11:

Toujours à débiter les mêmes fadaises, au fait Draghi n'était pas à la tête de la BCE quand la contagion de la crise de la dette a démarré ni même quand elle s'est propagée, en revanche il l'a stoppée l'été dernier avec une seule phrase. (pour autant la BCE peut être testée à nouveau), C'est bien de s'intéresser à la finance mais un copier coller des ratios dette PIB et 3 jours de recul sur la lecture de quotidiens éco c'est un peu light pour balancer des pavés incendiaires.

toto83  a répondu le 12/08/2013 à 3:27:

et oui, on peut avoir une seule monnaie pour 18 économies différentes !!! on crée une monnaie plurie-nationales quand on crée un empire. cette empire prend l'eau de toute part.

jeff  a écrit le 01/08/2013 à 20:19 :

A la différence des politiques, les banquiers centraux savent que pour avoir une parole qui porte et qui soit prise au sérieux, il faut qu'elle soit rare et suivi d'effets. Le silence est parfois plus puissant que le caquettement de la classe politique.

bof  a écrit le 01/08/2013 à 19:14 :

notre bon romaric découvre que les banques centrales sont aux ordres des gouvernements...."si vous avez compris ce que j'ai dit,c'est que je me suis mal exprimé"!

Le château de carte  a écrit le 01/08/2013 à 17:27 :

"Ni la Fed, ni la BCE ne sont plus en mesure d'agir réellement sur la conjoncture, mais seulement de réagir à son évolution." === Conclusion qui résume assez bien la situation économique d'une "Europe" mal conçue dès le départ et qui trouve aujourd'hui ses limites. Tout autre commentaire est superflu !

toto83  a répondu le 12/08/2013 à 3:31:

l?Europe est suffisamment bien conçue quand on sait à qui profite le crime. Les états-unis ont été assez fort pour crée l?Europe de toute pièce depuis Washington, pour y créer une dette public obligeant les états à vendre leur patrimoine et deviné qui rachète les entreprises publics qui privatisent ??? Les états-unis, à qui profite le crime ?