Le LTRO, arme anti-crise de la BCE, mode d’emploi

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La BCE songe à réutiliser ce prêt à long terme déjà activé en 2012. Mais qu’est-ce que le LTRO ? A quoi sert-il ? Quels sont ses risques ? Tentatives de réponses.

Y aura-t-il un nouveau LTRO ? C'est la question principale que se pose la plupart des observateurs de la Banque centrale européenne (BCE) avant la réunion du Conseil des gouverneurs qui, ce mercredi, se déroulera exceptionnellement à Paris. Cette question est devenue très pressante après que Mario Draghi eut évoqué en septembre cette possibilité. Mais qu'est-ce que le LTRO ?

Le LTRO késaco ?

Cet acronyme désigne le programme connu en anglais - la langue officielle de la BCE - sous le nom de Long Term Refinancing Operations. Il s'agit de prêt à long terme accordés par la Banque centrale aux banques. En 2011 et 2012, 1.100 milliards d'euros avaient ainsi été distribués aux établissements financiers de la zone euro sur trois ans.

Il s'agit d'un changement considérable de paradigme pour la politique monétaire qui, d'ordinaire, prête à très court terme aux banques. Au début de la crise financière en 2007, les prêts à trois mois semblaient déjà une révolution…

A quoi sert-il ?

Quel est le but d'une telle opération ? Il s'agit de donner aux banques plus de liberté en leur accordant un matelas financier durable sur lequel elles peuvent s'appuyer pour, notamment, prêter à l'économie et se prêter entre elles.

En 2011 et 2012, le LTRO avait un autre objectif - caché celui-là - qui était de soutenir le marché des obligations d'État des pays périphériques. Ce devrait être moins le cas cette fois-ci, sauf si l'Italie sombre dans la crise politique.

Pourquoi est-il nécessaire aujourd'hui ?

Le véritable problème de la BCE est de freiner le credit crunch dans la zone euro (la baisse des prêts au secteur privé s'est encore accélérée en août à - 2% sur un an) et de freiner la remontée des taux interbancaires (le taux Euribor à 3 mois est passé depuis le début de l'année de 0,13 % à 0,23 %).

Mario Draghi doit se rendre à l'évidence : ni l'OMT, le programme de rachat illimité d'obligations d'Etat, ni le « forward guidance », l'assurance que la BCE va maintenir ses taux bas durablement exprimée en juin, n'ont permis de régler le problème du financement de l'économie européenne et de la fragmentation de la distribution de crédit.

Or, sans crédit, la reprise économique risque de n'être (au mieux) qu'une stabilisation.

Pourquoi les banques ne prêtent-elles pas ?

Si les banques ne prêtent pas dans les pays périphériques, c'est d'abord parce qu'elles n'ont pas confiance dans le climat économique. Elles refusent de prendre de nouveaux risques alors même qu'elles doivent assainir leurs bilans et que, dans le cas italien par exemple, elles sont chargées de dettes souveraines nationales qui demeurent risquées.

A cela s'ajoutent la pression règlementaire des nouvelles règles prudentielles, le futur stress-test lié à l'union bancaire à partir de février prochain et, enfin… le remboursement des sommes empruntés dans le cadre du précédent LTRO !

Le LTRO est-il sans risque ?

Non. Le LTRO reporte le risque à plus tard. Mais il créé un « précipice » de remboursement lorsque les prêts à 3 ans doivent être remboursés. Pour les plus fragiles des banques, ce précipice est infranchissable. Le message que pourrait envoyer la BCE avec un nouveau LTRO, c'est que l'on comble ce précipice en en créant un autre, plus loin.

Autrement dit, on se livre à de la cavalerie financière en attendant le retour de la croissance qui doit tout régler (mais sera-ce le cas ?). Par ailleurs, rien ne garantit que les fonds du LTRO soient utilisés à bon escient. Si les banques les stockent pour se préparer aux stress tests et rembourser le précédent LTRO en 2015, elles ne prêteront pas davantage.

Sans compter qu'il existe le risque que les banques qui se présentent au guichet du LTRO soient considérées comme peu sûres par leurs pairs et se ferment ainsi les portes du marché interbancaire.

Bref, le LTRO n'est pas l'arme suprême, c'est, comme l'OMT ou le forward guidance, un moyen de gagner du temps en attendant la (vraie) reprise économique. 

 

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a écrit le 17/03/2014 à 18:30 :
La BCE ne peut rien contre le fait que des Etats en économie divergente ne devraient pas avoir le même taux de change. Un autre problème étant que l'excédent courant de la zone euro étant en hausse du fait des dévaluations internes de pays membres de celles-ci, l’euro est logiquement porté à la hausse par cet excédent courant, comme par le fait que la BCE ne fait pas de “planche à billets” pour la dette d’Etat ou d’entreprises (excepté bien sûr pour les établissements financiers qui ont notamment eu droit aux LTRO).

Cependant les pressions déflationnistes et de croissance amoindrie en zone euro finiront par y provoquer une nouvelle crise des dettes souveraines pour des États forcés d’emprunter aux Banques. Il est logique que dans un tel contexte les banques soient réticentes à prêter de l’argent aux entreprises et aux particuliers car si on se projette sur du très long terme c’est en principe une catastrophe qui est à prévoir, par la simple application de mécanismes économiques et financiers actuellement en vigueur.
a écrit le 03/10/2013 à 0:28 :
Votre mode de vie naguère reconnue (heureux comme dieu en France disent mes vieux copains allemand, ça date de la guerre cette expression) n'est plus valable ou se dégrade à vitesse grand v, surtout à Paris naguère si agréable. Moi qui habite dans un pays alpin si clean , je ne me sens bien qu'en Savoie qui est encore clean grâce aux nombreux touristes anglais et hollandais ,ainsi qu'aux savoyards assez à droite et droit dans leurs principes comme les alsaciens qui ont conservé des principes. Mais ailleurs, tout votre pays va à vau l'eau, je ne parle même pas de Marseille qui ressemble de plus en plus à Bamako matiné de Chicago version AL CAPONE, mais aussi de Lyon, Strasbourg, Perpignan, Lille , Orléans etc...Même la Bretagne ou Nantes n'est plus épargnée ! La socialie a détruit votre pays à partir de 1981, et a réussit son coup en important des pauvres tiers mondiste acquis de facto à elle et en rejetant les plus ambitieux à l'étranger. Paris gagné, vous vous tiers mondisé à vitesse grand V et sarkozy n'a rien stoppé ou arrangé , malgré ses beaux discours, Quand à Hollande , no comment ! (taxe à 85 % sur les stock options, même en Biélorussie ça n'existe pas !!!!)
Réponse de le 03/10/2013 à 21:33 :
D'autant plus qu'en Ostereich il y a eu récemment un premier ministre d'extrème droite dont on s'est aperçu quand il est mort qu'il était homo et le cachait pour ne pas effrayer son électorat...
a écrit le 02/10/2013 à 19:50 :
Je pense que l'auteur aurait été bien inspiré de citer l'étude KPMG de octobre 2012 qui met en évidence 1500 milliards de créances douteuses (non performing loans) dans les banques européennes.Sur base de ce constat, cela permettrait aux lecteurs de comprendre le besoin de cette forme de cavalerie financière avec la BCE. En effet, quand une banque préte elle recoit dans son bilan en contre partie une créance et met à disposition l'argent prété à son client. Au fur et à mesure que le client dépense cet argent alors, pour payer, la banque doit soit utiliser ses excédents (si elle en a) ou emprunter l'équivalent quelque part (en ce moment c'est quasiment à chaque fois à la BCE depuis que le marché interbancaire est quasi mort). Mals la banque emprunte pour une durée en général courte et elle doit rembourser et ré-emprunter sans cesse jusqu'à ce que le client finisse par rembourser. Si le client n'arrive plus à rembourser, alors la banque saisit ce qu'elle peut pour essayer de limiter la casse et prend ses pertes sur le dossier. MAIS quand il y a trop de clients qui ne peuvent plus rembourser (c'est le cas en espagne, portugal et italie, où les taux de créances douteuses dépassent les 10%, voire 11%, du total des encours de crédits) alors la banque se retrouve en manque de liquidités mais surtout devient insolvable. Pour éviter son défaut de paiement alors la banque emprunte à la BCE, en attendant que la situation lui permette de liquider ses créances douteuses sans trop de casse (par exemple le prix de l'immobilier qui remonterait, ou une forte croissance), mais tant que la situation ne s'arrange pas alors la banque se refinance sans cesse et paie des intérets ce qui s'ajoutent à ses pertes potentielles (mais non encore réalisées puisque les créances douteuses ne sont pas liquidées). Voila pourquoi, plus on attend et plus les pertes des banques seront importantes, et moins elles préteront car pour éviter d'ajouter de nouvelles créances douteuses à la pile qu'elles ont déjà alors elles ne prétent qu'aux clients sans risque (ceinture et bretelles pour tenir le pantalon). Mais ce qui fait la croissance c'est aussi la prise de risque pour développer de nouvelles activtés, mais si plus personne ne peut soutenir la prise de risque alors la croissance ne reviendra pas rapidement ... En espérant que cela reste compréhensible, et avec mes excuses pour certaines simplifications à des fins de bonne compréhension.
a écrit le 02/10/2013 à 18:29 :
Sans nouveau LTRO, les banques seraient incapables de rembourser les 700 milliards restants à rembourser des LTRO précédents. Le nouveau LTRO sert donc à maintenir en survie artificielle des banques en faillite, des banques zombies. C'est ce qui a englué le Japon des années 90 dans une crise dont il n'est toujours pas sorti sans fin, tous les économistes le savent. La BCE de Draghi fait de même et elle est en train de démolir l'économie européenne par son soutien aux banques zombies.
a écrit le 02/10/2013 à 18:08 :
Première remarque intéressante la remontée de l'Euribor ce qui signifie une remontée des remboursement des prêts révisables qui n' ont cessé de baisser ces dernières années donc baisse du pouvoir d'achat pour les ménages concernés. Si les banques ne sont en confiance elles ne prêteront pas ou du moins avec prise de risque même calculée y compris à l'industrie. Ce n'est pas un remboursement à moyen terme qui va leur faire changer de stratégie. Ce type de "débit différé" pourrait faire plaisir aux fausses banques type BPI mais la le risque est pour le contribuable avec l'obligation de compenser les erreurs de gestion de ce type de banque, par la fiscalité. Pour que les banques prêtent il faut une confiance dans l'axe économique des politiques ce qui n'est pas le cas dans bien des pays et plus particulièrement ceux du sud de l'Europe. Je ne vois pas où les banques trouveraient avantage à ce crédit sans une vraie politique de croissance qui elle passera non plus par la croissance des déficits mais par des économies sérieuses sur les dépenses structurelles.
a écrit le 02/10/2013 à 17:25 :
"Quel est le but d'une telle opération ? Il s'agit de donner aux banques plus de liberté en leur accordant un matelas financier durable sur lequel elles peuvent s'appuyer pour, notamment, prêter à l'économie et se prêter entre elles." Question est-ce le cas
non donc le process n'étant pas opérant,l'on continue a l'appliqué.Cela ne marche pas,donc il faut continuer,partant du principe que ça fonctionnera un jour.Parfaite démonstration du dogme qu'il ne faut pas remettre en cause qui doit l'emporter coute que coute (tiens elle est bonne celle là).
a écrit le 02/10/2013 à 16:20 :
En fait on refait le jeu de la dette des états payés par de la nouvelle dette mais pour les banques, c'est ça ?
a écrit le 02/10/2013 à 13:40 :
Il est urgent et vital de sortir de l?UE/Euro/Otan. Comprendre pourquoi l?Europe nous mène droit dans le mur avec des arguments indiscutables et sourcés :
http://www.u-p-r.fr/conferences-en-ligne
a écrit le 02/10/2013 à 12:58 :
Les LTRO c'est le quantitative easing européen, c'est à dire plus d'infection de fausse monnaie papier qui ne sert à rien puisque ce papier monnaie (fausse) n'est pas accessible à l'économie qui en a besoin, formule qui a déjà échoué aux Us comme au Japon.
Réponse de le 02/10/2013 à 13:17 :
Faux : ça sert aux spéculateurs et aux cupides à la tête des banques ...
Réponse de le 15/10/2013 à 20:34 :
ça sert surtout à maintenir les prix de l'immobilier.

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