Allemagne : un salaire minimum pour quoi faire ?

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Un magasin de distribution alimentaire en Allemagne. 22 % des salariés du secteur de la consommation ont aujourd'hui un salaire inférieur à 8,50 euros par heure.
Un magasin de distribution alimentaire en Allemagne. 22 % des salariés du secteur de la consommation ont aujourd'hui un salaire inférieur à 8,50 euros par heure. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le salaire minimum unique à 8,50 euros sera un des enjeux des discussions de coalition en Allemagne.Pourtant son impact social et économique pourrait ne pas être aussi important qu'on l'imagine.

La question du salaire minimum unique va être au centre des discussions pour la formation d'une coalition en Allemagne. Mais si les Sociaux-démocrates parviennent à imposer leur revendication d'un salaire minimum pour tous,  les performances de l'économie allemande s'en ressentiront-elles ? C'est ce qu'a laissé entendre mercredi soir, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann. Mais qu'en est-il vraiment ?

Une généralisation plus qu'une création ex nihilo

Premier constat : le système du salaire minimum existe déjà en Allemagne. Mais il n'est pas unique. Il est fixé pour certaines branches, environ une dizaine, et, à l'intérieur de chaque branche, le salaire minimal varie toujours entre les Länder et de l'est et de l'ouest, avec parfois un niveau intermédiaire spécifique pour le Land de Berlin. Bref, c'est un système complexe qui vise à préserver la compétitivité de chaque secteur et la rentabilité des entreprises.

C'est ce système « à la carte » que la CDU entendait généraliser avec sa proposition de « limite basse des salaires » qui fixait un niveau en deçà duquel on ne pouvait descendre par branche et par grandes régions. Mais les Sociaux-démocrates, qui ont été à l'origine entre 2005 et 2009, de ces salaires minimums flexibles, se sont désormais convertis à un système plus rigide. Ils pourraient donc obtenir comme prix de leur ralliement à la chancelière la fixation d'un salaire minimum unique et commun à toute l'Allemagne à 8,50 euros bruts de l'heure.

Répartition des bas salaires

Une étude assez complète de l'institut DIW de Berlin, parue mercredi, fait le point sur les conséquences concrètes de l'introduction d'une telle mesure. Aujourd'hui, selon ces chercheurs, 17 % des salariés allemands reçoivent un salaire inférieur à 8,50 euros de l'heure. Ils sont pratiquement deux fois plus nombreux à l'Est, où ils représentent 27 % des salariés, qu'à l'Ouest, où ils ne constituent que 15 % des salariés.

Ce type de bas salaires est particulièrement répandu chez les personnes n'ayant pas de diplômes (34 % de cette population), chez les jeunes (44 %) et chez les personnes ayant une activité restreinte de quelques heures (54 %). Les femmes représentent 62 % des personnes payées en dessous de ce seuil.

En termes sectoriels, outre l'agriculture qui fait un usage intensif des bas salaires (34 % des salariés touchent moins de 8,50 euros de l'heure), les services à la consommation et aux entreprises sont ceux qui font le plus usage de ces bas salaires. La moitié des salariés payés en deçà du futur salaire minimum sont actifs dans les services à la consommation.

37 % de plus pour les salariés, 3 % de coûts en plus pour les entreprises

Pour toutes ces personnes, l'introduction d'un salaire minimum serait une mesure notable. Selon le DIW, leur salaire augmenterait en moyenne de 37 %. Si dans le secteur de l'énergie, la hausse salariale ne serait que de 15 %, dans le secteur des services aux entreprises, elle atteindrait 39 %. Néanmoins, la facture finale pour les entreprises serait plus faible.

Le DIW estime que la masse salariale des entreprises allemandes augmenterait de 3 % en moyenne : les secteurs les moins touchés seraient les services financiers et l'énergie dont les coûts salariaux resteront stables. En revanche, les services aux particuliers (hausse de 4 %), aux entreprises (+3 %) et l'agriculture (+6 %) seront plus sensibles à la mesure.

Plus la taille de l'entreprise est importante, moins le salaire minimum sera douloureux. Globalement, donc l'impact sur la compétitivité sera très faible, car les entreprises qui exportent seront peu touchées.

Une bonne formule ?

A première vue, donc, le salaire minimum permet d'améliorer sensiblement le niveau de rémunération des personnes les moins bien payées, tout en étant relativement supportable pour les entreprises. D'autant que l'on peut espérer que le secteur de la consommation profite de ces augmentations massives en partie.

Mais l'étude du DIW se veut plus circonspecte. Si les chercheurs conviennent qu'un tel salaire minimum « réduirait les inégalités de salaires au sein des entreprises », il n'est pas réellement efficace, selon eux, pour réduire les inégalités de revenus au sein de la société et pour combattre la pauvreté.

Pas de vraie réduction de la pauvreté

Selon les calculs de l'institut, le coefficient de Gini, indicateur utilisé pour mesurer l'inégalité au sein d'une économie ne bougerait pratiquement pas en Allemagne avec l'introduction d'un salaire minimum à 8,50 euros bruts de l'heure. Il est actuellement de 0,276, il passerait à 0,2743…

« Les salariés qui touchent les plus bas salaires ne sont en aucun cas tous concentrés dans les niveaux de revenus les plus bas, ils sont répartis dans l'ensemble du spectre de revenus des ménages », rappelle l'institut qui ajoute : « les bas salaires sont souvent combinés au sein d'un ménage avec un revenu moyen ou un revenu élevé. »

De même, le pouvoir d'achat n'augmente pas toujours. Outre une hypothétique hausse des prix évoqué par le DIW dans les secteurs les plus sensibles à l'introduction du salaire minimum, la hausse d'un bas salaire peut conduire à une hausse d'impôt ou à une réduction des transferts sociaux d'un ménage et, ainsi, se révéler nul en termes de gains de pouvoir d'achat.

Quels conséquences sur l'emploi ?

Reste la question de l'emploi. Ce point est évidemment le plus polémique et celui qui a le plus intéressé la littérature scientifique. La théorie néoclassique considère qu'un niveau de prix fixé par l'État sur le marché de l'emploi empêche l'ajustement « naturel » de l'offre et de la demande. Il créé donc un déséquilibre qui débouche sur du chômage supplémentaire.

Plusieurs études ont cependant modéré cette vision et le DIW doit reconnaitre - comme Jens Weidmann mercredi - que « les effets du salaire minimum sont, d'un point de vue théorique, incertains et dépendent de plusieurs paramètres comme la structure du marché, les institutions du marché du travail et le niveau du salaire minimum. »

Le DIW indique donc qu'il est très difficile d'évaluer l'impact de l'introduction des salaires minimums dans les branches qui en sont dotés en Allemagne. Et qu'il lui est donc difficile de juger de l'impact d'un salaire minimum unifié à 8,50 euros de l'heure sur l'emploi allemand. Même s'il estime qu'il sera sans doute trop élevé.

Des secteurs touchés, mais pour quels effets ?

La situation particulière du marché allemand où règne une pénurie de main d'œuvre dans certains secteurs même sous-qualifiés ou encore la flexibilité du marché qui ne sera pas remis en cause par le salaire minimum pourrait permettre d'amortir un choc qui, on l'a vu, reste très modéré en termes financiers pour les entreprises.

Certes, certains secteurs, notamment l'agriculture qui a fondé sa compétitivité internationale sur les bas salaires, ou certains services, pourraient être tentés de gagner en productivité et donc de débaucher. Mais il est difficile de savoir si ces personnes ne pourront pas retrouver un emploi dans d'autres secteurs moins sensibles au salaire minimum. Pour Jens Weidmann, comme pour les économistes libéraux allemands, l'effet nocif du salaire minimum sur l'emploi paraît évident :

« Même si un salaire minimum n'influence pas directement le chômage, il peut avoir un effet négatif sur la dynamique de l'emploi, car il existe le risque que les entreprises, dans la croissance, embauche moins », a affirmé mercredi le patron de la Buba.

Une mesure pour rien ?

Comme le souligne le DIW, si l'Allemagne introduit ce salaire minimum unique, ce sera un « cas expérimental» qui fera sans doute l'objet de nombreuses études d'économistes. Mais qui pourrait aussi n'être qu'un coup d'épée dans l'eau. Le salaire minimum à 8,50 euros des Sociaux-démocrates pourrait être aussi neutre en termes d'emplois qu'en termes de lutte contre les inégalités.

A LMIRE >>>> L'étude complète du DIW (en allemand).

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Commentaires
a écrit le 21/11/2013 à 14:19 :
Pour les grands patrons et les ultra riches, tout salaire supérieur à 0 est excessif et l'esclavage, moderne ou pas, reste le must!
a écrit le 08/10/2013 à 14:33 :
"Les abbatoirs bretons sont en difficulté face à la concurrence allemande", et les bretons les accusent les allemands d'avoir des ouvriers pas chers. Pff foutage de .
a écrit le 08/10/2013 à 12:31 :
En Allemagne ils ne gagnent que 400 EUR le mois et environ 1 EUR l'heure, mais leurs coûts de vie sont tellement inférieures. Mes amis en Allemagne se sont construit une maison toute neuve pour 5500 EUR et les deux Mercedes neuves leur ont coûté à peine 900 EUR chacune. Quand ils vont au restaurant à 5 personnes la soirée se fait avec 4 EUR tous les repas et boissons inclus. J'y ai même assisté. C'est super !!
a écrit le 01/10/2013 à 10:36 :
au derniere informations l allemagne a perdu 1 millions d emigres s il sont repartie c est qu e qu ils ne peuvent plus vivre de leur travail DONC L ALLEMAGNE A INTERE A FAIRE UN SMIC POUR LES PETITS OUVRIERS CAR ILS COMMENCE A MANQUE CRUELLEMENT DE MAIN DOEUVRE SURTOUT SI LA REPRISSE DE L ECONOMIE REPART ???
a écrit le 29/09/2013 à 12:36 :
Cette étude montre bien que l'Allemagne ne peut pas être un modèle à copier !
Imaginons maintenant que tous les pays de la zone euro soient la copie conforme de l'économie allemande ? A moins de se faire une concurrence sans merci, ce qui n'est pas le but de la zone euro, pour être le plus compétitif et vendre tout et n'importe quoi aux voisins, ce qui serait une belle fuite en avant devant le moins disant social (adieu la belle consommation des ménages), nous ne pourrions pas tous être des "exportateurs nets" !
A ce jeu, il y a toujours des gagnants et des perdants (le jeu changeant souvent de main) et l'Union Européenne aurait beaucoup à perdre si ce scénario allait à sont terme.
Actuellement, beaucoup d'indicateurs montrent qu'imiter l'Allemagne, par mimétisme, n'est pas possible car les systèmes économiques sont à la fois relativement interconnectés et en même temps très différents et pas seulement sur le plan social.
L'Allemagne reste peut-être le champion de la zone euro, quid des "fonds spéciaux" (dette cachée) et du grand maquillage des comptes publics de ce pays (et je ne parle même pas de la fraude fiscale qui est bien plus énorme que chez nous), cependant le prix à payer pour les allemands me semble être démesuré.
Avec plus de 25% de contrats précaires (un véritable record / Le système Hartz étant une véritable trappe à pauvreté comme le montre très bien un documentaire diffusé par Arte en novembre 2012, "La fabrique des pauvres"), un chômage tronqué, comme ailleurs (et je ne parle pas du "halo" autour de celui-ci), comme le rappellent les quotidiens du pays ( à l'exemple du "Die Welt" indiquant que plus de 250 000 séniors au chômage de plus de 55 ans n'étaient plus pris en comptes dans les chiffres du chômage, ce que le gouvernement dû reconnaître publiquement), une pauvreté qui monte (pas loin de 12 millions de pauvres en Allemagne), une démographie en perte de vitesse (la population baisse) et des salaires de misère dans un nombre incalculable de domaines d'activités (même s'il existe aussi l'inverse / bons salaires dans certains secteurs), plus encore à l'est, il me semble que l'idée d'un Smic en Allemagne doit être plus qu'une simple possibilté pour réduire les inégalités et en finir avec la baisse des salaires...
a écrit le 27/09/2013 à 14:40 :
En tant que travailleur frontalier je perçois une retraite de l?Allemagne.
Cette année (2013) ma retraite allemande a augmenté de + 0,25 %. (+1,30% pour ma retraite française).
Il faut arrêter de prendre exemple sur le système allemand car là-bas les retraités sont plus pauvres que les retraités français.
a écrit le 27/09/2013 à 13:05 :
Publié le 13 Sep. 2013 par thelocal.de. Un patron de pizza paye ses ouvriers 1.59 euros/h Les agences pour l´emploi en Ex. Allemagne de l´Est ont fait état de salaires allant au plus bas á 26 cents/h. Un employé de bureau 1.37 euros/h, un chauffeur 1.55 euros/h, une réceptionniste 2.54 euros/h. Pour stopper ces abus et cette exploitation, il est nécessaire d´avoir un SMIG en Allemagne.
a écrit le 27/09/2013 à 11:18 :
C est ca la verité qu il faut se mettre dans la tete avant de se moquer du systeme allemand.
« les bas salaires sont souvent combinés au sein d'un ménage avec un revenu moyen ou un revenu élevé. »
D autre part comme dit plus bas personne ne vit de 450 eur/mois en All.. Et ceux qui travaillent reéllement à ce prix touchent des allocations pour les gosses, pour le logement, pour le chauffage etc. Ceci fausse l´image des revenus des "pauvres".
En realité ces "pauvres" sont subventionnés par les impôts que payent ceux qui gagnent mieux.
C est en fait une facon indirecte de subventionner les entreprises et c est ce systeme que les partis de gauche (a commencer par le SPD) veulent faire disparaitre.

a écrit le 27/09/2013 à 10:44 :
Allez raconter cela aux responsables et salariés des abattoirs bretons en grande difficulté,quand ils voient,outre Rhin 4000 personnes qui tuent et débitent du cochon, payés 4 ou 5 Euros de l'heure sans contraintes horaires hebdomadaires, dans un abattoir immense,les règles d'une concurrence saine et normale leur paraissent bafouées.
Réponse de le 27/09/2013 à 11:11 :
... et les conneries des choix commerciaux des dirigeants de GAD ... enfonce le clous !
Réponse de le 27/09/2013 à 11:37 :
La Cooperl soufre également de cette concurrence.Concernant AIM à Ste Cécile près de Villedieu dans la Manche, les collectivités ont mis la main à la poche pour sauver l'outil!
Maintenant c'est vrai, si vous ajoutez des erreurs de stratégie ou de positionnement de marché à des cout de structure élevés......
a écrit le 27/09/2013 à 9:28 :
Il suffit donc de mettre le salaire minimum à 4 Euro et les économistes trouveront que c'est la mesure idéale qui fait accélérer l'économie.
a écrit le 27/09/2013 à 8:28 :
Il faudrait que tous les économistes qui doute de " l'effet positif " soient obligés de vivre avec 450 euros par mois pendant un trimestre. Et le trimestre suivant avec 900 euros pour qu'ils évaluent "l'effet positif" du salaire minimum. 2 trimestres seulement dans une carrière c'est très peu mais tellement enrichissant en terme de compréhension du monde du travail.
Réponse de le 27/09/2013 à 9:20 :
L'économiste s'intéresse à la pérennité du marché, pas au consommateur qui n'est qu'une variable du système. Le marché passe, et le consommateur trépasse :) Même si le consommateur se porte mieux avec un salaire plus élevé, l'économiste n'y voit aucun intérêt si cela n'impact pas favorablement le marché. Le marché n'existe pas pour le bien-être du consommateur : quand tu as compris cela, tu as tout compris...
Réponse de le 27/09/2013 à 9:30 :
Personne ne Allemagne vit de 450 euros par mois.
Réponse de le 27/09/2013 à 9:59 :
C'est dans la tête des franchouillards germanolatres qu'il n'y a pas de pauvres en Allemagne...
Réponse de le 27/09/2013 à 12:23 :
C'est dans la tête des gauchiste français que l'Allemagne est un pays de la misère. Ça rappelle le discours que tenaient les apparatschiks de la RDA sur la RFA: Quel horreur ce pays où il y a des chômeurs ! On sait comment ça a fini.

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