"Mario Draghi ne peut guère aller plus loin"

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La seule manière de sortir de ce cercle vicieux, c'est de retrouver la croissance économique.
"La seule manière de sortir de ce cercle vicieux, c'est de retrouver la croissance économique". (Crédits : Daniel Gérino / Fargo Communications)
Daniel Gérino, directeur de la Gestion et président de Carlton Sélection, commente pour La Tribune les mesures prises jeudi 4 septembre par la Banque centrale européenne.

Face au risque de déflation, la Banque centrale européenne (BCE) a abaissé ce jeudi ses taux directeurs à des plus bas historiques et annoncé un programme limité d'achats d'actifs, dont elle donnera plus de détails en octobre. L'institution bancaire espère ainsi ranimer une économie atone dans la zone euro.

Entretien avec Daniel Gérino, directeur de la Gestion et président de Carlton Sélection, société de gestion indépendante.

Comment interpréter la décision de réduire le taux directeur (0,05% contre 0,15%) et de baisser encore d'avantage le taux de dépôt (-0,20% contre -0,10%) ?

Daniel Gérino : C'est une décision à laquelle on ne s'attendait absolument pas, mais qui va surtout servir à faire patienter les marchés. Pour autant, la baisse du taux directeur n'aura pas une grande affluence ou alors extrêmement marginale puisqu'on parle ici d'à peine dix centimes.

La baisse du taux dépôt devrait être plus incitative et forcer les banques à utiliser leur argent, afin que celui-ci revienne dans l'économie réelle et ne reste pas à la BCE. Encore faudrait-il qu'elles prêtent, mais à qui ? L'économie doit être suffisamment demandeur de capitaux pour cela.

Cela permettra-t-il de lutter contre la déflation qui menace (l'inflation de la zone euro était à 0,3% au mois de juillet) ?

D.G. : Ces mesures seules ne seront pas suffisantes pour lutter contre un éventuel risque de déflation, qui inquiète de plus en plus, et contre l'atonie de l'activité. En ce moment, le crédit est très sélectif et il y a des réticences à prêter à des entreprises qui montrent des risques de ne pas rembourser, la rentabilité des capitaux investis est dure à obtenir.

La seule manière de sortir de ce cercle vicieux, c'est de retrouver la croissance économique. Tout ceci ne repartira que si la confiance repart. La finance vit sur la finance et pas sur l'économie réelle. Mario Draghi (le président de la BCE) a justement agi sur les taux pour agir sur la devise euro : en la rendant plus compétitive (via un euro en baisse par rapport au dollar), il veut faire repartir l'inflation grâce à une augmentation des exportations

Les rachats d'actifs annoncé par le président de la BCE ne vont-ils justement pas aider à cette relance de l'économie ?

D.G. : Il y a 800 milliards d'euros de dettes privées dans la zone euro, les ABS (Asset Backed Securities, des actifs adossés à des titres de créances) ne représentent que 100 milliards d'euros. La demande n'est pas très forte sur les crédits et il n'y a pas de tissus adaptés aux entrepreneurs, le seul crédit demandé est le crédit fin de mois, pour les entreprises en difficultés.

Mario Draghi fait tout ce qu'il peut mais il faut que le politique prenne le relais, il ne peut guère aller plus loin. Les missions principales de la BCE sont de faire en sorte que le système bancaire fonctionne et de lutter contre l'inflation, qui doit rester inférieure à 2%. Elle n'a pas comme mission de nettoyer l'activité économie et de lutter contre le chômage. La solution viendra par l'Europe mais une vraie Europe, pas simplement l'Allemagne qui décide toute seule. Il faut adopter de véritables réformes comme l'Espagne, l'Italie ou l'Irlande l'ont fait.

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Commentaires
a écrit le 05/09/2014 à 10:42 :
Mario Draghi contre Merkel c'est David contre Goliath. Merkel contre Wall Street, London City et Georges Soros c'est David contre Godzilla la grand-mère. Faut pas chercher l'erreur, c'est comme ça.
a écrit le 05/09/2014 à 10:34 :
Dire qu'il faut de la croissance pour relancer l'économie est du niveau zéro de l'analyse. Quant aux réformes auxquelles fait allusion Mr Gérino, ce sont les réformes structurelles, bien sûr, dont fait partie la baisse du coût du travail. De la croissance (consommation) et des réformes (restriction). Quel bel oxymore.
a écrit le 05/09/2014 à 9:43 :
Racheter de l esprit saint par l intermédiaire de la titrisation chapeau ; il fallait bien aider américain Sach !
a écrit le 05/09/2014 à 7:51 :
Excellente interview sauf la dernière phrase qui montre bien dans quel monde vivent les financiers:"Il faut adopter de véritables réformes comme l'Espagne, l'Italie ou l'Irlande l'ont fait.".Pour info,l'Italie fait comme la France:surtaxer les petites entreprises jusqu'a les rendre non profitables.

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