L'Autriche minée par ses banques

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La banque Hypo Alpe Adria coûte cher au contribuable autrichien.
La banque Hypo Alpe Adria coûte cher au contribuable autrichien. (Crédits : Reuters)
La crise non réglée de la banque en faillite Hypo Alpe Adria et les évènements ukrainiens pèsent sur le secteur bancaire autrichien qui représentent près de trois fois le PIB du pays.

L'Autriche tremble. Le secteur bancaire de la république alpine, qui pèse près de 3 fois son PIB, semble en effet vaciller. Le premier domino du château de cartes viennois, c'est la banque Hypo Alpe Adria (HAA) qui occupe ces derniers jours la une des médias autrichiens et l'emploi du temps des politiques locaux.

La crise de Hypo Alpe Adria

Au début des années 2000, HAA, détenue par la banque publique bavaroise BayernLB, s'est lancée dans une vaste expansion dans les Balkans. Son bilan a alors été multiplié par huit en moins d'une décennie, pour atteindre en 2009 40 milliards d'euros. Cette croissance avait été facilitée par les garanties données par le gouvernement régional de Carinthie, où est basée HAA et alors dominé par le politicien populiste de droite Jörg Haider. Ces garanties et la présence au capital de BayernLB, qui bénéficiait d'une garantie implicite de l'Etat bavarois, ont offert à HAA des fonds bon marché qui ont permis de financer la croissance dans les Balkans.

Puis est arrivé la faillite de Lehman Brothers. Les fonds se sont taris, tandis que les défauts dans les Balkans ont commencé se multiplier. En 2009, HAA est au bord de la banqueroute. BayernLB, qui vient d'être renflouée à hauteur de 10 milliards d'euros par Munich et qui a déjà perdu pas loin de 4 milliards d'euros dans cette affaire, refuse d'aller plus loin. Vienne doit intervenir et nationalise la banque.

La facture s'alourdit

Mais, à la différence de l'Allemagne qui, dans le cas de la banque Hypo Real Estate (HRE), a accompagné la nationalisation de la constitution d'une « bad bank » regroupant les « actifs toxiques » de la banque, l'Autriche s'est juste contenté de nationaliser et de renflouer la banque au fil de l'eau. Sauf que, logiquement, la facture a continué à grossir. La croissance dans l'Europe du sud-est n'est jamais vraiment repartie, et les créances douteuses ont continué à s'accumuler dans le bilan de HAA. Résultat : la banque a déjà englouti 4,8 milliards d'euros d'argent public. La limite fixée par le parlement de Vienne est de 5,4 milliards d'euros. D'où l'urgence d'une autre solution.

Première solution : la faillite

Laquelle ? Selon un sondage publié ce week-end, la majorité des Autrichiens réclament que l'on laisse HAA faire faillite. Le problème, c'est que la Carinthie est encore exposée à hauteur de 12,5 milliards d'euros sur cette banque. Or, le PIB de la Carinthie, c'est 17 milliards d'euros et son budget annuel est d'un peu plus de 2 milliards d'euros. Une faillite de HAA conduirait donc à une faillite de la Carinthie, ce qui serait une première en Autriche et ce qui laisse perplexe plus d'un expert. Vienne pourrait alors reprendre les garanties de Klagenfurt (la capitale de la Carinthie), ce qui ferait grimper son ratio dettes sur PIB de 77 % à 83 %, selon la banque britannique RBS. Quoi qu'il arrive, la crédibilité de l'Autriche dans son ensemble sur les marchés serait sérieusement entamée par cette option.

Deuxième solution : faire payer les créanciers

Le gouvernement pourrait également recourir à la participation des créanciers par une restructuration des dettes de HAA. Ce serait s'inspirer du futur mécanisme de résolution bancaire européen (la participation des déposants en moins) ou du sauvetage par la Haye de la banque SNS Reaal voici un an. Comme il y aurait un renoncement « volontaire » des créanciers, la garantie carinthienne ne s'appliquerait pas. Mais la question de la confiance resterait posée. Une étude de Bank of America citée par le quotidien viennois Der Standard prévient que cette solution aurait « des implications négatives non seulement sur l'Autriche, mais sur toute l'Europe. » La banque américaine prévient que ce serait en effet la première fois qu'une banque nationalisée pratiquerait ce type de restructuration. Sans compter que BayernLB, qui a prêté 2,3 milliards d'euros à son ancienne filiale, devra sans doute à nouveau réclamer une aide publique. Bref, la solution semble risquée.

Troisième solution : la « bad bank »

Reste donc le cas de la « bad bank », le plus souvent cité à Vienne comme une possible solution. HAA serait alors coupée en deux. Une banque « saine » se séparerait d'une banque « toxique » regroupant l'essentiel des créances douteuses qui seraient progressivement éliminées. Cette solution est cependant coûteuse, car il faut des fonds pour absorber les pertes. Selon le patron de HAA, Alexander Picker, 4 milliards d'euros au moins devrait être nécessaires. Le gouvernement fédéral n'est pas certain de disposer de l'appui parlementaire pour assurer cette somme qui viendra s'ajouter aux près de 5 milliards d'euros déjà versés. Alors, Vienne tente de réduire la facture en faisant participer - volontairement ou non - les autres banques autrichiennes à cette bad bank. Mais ces dernières refusent net - ou alors réclament des réductions d'impôts (ce qui pour le budget fédéral reviendrait au même) -, estimant qu'elles n'ont pas participé aux erreurs de HAA. Surtout, elles aussi commencent à trembler.

L'Ukraine pèse sur le secteur bancaire

Le secteur bancaire autrichien est dominé par trois grands acteurs : Bank Austria, filiale de l'Italien Unicredit, RBI (connue sous le nom de « Raiffeisen ») et Erste Bank. Or, ces trois grandes banques ont beaucoup investi en Europe centrale et orientale. Les turbulences sur les marchés émergents, la crise en Bosnie et surtout celle en Ukraine les frappent donc de plein fouet. RBI et Bank Austria sont notamment présents en Ukraine. Si, selon les analystes de RBS, Unicredit peut absorber le choc sur Bank Austria, ce n'est pas le cas de RBI qui apparaît comme le « maillon faible » du système bancaire autrichien. RBI a ainsi 4,4 % de son bilan engagé en Ukraine où, avant la crise, les créances douteuses atteignaient déjà 33 % du total ! RBI, qui est également exposé à hauteur de 12 % en Russie, pourrait donc se retrouver avec des besoins de financement plus élevés. On ignore même si la banque pourra passer les « stress tests » de la BCE. On comprend que RBI n'ait pas envie de venir au secours de HAA.

Situation difficile pour le gouvernement autrichien

Le gouvernement viennois est donc dans une situation délicate. D'un côté, les élus semblent rechigner à faire payer les contribuables pour HAA. Mais mettre à contribution les autres banques, ce pourrait être les fragiliser alors même qu'elles sont en difficulté. Car si RBI ne peut plus se refinancer sur les marchés, elle viendra réclamer l'aide de l'Etat fédéral. Une aide que, là encore, les parlementaires pourraient ne pas accorder.

Risque pour toute la zone euro

L'ennui, c'est que si le domino HAA reste bancal et que le domino RBI tombe, l'Autriche pourrait se retrouver dans une situation délicate. La perte de confiance dans le système bancaire autrichien qui est démesurée serait très dangereuse pour l'Etat fédéral lui-même. Et comme, par la volonté allemande, le mécanisme de résolution de l'union bancaire n'est encore qu'un rêve lointain, Vienne pourrait trembler sur ses bases. Or, si un pays « sérieux » et germanophone est mis en danger, c'est bien l'ensemble de la zone euro qui risque de se retrouver face à un nouveau défi. On n'en est certes pas là : le taux à 10 ans autrichien reste actuellement sous les 2 %.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2014 à 10:13 :
Vous dites que le poids du secteur bancaire est égale à 3 fois le Pib donc le problème n'existe plus pour l'état Autrichien.On a laissé se construire une véritable industrie financière dans chaque pays et maintenant on nous dit que cela est catastrophique pour l'économie dommage mais les contribuables vont regarder ce bel édifice tomber car manifestement nous n'y pouvons strictement rien avec la meilleur volonté ,cela ne nous empêcheras pas de prendre un gros morceau de l'édifice sur la hure soit dit en passant.Franchement on n'est même pas surpris.
a écrit le 28/02/2014 à 8:17 :
Le systeme financier vacille depuis longtemps mais engrange de faux profits et redistribue de vrais boni à quelques uns et des grosses miettes aux politiques... on connait la finalite...banqueroute et ...contribuables bernes et ruinés.... (idem pour les PPP en France enfin on en parle à la tele Complement d enquete...mais rien ne changera...) alors carpe diem...car demain
a écrit le 28/02/2014 à 8:17 :
Le systeme financier vacille depuis longtemps mais engrange de faux profits et redistribue de vrais boni à quelques uns et des grosses miettes aux politiques... on connait la finalite...banqueroute et ...contribuables bernes et ruinés.... (idem pour les PPP en France enfin on en parle à la tele Complement d enquete...mais rien ne changera...) alors carpe diem...car demain
a écrit le 27/02/2014 à 18:36 :
J'espère qu'on va les laisser crever sans exiger un seul centime du contribuable français!
Réponse de le 27/02/2014 à 21:06 :
" sans exiger un seul centime du contribuable français" aucun centime, juste un possible effet domino qui causera des ennuis à l'Europe entière, donc beaucoup d'euros au final pour chacun. Tout est "interconnecté".
Réponse de le 27/02/2014 à 22:13 :
@Photo73

Le seul effet domino possible c'est l'augmentation des tarifs bancaires pour corriger la mauvaise gestion des filiales étrangères détenues par des banques nationales afin de mutualiser les pertes sur le dos de l'ensemble des clients. L'état français n'a pas à soutenir les défaillances du privé et vice-versa ou alors contre rémunération (prêt ou émission d'obligations sous réserve de la crédibilité d'un remboursement à terme). D'ailleurs la plupart des grandes banques françaises détient de la dette publique sous forme d'obligations.
Réponse de le 28/02/2014 à 13:35 :
L'effet domino ne se réduit pas a une augmentation des tarifs bancaires. Prenons l'exemple de l'économie de tous les jours, des entreprises en France : Quand une entreprise fait faillite, c'est aussi un coût dur pour les clients qui ont payés des avances, pour les fournisseurs qui ne seront pas payès pour les salariės de cette entreprises, pour la commune qui n'aura plus de retombées fiscales...
Dans certains cas la faillite d'une entrepris, surtout si elle est très grosse, entraîne la faillite de sous traitants, qui eux mêmes peuvent entraîner la disparition de quelques petits commerces...on le voit dans certaines zones de France mono industrielle. La crise de 2008 aurait pu être bien plus dévastatrice si on n'avait pas évité la faillite simultanée de plusieurs grosses banques en même temps.
Les pertes privées ont été épongées par le public, suivant le principe "too big to fail" appliquée aux grosses banques. Il aurait peut être fallu éviter d'avoir des banques ou des entreprises qui puissent être au final plus fortes et puissantes que des États.
a écrit le 27/02/2014 à 18:00 :
Je me demandais, l'Autriche, c'est bien ce que l'on appelle avec mépris "l'Europe du sud"...ah non, on me dit que ce serait plutôt "la petite Allemagne" ! Tiens, j'aimerais être une petite souris pour mettre mon nez dans le hors bilan des banques germaniques, ça doit sentir le gaz (et pas de schiste celui-là !!!!).
a écrit le 27/02/2014 à 15:52 :
J'avais cru comprendre que seuls les PIIGS (bel acronyme anglo-saxon) étaient des pays ayant une mauvaise gestion. Maintenant on voit que c'est les banques anglaises, allemandes, autrichiennes qui ont des problèmes. J'ai dû mal comprendre ... où alors on se fait balader depuis le début par les financiers de Londres et New York ? et c'est les banques du nord qui avaient camouflé leurs magouilles mieux que les autres...
Réponse de le 28/02/2014 à 13:20 :
La crise de 2008 est au départ une crise financière. Des banques américaines ont prêtés à des personnes faiblement solvables et se sont empressés de les revendre a d'autres banques dans le monde entier comme étant des prêts sur (notés AAA par des agences de notation peu regardantes) lorsque les premiers emprunteurs américains n'ont pu rembourser leurs prêts, les prêts pourris étaient dans beaucoup de banques du monde. Pour éviter que leurs banques fassent faillite, les États ont racheté volontairement ces prêts pourris, engrangeant ainsi une perte sèche qui a aggravé leurs dette publique. Les États qui étaient déjà plus endettés avant 2008 (sud) ce sont alors trouvé en plus grande difficulté que les États qui étaient moins endettés ( nord)

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