L'Autriche sabre dans l'éducation pour sauver une banque

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Vienne va faire des économies dans l'éducation pour sauver une banque en quasi faillite.
Vienne va faire des économies dans l'éducation pour sauver une banque en quasi faillite. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Pour ériger une structure de défaisance à sa banque en faillite HAA, Vienne a décidé de couper dans son budget de l'éducation.

Où trouver de l'argent lorsque l'on doit sauver une banque en faillite ? Le gouvernement de « grande coalition » autrichien a une solution : en réduisant le budget de l'éducation. C'est en tout cas la seule parade que Vienne a pour le moment trouvé pour combler le financement nécessaire du « sauvetage » de Hypo Alpe Adria, une banque nationalisée en 2009 et criblée de créances douteuses.

Grandeur et décadence de HAA

Hypo Alpe Adria (HAA) était une petite banque reprise par la bavaroise BayernLB dans la première partie des années 2000. Basée dans la capitale du Land de Carinthie, Klagenfurt, elle a connu alors une forte croissance dans les pays de l'ex-Yougoslavie grâce à la garantie accordée par le Land, alors dirigé par le populiste Jörg Haider. Mais avec la faillite de Lehman Brothers en 2008, HAA est devenue incapable de se refinancer sur les marchés, alors même que son portefeuille d'actifs se dévalorisait à grande vitesse. En 2009, BayernLB jette l'éponge. Le gouvernement fédéral autrichien nationalise la banque, mais n'agit pas plus avant.

HAA, un cauchemar pour Vienne

Au fil du temps, HAA devient un cauchemar pour l'Autriche. Les pertes se succèdent, lourdes. En 2013, la banque a encore perdu 2,7 milliards d'euros. En tout, HAA a déjà coûté 3,6 milliards d'euros au budget autrichien. Pour les politiques viennois, il faut faire cesser l'hémorragie. Mais comment ? HAA est invendable en l'état. Quant à la faillite, elle est exclue car elle activerait immédiatement une garantie de la Carinthie de 12 milliards d'euros. Ignorer cette créance reviendrait pour la Carinthie à se déclarer en faillite. Et comme chacun s'attend à ce que l'Etat fédéral se porte solidaire de ses Länder dans ce cas, le crédit de l'Autriche en aurait affreusement souffert !

Le choix de la Bad Bank

Restait la dernière solution, prise après des mois de discussions : ériger une « Bad Bank » pour placer les mauvaises créances de HAA. Mais cette méthode n'est pas indolore. Il faudra assumer les pertes de cette Bad Bank, mais dans l'immédiat, les experts estiment qu'il faudra 1,4 milliard d'euros pour ériger cette structure à l'automne. Or, pour la grande coalition autrichienne, il ne peut être question de dépasser la limite de 3 % du PIB pour le déficit public. Il fallait donc faire des économies.

L'école victime des « efforts »

L'effort a été demandé au ministère de l'éducation. Sur le papier, les économies ne semblent pas considérables : 57 millions d'euros cette année, 60 millions d'euros l'an prochain. Mais dans la pratique, les effets de ces mesures vont être durement ressentis parce qu'ils touchent directement l'organisation des établissements et la scolarité quotidienne des élèves. L'une des principales mesures concerne ainsi la taille des classes qui est fortement relevée.

Pour simplifier, le nombre d'élève par classe pourra dépasser 30 élèves, ce qui était impossible jusqu'ici. Dans le nouveau projet de collège (Neue Mittelschule, NMS) lancé en 2012 et qui a vocation à devenir la règle l'an prochain, la principale innovation, le travail en équipe de deux professeurs, est réduite d'un tiers par rapport à ce qui se fait aujourd'hui. Surtout, plusieurs parlementaires considèrent qu'il faudra aller plus loin, car ils estiment qu'il faudra 200 millions d'euros d'économies. On pourrait donc avoir un gel des salaires des enseignants ainsi que la remise en cause de l'école tout au long de la journée (Ganztagschule) et de la généralisation de la NMS.

Hurlements dans le monde politique et la société civile

Evidemment, ces mesures ont fait hurler dans le monde politique et professoral. Les Verts estiment que « l'on saigne les écoliers pour HAA. » Même si le syndicat enseignant est proche du parti conservateur ÖVP qui est dans la coalition, il a estimé « ne comprendre absolument pas pourquoi nos enfants devrait payer pour les banques et les spéculateurs. » Les associations de parents d'élèves sont outrées et proclament que « les enfants sont les victimes », tandis que les écoliers ont même lancé une pétition. Mais rien n'y fait. Vienne, comme Paris, doit présenter son plan de stabilité à la Commission dans le cadre du semestre européen et, même si le pays n'est pas en procédure de déficit excessif, le gouvernement ne veut pas se faire taper sur les doigts par Bruxelles.

L'Autriche, élève moyen

Beaucoup en Autriche s'inquiètent des conséquences à long terme de ces économies. L'Autriche est en milieu de tableau du classement PISA de l'OCDE. Le résultat est assez bon en mathématiques (18ème, la France est 25ème, l'Allemagne 16ème), mais il est décevant en compréhension de l'écrit (27ème, la France est 21ème, l'Allemagne 19ème). L'école autrichienne est jugée fortement inégalitaire et les investissements dans l'éducation sont, à 3,6 % du PIB, inférieurs à 4 % du PIB, la moyenne de l'OCDE.

Nouvelle pression sur le gouvernement avant les Européennes ?

Le gouvernement se sent sans doute un peu plus fort. En un mois, les populistes de droite eurosceptiques de la FPÖ ont chuté de 23 % à 18 % dans les sondages (contre 13 % en 2009), les deux partis de la coalition, ÖVP et SPÖ, sont passés de 44 % à 50 % (54 % en 2009) et ce sont les Libéraux de Neos qui devraient faire une percée dans l'opinion à l'occasion des élections européennes avec 13 ou 14 % des intentions de votes, contre 5 % aux élections législatives de l'an passé. Mais Neos est aussi un parti de protestation contre la « grande coalition » et cette affaire pourrait affaiblir les partis de gouvernement.

 

 

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 16/04/2014 à 9:02 :
voila l'europe vu par bruxelles
les assistance aux banques contre toute les valeurs moral
sante education invetissement
si la banque a failli les dirigent doive etre priver e leur bien
ce qui arrive au travailleur et egale pour des dirigents incompetemps
a écrit le 15/04/2014 à 12:50 :
heureusement pour nous, et pour notre bon président "notre adversaire c'est le monde de la finance". Ce qui arrive en Autriche ne risque pas d'arriver en France, ouff!! notre François veille. Merci à toi, grand timonier du Bateau France...
a écrit le 15/04/2014 à 7:44 :
Le futur de la France : Grece Espagne Autriche Roumanie etc etc....L europe a été faite au profit des financiers et des politiques....pas des peuples
Réponse de le 15/04/2014 à 8:50 :
Qu'attendez-vous pour vous payer un col blanc?
Réponse de le 15/04/2014 à 12:03 :
Et le reste du monde??
a écrit le 15/04/2014 à 7:10 :
en france aussi on depense pour former des petits anes qui vont direct a pole emploi !!
a écrit le 15/04/2014 à 5:52 :
Les fonctionnaires de l'éducation nationale ne créent pas d'emplois cependant les banques financent l'économie, c'est une mesure pragmatique!
Réponse de le 15/04/2014 à 6:35 :
Les banques ne financent rien et il faut arrêter avec les fonctionnaires ils sont de moins en moins nombreux pas comme les politiques
a écrit le 15/04/2014 à 4:10 :
-"Et tu veux faire quoi plus tard comme métier, petit ?"
-"banquier, pour pouvoir voler des milliards sans jamais aller en prison"
a écrit le 14/04/2014 à 23:37 :
l'école autrichienne pas bonne... Et alors, l'autriche n'est-il pas le pays le plus riche d'europe ?
Réponse de le 15/04/2014 à 12:11 :
A qui profites cette richesse lorsque 14% de la population vie sous le seuil de pauvreté?
a écrit le 14/04/2014 à 20:33 :
Ça fait rêver la gestion de l’extrême droite. Voilà où Marine le Pen trouvera l'argent de ses délires de retour au franc.
Réponse de le 14/04/2014 à 23:38 :
en même temps l'autriche est le pays le plus riche d'europe... et oui c'est le résultat d'une politique à la marine
Réponse de le 15/04/2014 à 12:13 :
Une politique à la Marine? Elle est dans l'Europe et l'euro, elle est governé par des socialistes majoritairement
a écrit le 14/04/2014 à 19:44 :
Quel beau pays !
a écrit le 14/04/2014 à 17:59 :
Il paraît qu'une société est décadente quand elle commence à s'en prendre à ses enfants...vous me direz, si c'est pour sauver une banque et la notation de l'Autriche, on ne peut que s'incliner devant des objectifs aussi honorables...pauvre Europe, ses pères fondateurs doivent s'en retourner dans leurs tombes.
Réponse de le 14/04/2014 à 20:58 :
Aux USA ils ont trouvé la solution: Apprendre et s'instruire grâce a l'endettement !

ça fait fureur a ce qu'il parait, c'est aussi ça la fameuse "modernité" qu'ils nous vendent :-)
a écrit le 14/04/2014 à 17:42 :
Les deux grandes banques autrichiennes ,erste et rafeisen,sont bourrées de créances pourries dans tous les pays de l est comme l était le crédit agricole en Grèce ,il leurs faudra beaucoup d efforts pour sortir de là ,ce n est qu un début.
Réponse de le 14/04/2014 à 23:40 :
non les banques autrichiennes achètent les pays de l'est. Et ca c'est l'avenir.... Si vous préférez : la turquie on ne sait où elle sera dans 10 ans mais la france si...
a écrit le 14/04/2014 à 17:33 :
Et on dit merci qui? Merci le FN Autrichien.
Réponse de le 14/04/2014 à 23:41 :
l'autriche economie européenne numero 1. La france ?

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